Honte à Paris et à Alger…

Honte à Paris et à Alger…

A la mémoire de Maître KHELILI …par Marina Ladous, réalisatrice

Paris, le 9 Mars 2003

Mon téléphone a sonné trop tôt pour un samedi matin, une voix triste a sonné l’immense tragédie, votre mort Maître, d’un coup du cœur sur le tarmac de Roissy…
Honte à ma France qui n’avait pour vous aucun cortège d’honneur, juste le bras de votre femme qui n’a pas pu lutter contre cette attaque.
Maître, vous êtes mort comme vous avez vécu, dignement et debout, c’est votre ultime coup de maître à la vie.

Honte à moi qui n’eut pas assez d’influence pour faire crier votre voix, notre film parce qu’il est autant le mien que le vôtre, jusqu’à ce triste jour de 2003, notre film ne vit que sur des grands-écrans, mais je vous jure maître que bientôt le petit écran se fera l’écho de vos batailles.

Honte à mon président qui a trop écouté le vôtre sans vouloir entendre le peuple.
Honte aux organisations qui ont gardé leur porte close à votre veillée funèbre.
Mehdi, votre ami et le mien, ce rescapé de l’inaudible, ce témoin vivant des portés disparus vous pleure aujourd’hui comme tous ceux qui n’avaient que vous pour défendre leur malheur, tous ceux qui dans cette rue d’El Harrach veillaient sur vous et sur la sécurité militaire.
Je pense à eux aujourd’hui et j’ai peur pour leur juste cause, j’ai peur que personne n’ait le cœur à votre combat, votre mort me fait peur maître, je vous l’avoue.
« Tu as ici un vieillard et une jeune femme, mon fils baisse ton arme parce que si tu tires, c’est toi que tu condamnes… » Le soldat n’avait, Dieu merci, pas tiré et j’avais beaucoup pleuré dans vos bras, merci encore pour ce jour là, un jour de Mars 2000, ou de 1999 ou de 1998…

Depuis toutes ces années et trois arrêts clandestins à Alger, en votre compagnie, j’ai entendu, filmé et admis, les tortures, les actes de barbarie, les portés disparus, les noms des corrompus corrupteurs qui saignent votre peuple. Depuis toutes ces années, votre instinct de justice a porté mes rencontres et mes images portent votre combat.
Merci Maître de m’avoir tendu la main sur le chemin de la vérité, celle des gens de cœurs comme vous…