«Guantanamo» britannique: Cinq Algériens remis en liberté

Après plus de trois ans de détention dans le «Guantanamo» britannique

Cinq Algériens remis en liberté

par Mouloud Zouaoui, Le Jeune Indépendant, 13 mars 2005

Cinq Algériens figurent parmi les neuf ressortissants étrangers libérés avant-hier par la justice britannique, après plus de trois ans de détention, alors que deux autres Algériens sont encore incarcérés, sans jugement, dans la prison de haute sécurité de Belmarsh (sud de Londres).

Interpellés dans le cadre de la loi antiterroriste, qui autorisait leur détention sans inculpation et sans procès, ces cinq Algériens ont été remis en liberté sous des conditions draconiennes. Selon la presse londonienne citant le collectif des avocats chargé de leur défense, les cinq libérés sont identifiés par des initiales.

Il s’agit en premier de «K.», entré en Grande-Bretagne en 1998 en provenance d’Espagne. Ayant formulé une demande d’asile, il était soupçonné d’être un membre important du réseau El-Qaïda d’Oussama Ben Laden. Arrivé en Grande-Bretagne en 1989 pour poursuivre des études, «A.», âgé de 37 ans, était quant à lui soupçonné de financer des groupes activant en Afrique du Nord, sans qu’il soit précisé lesquels.

Agé de 33 ans, «B.» était entré dans ce pays en 1994. Placé en détention depuis janvier 2002, il est présenté comme étant membre d’un groupe terroriste algérien et aurait, selon les services de sécurité britanniques, soutenu les combattants indépendantistes tchétchènes.

Arrivé en 1993 en Grande-Bretagne, «H.» avait, pour sa part, déposé une demande d’asile humanitaire, mais les autorités britanniques le soupçonnaient d’être un membre du réseau de soutien au GSPC. Arrivé en Grande-Bretagne en février 1999, «P.», handicapé des deux mains, a été arrêté en 2001 pour possession de «publications subversives».

Deux autres Algériens sont toutefois encore en détention à Belmarsh. Le premier, identifié par l’initiale «I.», était arrivé en Grande-Bretagne en 1995 pour demander l’asile humanitaire. Il est considéré comme «un membre chargé de la collecte de fonds au profit de l’organisation El-Qaïda».

Le second, «S.», demandeur d’asile, est arrivé au Royaume-Uni en novembre 1998, vraisemblablement venant du Pakistan, avec un faux passeport belge. Deux autres Algériens avaient été libérés l’an dernier. Il s’agit de «G.», présenté comme un membre du réseau de soutien au GSPC.

Souffrant de troubles psychiques sévères, suite aux dures conditions de détention auxquelles il a été soumis, «G.» a été remis en liberté sous caution le 22 avril 2004, par ordre de la Special Immigration Appeal Commission (SIAC, commission spéciale des recours en matière d’immigration).

Mais cette libération n’équivaut point à la liberté totale, «G.» ayant été placé en résidence surveillée : celui-ci ne peut pas sortir de chez lui sans être accompagné par des policiers et il doit porter un bracelet électronique. Tout contact avec des personnes autres que sa femme, sa fille ou son avocat doit préalablement être autorisé par le ministre de l’Intérieur.

Il n’a pas le droit d’utiliser des équipements de communication avec le monde extérieur, et la ligne téléphonique de son domicile a été remplacée par une installation spéciale fournie par les autorités britanniques. Les mesures auxquelles est soumis «G.» seront également imposées aux Algériens libérés vendredi.

Il convient de signaler qu’un autre Algérien, «D.», avait été libéré le 20 septembre dernier, après deux ans de détention, par le ministère de l’Intérieur, car «ne représentant plus aucune menace pour la sécurité du pays». Z. M.