Les otages oubliés de Long Lartin

Les otages oubliés de Long Lartin

par Yvonne Ridley, Cageprisoners.com, 27/04/2006

Depuis que je suis devenue un dirigeant de Cageprisoners et de Stop Political Terror, j’ai écrit et ai répondu aux lettres de beaucoup de frères dans les prisons de Belmarsh, Woodhill, Whitemoor, Full Sutton et Long Lartin.

En dépit des injustices accablantes et du traitement inhumain qui leur ont été infligés, ils ont, dans l’ensemble, essayé de rester optimistes.

La raison de cet optimisme? La justice britannique et sa réputation internationale comme phare pour les droits de l’homme.

Or, grâce à l’ancien Ministre de l’Intérieur David Blunkett, et maintenant de Charles Clarke, cette réputation a fini en lambeaux dans les égouts.

Il y a toujours des frères détenus sans procès et sans charge dans le système pénitentiaire britannique en dépit de décisions judiciaires signifiant que leur détention continue va à l’encontre des droits de l’homme.

Leurs lettres ont graduellement changé au cours des mois et des années.

Certains ont littéralement été rendus fous tandis que les autres ont regardé sans pouvoir agir leurs frères s’enfoncer dans un bourbier de complet désespoir.

Pour quelque raison bizarre certains fonctionnaires pénitentiaires ont même pris un plaisir sadique à leur désespoir et à la dégradation de leur état mental.

Au cours de la dernière année, j’ai reçu beaucoup d’appels téléphoniques des frères qui ont partagé avec moi leurs sentiments d’espoir et de désespoir, leurs soucis pour leurs chers et leur colère à leur situation sans espoir.

Finalement, le mois dernier, les frustrations d’au moins quatre frères algériens ont débordé et ils ont décidé de mettre fin à leur futur incertain au sein du système pénitentiaire britannique.

Ils ont annoncé qu’ils ne pouvaient plus supporter la torture mentale d’être retenus en otage par un gouvernement britannique vindicatif qui continuait à piétiner leurs droits humains.

À la consternation de leurs avocats, des militants des droits de l’homme et de bon nombre d’entre nous à SPT et Cageprisoners, ils ont dit qu’ils voulaient retourner en Algérie… indépendamment de la réelle menace de torture physique habituellement utilisée dans un pays qui ne respecte pas les droits de l’hommes fondamentaux.

Les fonctionnaires de l’ambassade d’Algérie à Londres ont rendu visite à certains des détenus à la prison de Long Lartin à Evesham, Wiltshire et d’autres sous des assignations à résidence (control orders) vicieuses et restrictives ont également été contactés par le personnel de l’ambassade.

Le message de l’Algérie est tout à fait clair… rentrez à la maison, il y a une amnistie générale et vous n’avez rien à craindre.

Ainsi, vous penseriez que le Home Office aurait sauté de joie ; après tout le précédent Ministre de l’Intérieur David Blunkett a souvent été ravi de dire aux médias que les détenus de Belmarsh et autres « étrangers suspectés de terrorisme » pris dans le système pénitentiaire étaient libres de retourner dans leur pays d’origine.

Si pressé était le gouvernement britannique de se débarrasser des détenus étrangers, que le personnel du ministère des affaires étrangères a été dûment envoyé dans quelques pays musulmans ayant peu d’attrait pour les rapports sur les droits de l’homme pour fixer des protocoles d’accord afin qu’aucun d’eux ne soit torturé.

En dépit de toutes ces paroles ambiguës de la part de Blunkett et Charles Clarke, quatre des détenus algériens ont maintenant indiqué qu’ils ne pourraient plus être la matière des protocoles d’accord, qu’ils voulaient juste sortir de l’enfer d’un système pénitentiaire qui les maintient dans des limbes légales.

Comme je l’ai déjà écrit, l’ambassade algérienne a préparé les papiers mais toujours, après quatre semaines atrocement longues, les frères n’ont encore aucune assurance au sujet de leur avenir. Les demandes et les promesses au sujet du prochain geste du gouvernement concernant leur cas ont rencontré un mur de silence.

Au milieu de toute ceci, à la demande des frères et parce que c’était une histoire digne des nouvelles déjà suivies par des médias traditionnels, j’ai parlé de leur situation difficile dans mon émission matinale sur les affaires courantes The Agenda with Yvonne Ridley.
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Or, en raison d’une certain honnêteté de reportage (ce gouvernement n’aime pas la vérité) mon numéro de téléphone a été retiré des listes des frères de Long Lartin et ils ont été punis avec petitesse, vindicte et méchanceté, d’une manière qui aurait davantage convenu à une république bananière qu’ à une démocratie occidentale.

Le jeudi de la semaine dernière une grève de faim avait été lancée – une action énergiquement niée par le Home Office. Les démentis ont continué même lorsque je leur ai montré la lettre jointe dans le Guardian d’aujourd’hui (26 avril 2006) à la fin de cet article.

Vous déciderez. Croirez-vous les paroles venant du Home Office que tout va bien et que les décisions sont en cours de réalisation pour renvoyer les Algériens chez eux aussitôt que possible, et qu’il n’y a aucune grève de la faim? Ou croirez-vous les frères? Lisez leurs paroles. Vous serez leur juge parce que ceux du gouvernement ne sont pas adaptés pour tenir cette position.

Sr. Yvonne Ridley