Des Algériens convoqués par les services de l’émigration en Grande-Bretagne

Des Algériens convoqués par les services de l’émigration

Londres joue sur la réconciliation

De Notre Correspondant A Londres : Réda Hassaine, Le Quotidien d’Oran, 24 septembre 2005

Lorsque Saïd a reçu, la semaine passée, une convocation du ministère de l’Intérieur britannique à se présenter au poste de police de London Bridge, en compagnie de sa femme pour une affaire le concernant, il a pensé que le «Home Office» voulait le questionner une dernière fois avant que sa demande d’asile ne soit entérinée, du fait qu’il vit à Londres depuis 10 ans déjà. A sa grande surprise, la femme qu’il a épousé, ces dernières années, a été arrêtée par des officiers de l’immigration avant d’être envoyée dans un centre de détention, en attendant son expulsion vers l’Algérie. En effet, ayant vécue illégalement dans ce pays avant de se marier, elle a pensé qu’en déposant une demande d’asile politique au nom de son nouveau mari, elle allait obtenir ses papiers et pouvoir fonder un foyer sans aucun souci. Saïd, à son tour, devait être également arrêté comme sa femme mais vu que sa santé n’est pas très bonne, il a été autorisé à se faire hospitaliser pour continuer son traitement. Cette nouvelle de l’arrestation de la femme de Saïd a fait le tour de la communauté algérienne résidente dans le nord de Londres. Tous ceux qui ont fait des demandes d’asile et n’ont pas encore obtenu de réponse définitive commencent à se préparer à changer de domicile et de rentrer dans la clandestinité. En fait, même ceux qui ont obtenu le statut provisoire de 4 ans «Exceptional Leave to Remain» (ELR) commencent à avoir des doutes sur leur avenir en Grande- Bretagne, surtout que maintenant l’Algérie est stable et s’apprête à aller voter pour la charte de la paix et de la réconciliation nationale.

Smaïl qui a obtenu un visa de 4 ans, l’an dernier, est parti à Alger cet été pour voir sa famille et passer des vacances. A son retour, la semaine dernière, il s’est vu confisquer son passeport par les services de l’immigration à l’aéroport de Heathrow et on lui a signifié qu’il peut être reconduit aux frontières. La peur s’installe donc au sein de la communauté algérienne. Il y a quelques jours la presse anglaise a annoncé à coups de manchettes l’arrestation de sept Algériens, présumés terroristes. Ces jeunes-là, avaient été déjà arrêtés en 2003 quand ils avaient été accusés d’avoir voulu commettre des attentats à la ricine. Ils ont été acquittés faute de preuves matérielles. Lorsqu’ils ont été de nouveau arrêtés, la presse britannique n’a pas dit qu’ils sont tous en situation régulière et ils n’ont commis aucun crime. M. Abdelaziz Belkhadem, le secrétaire général du FLN et représentant personnel du président de la République, lors de son passage à Londres, samedi dernier, où il est venu animer un meeting populaire organisé par l’association «Algerian League in Britain», en collaboration avec la représentation diplomatique algérienne au Royaume-Uni, a confirmé au «Quotidien d’Oran» que les autorités anglaises sont en train de revoir l’ensemble des dossiers des demandeurs d’asile algériens. «Les jeunes dont la presse anglaise a fait état n’ont rien à voir avec les actions terroristes. Ils ont été arrêtés une deuxième fois dans le cadre de la politique d’immigration et non pas dans le cadre de la lutte antiterroriste. Ils étaient en situation régulière mais les autorités britanniques ont décidé de leur retirer leur carte de résidence pour les renvoyer vers l’Algérie. Ils n’ont commis aucun crime ni en Grande-Bretagne, ni en Algérie». Quant à ce qui a été avancé par les avocats de ces Algériens qui prétendaient que ces derniers pourraient être torturés s’ils étaient expulsés vers l’Algérie, Belkhadem a répondu: «pourquoi seraient-ils torturés? Bien sûr que les avocats pour défendre leurs clients, doivent trouver des arguments.

Alors, parmi les arguments qu’ils inventent, il y a cette hypothèse de ne pas retrouver la sécurité en Algérie. C’est archifaux. Parce que d’abord, la sécurité est totale. Les droits sont garantis. Ensuite, nous n’avons rien à reprocher à ces gens-là. Ils ne seront même pas inquiétés par la police algérienne, parce que ce sont des Algériens qui rentrent chez eux. Et tous les Algériens ont le droit de rentrer chez eux. Egalement, dans le cadre de la concorde civile, il n’y a plus de poursuite contre ceux qui ont été ciblés à une période donnée. Maintenant la charte de la paix et de la réconciliation nationale est très claire. Elle annule toutes les poursuites judiciaires contre ceux qui ont déposé les armes depuis 1999 et contre ceux qui pourraient déposer les leurs maintenant ou dans les semaines à venir». Concernant les discussions algéro-britannique sur la question du terrorisme, M. Belkhadem a confié que: «les Britanniques ne se plaignent pas des Algériens, particulièrement. Il y a maintenant une nouvelle politique britannique sur l’immigration après les évènements qu’a connus Londres, au mois de juillet dernier. Et dans le cadre de cette politique, les Britanniques sont un peu plus sévères en matière de visa, en matière de résidence. Ils veulent un accord de réadmission avec l’Algérie pour refouler les Algériens. L’Algérie a dit que les Algériens sont libres de rentrer chez eux à tout moment. On n’a pas besoin de signer un accord de réadmission avec la Grande-Bretagne. Maintenant si la Grande-Bretagne insiste, on peut signer plusieurs accords. L’accord d’entraide judiciaire, l’accord d’extradition, l’accord de réadmission et là, l’Algérie est totalement disposée à coopérer avec les Britanniques».

Enfin, selon une source proche des milieux islamistes, un officiel est venu spécialement d’Alger pour rencontrer certains islamistes à Londres. «Ils ont reçu l’assurance qu’ils peuvent rentrer en Algérie après le référendum pour régulariser leur situation avec les autorités judiciaires. Un laisser-passer leur sera établi à Londres et une fois que leur situation administrative sera réglée, ils obtiendront le passeport algérien et pourront retourner librement en Grande-Bretagne s’ils veulent continuer à vivre dans ce pays», affirme notre source.

Enfin, à noter que ceux qui ont obtenu la nationalité britannique et ceux qui ont la carte de résidence permanente, «Indefinite Leave to Remain» (ILR), sont assurés de ne pas être expulsés. Pour les autres…