Trois Algériens en résidence surveillée en Grande-Bretagne

Trois Algériens en résidence surveillée en Grande-Bretagne

Amnesty International dénonce

par Zouaoui Mouloud, Le Jeune Indépendant, 20 décembre 2005

L’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty International a demandé aux autorités britanniques de cesser la persécution de trois ressortissants algériens libérés en avril dernier de la prison de haute sécurité de Belmarsh (sud de Londres), après plus de trois ans de détention dans le cadre des enquêtes liées au terrorisme.

Dans un rapport rendu public avant-hier, Amnesty International indique qu’une délégation de l’ONG dirigée par son secrétaire général, Irene Khan, et la directrice de la section britannique, Kate Allen, s’est entretenue avec les trois Algériens et avec un Palestinien qui font partie d’un groupe de dix ressortissants étrangers ayant obtenu gain de cause lors d’un procès en appel, le 8 décembre, qui les opposait au gouvernement devant la cour des Law Lords, la plus haute instance judiciaire en Grande-Bretagne.

Selon le rapport, la cour avait estimé dans son verdict que les preuves obtenues sous la torture ne peuvent incriminer les mis en cause dans aucune affaire liée au terrorisme, et c’est ce qui s’est avéré dans le cas de ces Algériens.

Ces trois hommes identifiés sous les initiales «A», «G» et «H», au côté du Palestinien Mahmoud Abou Rideh, étaient menacés d’expulsion de Grande-Bretagne au motif qu’ils représentaient, selon le ministère de l’Intérieur britannique, «une menace pour la sécurité».

Le jugement rendu par la chambre des Law Lords signifie que leur affaire doit être renvoyée devant la commission d’appel spéciale de l’immigration (SIAC) qui s’était prononcée en première instance en leur défaveur. La chambre des Law Lords a ordonné à la commission de réexaminer «les charges» sur la base desquelles elle a rendu son verdict et d’établir de manière formelle les preuves ayant servi d’éléments à charge, précise le rapport incluant les observations de la directrice de l’ONG britannique.

«Est-ce cela qu’on appelle la justice dans ce pays ? Ces hommes ont été privés de liberté pendant quatre ans et n’ont jamais été officiellement inculpés ou jugés, sans parler du fait qu’ils n’ont même pas été reconnus coupables de quoi que ce soit», s’est interrogée Kate Allen.

«Ils n’ont même pas été interrogés par la police depuis leur arrestation », a-t-elle souligné. L’ONG indique que les quatre hommes ainsi que leurs familles ont évoqué les insoutenables incidences psychologiques et physiques qu’ils ont dû subir tout au long de ces quatre dernières années.

Leur arrestation a bouleversé leur vie et traumatisé leurs enfants, soumis depuis leur mise sous contrôle judiciaire à d’énormes restrictions. L’organisation avait publié également les témoignages des quatre hommes et de leurs familles dans ce rapport qui a été transmis à la chambre des Law Lords, aux autorités et aux médias.

Dès lors, Amnesty International réclame que les quatre personnes soient inculpées de manière formelle pour être jugées dans le cas où le ministère de l’Intérieur considère qu’elles doivent être expulsées ou dans le cas contraire mettre fin à leur mise en résidence surveillée.

L’affaire de ces trois Algériens intervient alors que dix autres Algériens, incarcérés en Grande-Bretagne sont aussi menacés d’expulsion en janvier. Ces dix Algériens font partie d’un groupe de 30 ressortissants issus de pays musulmans incarcérés depuis les rafles ayant succédé aux attentats du 7 juillet dernier à Londres.

Huit parmi eux avaient été emprisonnés sans jugement ni preuves de culpabilité de novembre 2002 à avril 2005 à la prison de Belmarsh, avant leur libération en avril dernier. Z. M.