«Les droits de l’Homme sont en régression»

Les avocats de la LADDH tirent la sonnette d’alarme

«Les droits de l’Homme sont en régression»

En dépit des différentes lois votées, le discours idyllique du pouvoir et la levée d’une manière officielle de l’état d’urgence, les atteintes aux libertés individuelles se multiplient et la situation des droits de l’Homme est loin d’être reluisante.

Salah Benreguia – Alger (Le Soir), Le Soir d’Algérie, 3 mai 2015

C’est le constat dressé par les différents intervenants de la rencontre organisée, hier, par la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme LADDH, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse.
Le président de la LADDH, Me Noureddine Benissad, a déploré la régression que connaît le pays concernant les libertés collectives, notamment celles de s’associer, de manifester, de se rassembler, de se réunir et de s’exprimer, alors que l’Algérie a ratifié plusieurs conventions internationales relatives aux droits de l’Homme. «Après l’abrogation de l’état d’urgence en février 2011 et l’annonce de réformes politiques par le président Bouteflika suite à des mouvements sociaux, la nature du pouvoir a fini par annihiler tout espoir de changement, puisque sur le terrain, il y a eu une régression concernant les libertés collectives, notamment celles de s’associer, de manifester, de se rassembler, de se réunir et de s’exprimer», a déclaré d’emblée l’avocat Benissad.
Et d’ajouter qu’il existe bel et bien «des prisonniers d’opinion dans l’Algérie de 2015 !» Membre de la ligue LADDH, Me Aïssa Rahmoune s’est interrogé sur le «timing» choisi par le Parlement européen dans l’élaboration d’un rapport accablant sur la situation des droits de l’Homme dans le sud du pays. Une région, selon les militants des droits de l’Homme, qui intéresse beaucoup plus les Européens, compte tenu des différents enjeux économiques.
«Depuis les évènements de Kabylie, l’Union européenne et le Parlement européen n’ont pas fait de résolution sur les droits de l’Homme en Algérie. Pourquoi cette résolution arrive-t-elle en 2015 ? Est-ce que cela signifie la fin d’une époque ?», selon cet avocat. «On dit merci à l’Union européenne mais aussi on a bien compris», a-t-il ajouté plus loin.
Même avis chez Mme Oussedik, sociologue et membre du réseau Wassila, qui évoque plutôt une période «de post-colonialisme». Toutefois, Me Benissad minimise l’ampleur de ladite résolution, d’autant que les pays européens, explique-t-il, privilégient, à titre individuel, leurs intérêts. «Les pays européens s’intéressent plutôt à leurs intérêts (pétrole, gaz…) et la situation des droits de l’Homme ne les intéresse pas», a-t-il souligné.
Belkacem Mestfaoui, professeur à l’Ecole nationale supérieure du journalisme, s’est plutôt interrogé sur le sens qu’on pourrait donner à l’autorité de régulation de l’audiovisuel en l’absence d’installation de ses différents membres. «Comment se fait-il que le président de cette instance, désigné par le président Bouteflika et qui est un cadre du RND, agit et parle au nom de l’autorité alors qu’aucun membre n’est installé depuis septembre dernier ?»
S. B.