Oraison funèbre

Oraison funèbre

Par Ahmed Manaï- Mardi 11 mars 2003

Traduit de l’arabe.

Allahou Akbar…Allahou Akbar…Allahou Akbar.

Bismillahi Arrahmani Arrahim

 » Très certainement. Nous vous éprouverons par un peu de peur, de faim et de diminution de biens, de personnes et de fruits. Et fais la bonne annonce aux endurants qui disent, quand un malheur les atteint : certes nous sommes à Allah et c’est à Lui que nous retournerons « . Le Saint Coran.

Grand frère Mahmoud

Ainsi tu nous abandonnes et tu nous quittes si vite, à un moment où nous t’attendions tous et que nous avions tant besoin de toi !

Nous t’attendions avec impatience pour t’entretenir du seul sujet qui t’importe vraiment depuis de nombreuses années, mais voilà que tu as préféré à notre rencontre, celle de ton Créateur. Mais tu as bien raison, qui donc pourrait refuser Son appel. Tu nous précèdes dans cette voie et nous te rejoindrons tous.

Nous sommes ici quelques uns de tes amis, de tes collègues et de tes admirateurs, rassemblés à la hâte dans ce pays d’exil pour te rendre hommage et te faire un dernier adieu.

Dans quelques heures, tu seras reçu comme tu le mérites par la foule de tes amis, de tes collègues et de tes admirateurs, sur le sol de ton pays auquel tu as tout donné. Eux sauront te faire l’accueil dont tu es digne, te rendre l’hommage que tu mérites, t’accompagner jusqu’à ta dernière demeure et te confier à cette terre que tu as tant aimée.

Allahou Akbar…Allahou Akbar…Allahou Akbar.

Grand frère Mahmoud !

C’est avec une immense tristesse que nous te faisons nos adieux, mais nous savons que quelque part, une foule de gens, attend ton arrivée avec impatience et qu’elle va t’accueillir avec des chants, dans la joie et l’allégresse.

Ce sont les milliers de disparus, enlevés par les despotes, auxquels tu as consacré les meilleures années de ta vie, dépensé des trésors d’ingéniosité, d’intelligence, de patience et de courage pour mettre des noms sur leurs cadavres et leur éviter de mourir deux fois.

Des milliers de disparus, leurs nombreuses familles et d’autres plus nombreux encore, témoigneront devant Le Tout Puissant que ta vie n’a pas été pas été vaine et en pure perte et qu’elle fut au contraire faite d’effort continu, de travail acharné, de don de soi et de générosité pour que cesse l’injustice et qu’enfin justice soit faite !

Mahmoud, Noble Chevalier !

C’est avec des cœurs lourds et attristés que nous te faisons nos derniers adieux. Ton départ nous prive d’un très cher ami mais aussi d’un vénérable maître. Tu nous a appris, ainsi qu’à toute une génération, par tes convictions profondes, la sincérité de ton combat et ton témoignage quotidien, le véritable sens de la vie. Tu nous as appris notamment que la vie n’a point de sens, ni de goût ni d’odeur, si elle n’était consacrée au service désintéressé de l’humanité et surtout des gens les plus démunis et si elle ne visait à consacrer les idéaux sans lesquels l’existence n’a plus de sens.

Mahmoud, mon ami !

Ta réputation nous est parvenue dans notre exil au début des années quatre vingt dix avec les premiers signes du drame qui continue encore à endeuiller la vie des algériens. Nous avons reconnu très vite en toi un noble et preux chevalier, qui, enfourchant pour simple monture la loi, surgît au secours des humiliés, des laissés pour compte, des victimes de l’iniquité et de la Hogra ainsi que de leurs familles, pour redresser les torts, faire la vérité et consacrer le règne de la justice sans laquelle on ne peut concevoir de société humaine viable.

Pendant des années, nous parvenaient les échos de ton combat Antarien avec les juges, les procureurs, la police et les services …et nous avions peur pour toi.

Pendant des années, nous parvenaient aussi les échos de vos plaidoiries devant les diverses juridictions, civiles et militaires, normales et exceptionnelles, mais toutes drapées dans la même iniquité…et cela augmentait notre inquiétude mais nous rendait encore plus admiratifs.

Pendant des années enfin, nous parvenaient tes attaques ciblées contre les véritables responsables du drame algérien et ceux qui l’ont alimenté pour mieux en profiter…et cela nous emplissait d’angoisse.

Tu étais, pour moi et pour tous ceux qui ne t’avaient pas encore connu directement, une espèce de taureau en furie, qui, au moindre geste, bondit sur l’ennemi pour le terrasser à l’aide de ses cornes faites de codes de la loi.

Quelle fût ma surprise quand je t’ai rencontré pour la première fois il y a six ans, de découvrir en toi, en lieu et place du taureau en furie, un superbe et fier lion n’inspirant que sérénité et sagesse. Tu m’a conquis par ton immense douceur, ta grande sensibilité et ta capacité d’écoute, ce qui constitue sans doute le caractère d’un homme sûr de lui.

Allahou Akbar…Allahou Akbar…Allahou Akbar.

Grand frère Mahmoud,

Je serais bien incapable d’énumérer toutes tes qualités et encore moins tes bonnes actions. Mais n’aies pas crainte, elles sont toutes consignées dans un Livre, tenu soigneusement par Le Meilleur Comptable.

Nous te disons Adieu grand frère et nous te faisons la promesse sincère des véritables croyants, que, tant que nous vivrons, nous cultiverons ton souvenir et nous resterons fidèles à la voie que tu nous as tracée. Nous défendrons les humiliés, les Moustadafines et toutes les victimes du despotisme à une époque où ce dernier, plus arrogant que jamais, semble se généraliser aux dimensions de la planète.

Mahmoud !

 » Ô toi, âme apaisée, retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée, entre donc parmi Mes serviteurs et entre dans Mon paradis « . Le saint Coran.

Suit une prière.