Le Mouvement du Sud pour la justice est né

LA POPULATION SE PREND EN CHARGE

Le Mouvement du Sud pour la justice est né

El Watan, 14 mars 2004

Les manifestations de colère, qui ont embrasé plusieurs localités du sud du pays, se sont polarisées les 11 et 12 mars derniers avec la création du Mouvement du Sud pour la justice (MSJ).

La réunion des représentants de plusieurs wilayas de la région à Labiod Sidi Cheikh, localité de la wilaya d’El Bayedh, a été sanctionnée par une plate-forme de revendications que le mouvement compte soumettre aux six candidats à l’élection présidentielle du 8 avril prochain. Le document dénonce «l’exploitation et la saignée des ressources de la région sans que cela ait la moindre incidence sur l’amélioration des conditions de vie de ses habitants considérés comme citoyens de deuxième et de troisième catégories». Le mouvement rappelle que le Sud présente «les plus grands taux de pauvreté, d’analphabétisme, de chômage et de maladie». El Hafnaoui Ghoul, désigné porte-parole du mouvement, a indiqué hier que la réunion de Labiod Sidi Cheikh s’est tenue malgré un dispositif sécuritaire qui a refoulé les représentants des wilayas de Djelfa et de Ghardaïa. Comme il a précisé que la plate-forme «est une réponse à la répression des manifestations pacifiques d’habitants du sud du pays portant des revendications légitimes». Le document, qui se décline en trois chapitres, aborde en premier lieu des revendications politiques appelant, entre autres, à «l’application d’une décentralisation effective…, l’ouverture du champ politique, la levée de l’état d’urgence, la consécration du respect des droits de l’homme au Sud, l’ouverture du dossier des disparus, la soumission les autorités administratives et sécuritaires à la souveraineté des élus». Dans son volet économique et social, la plate-forme reprend une revendication essentielle des gens en âge de travailler, à savoir «donner priorité aux enfants de la région à l’embauche dans les firmes de pétrole et du gaz» tout en abordant dans son volet culturel «l’installation d’instituts supérieurs et de centres spécialisés à la formation de cadres du pétrole dans les wilayas pétrolifères». «Les moyens de pression sont désormais connus de tous les Algériens», a déploré le porte-parole du mouvement tout en évoquant «le joug des walis et le terrorisme administratif» auxquels font face les habitants du Sud. «Nos revendications ne sont pas impossibles, a estimé El Hafnaoui, et nous souhaitons qu’elles donnent lieu à une prise en charge.» Le mouvement, selon lui, s’ouvre aux autres wilayas qui n’y ont pas encore pris part. Des rencontres périodiques devront le maintenir en état de veille au-delà de l’élection présidentielle, soutient le document.

Par Aziz Yemloul