A peine expulsé, il disparaît

A peine expulsé, il disparaît

Plus de nouvelle d’Ali Drif, renvoyé en Algérie à sa sortie de prison.

Par Alice GERAUD, Lyon correspondance, Libération, 03 mars 2005

Djemila Drif parle de son mari en disant «monsieur Drif». Elle est perdue. Samedi, il l’a appelée depuis un bateau pour l’Algérie où on l’expulsait. La conversation a duré quelques secondes. Ali Drif lui a juste demandé d’appeler sa famille à Alger pour prévenir qu’il arrivait. Mais il n’est jamais parvenu à destination. L’avocate dépêchée sur place n’a obtenu aucune information. «On nous a simplement laissé entendre qu’il était entre les mains de la sécurité militaire mais on ne sait rien de plus», explique Djemila. Elle imagine le pire, prononce le mot «torture».

Djemila ne sait pas quoi dire à leurs quatre enfants, âgés de 2 à 11 ans. «Ils sont français. Pour eux, leur père l’est aussi, ils ne comprennent pas pourquoi on l’a emmené en Algérie.»

Ali Drif, 44 ans, fait partie des exclus de l’assouplissement, par Sarkozy, de la double peine, parce que condamné dans une affaire ayant un lien avec le terrorisme. En 1995, cet Algérien né en France a en effet été suspecté de soutenir un réseau proche du GIA (Groupe islamique armé). Il a passé plus de deux ans en détention provisoire avant d’être relaxé en 1998. La cour d’appel de Paris l’a finalement condamné en 1999 à trois ans de prison pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste». Condamnation assortie d’une interdiction du territoire français (ITF).

Mais Ali Drif n’a jamais été convoqué par le juge d’application des peines pour purger les onze mois qui lui restaient à faire. Alors il est rentré chez lui, dans la banlieue lyonnaise. Et a monté, avec un ami, une entreprise de menuiserie.

Mais en septembre, alors qu’il rentre en voiture d’un restaurant avec sa famille, un gendarme à la retraite grille un feu et leur rentre dedans. Ali Drif est convoqué à la gendarmerie où l’on rouvre son dossier judiciaire. Et retourne en prison effectuer son reliquat de peine. Jacques Debray, son avocat, est alors confiant. Son client a le profil de celui qui a tourné la page. Il demande une libération conditionnelle qui doit lui permettre d’annuler l’ITF. Le chef de la sûreté du Rhône émet un avis défavorable, suivi par le juge. Ali Drif devait finalement sortir samedi dernier. Or, la police est venue le chercher durant la nuit précédente dans sa cellule de la prison Saint-Paul de Lyon, direction Marseille, puis Alger. Aujourd’hui, son avocat, se dit «extrêmement inquiet» du sort que lui réservent les autorités algériennes.