Ni guerre ni paix pour les GLD

LES ÉLECTIONS DE 2007 ATTISENT LES TENSIONS

Ni guerre ni paix pour les GLD

L’Expression, 21 décembre 2006

L’effort de paix consenti par le président de la République exige de faire l’économie de ces anciens «sous-traitants de la guerre», qui seront pris en charge par l’Etat.

A la faveur de la réconciliation nationale et de la volonté des autorités d’aller rapidement vers une paix négociée, on croyait les GLD (Groupe de légitime défense) finis. Finalement, ils sont encore là, tout comme ceux qu’ils ont toujours combattus et qui ont été à l’origine de leur création: les groupes armés. Le fait nouveau est que ce corps paramilitaire bouge, et à la faveur des prochaines échéances électorales. A l’approche des élections de 2007, les enjeux liés à cette échéance deviennent de plus en plus perceptibles.
Les GLD qu’ on avait enterrés à la faveur de la réconciliation nationale, reviennent et deviennent un sujet d’actualité. D’abord, en constituant leur propre organisation nationale, ensuite en se démarquant de tous «les enjeux politiques et électoralistes», et enfin, en sollicitant directement le président de la République pour la prise en charge de leurs doléances. Ce à quoi répond Driss Zitoufi, responsable des GLD de chlef par ses mots: «Les GLD sont à 90% des militants RND. Il y a quelques jours, Abdelmalek Adouka, le président de l’Organisation nationale pour la défense des GLD, avait vivement critiqué la réunion parallèle qui s’était tenue à Bouira, affirmant que cette commission interwilayas, qui regroupait notamment les GLD de Bouira, Béjaïa et Bordj Bou Arréridj, sentait la manipulation à la veille des prochaines élections».
Une source proche du ministère de l’Intérieur précisait récemment que «la présence des GLD est encore exigée et les éléments des groupes en activité dans les ´´zones grises´´ restent encore opérationnels» et que «leur dissolution totale n’est pas à l’ordre du jour, et le jour où le terrorisme aura complètement disparu des zones rurales, alors on pourra parler de la fin des GLD». Voilà donc, les «patriotes» qui bénéficient d’une période de grâce malgré les informations faisant état de leur désintégration définitive, à la faveur des nouvelles donnes, notamment des options de la réconciliation nationale.
Lancé par le président de la République, il y a quelques mois, lors de son périple à Béchar, en pleine campagne pour son projet de Charte pour la paix et la réconciliation nationale, et confirmé par l’ancien chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, lors d’un point de presse avec les directeurs des médias, le démantèlement des GLD est mis en marche depuis des mois et le processus est aujourd’hui quasi irréversible, bien que sans cesse stoppé par la récurrence des actes de violence liés au terrorisme. Opérationnels déjà à partir de 1994, sous forme de petites cellules de collecte d’informations, les GLD voient le jour par petites touches, à mesure que le terrorisme prenait de l’ampleur, avant d’être officiellement institués sous le nom de Groupe de légitime défense (GLD), avec des reportages publicitaires lancés par la Télévision algérienne sous le titre de Ridjal wakifoune (hommes debouts) et «Patriotes», appellation transformée par la suite en GLD par le général de corps d’armée, Mohamed Lamari.
Largement dérouté par le nombre exceptionnel d’islamistes en armes (estimés à 29.000 en 1996), l’état-major de l’armée crée les GLD dans le double objectif de faire pièce aux maquis islamistes en zones rurales et de disposer d’hommes «opérationnels» sur place. Les patriotes disposaient aussi d’un atout majeur: ils connaissaient les maquis et les villages dont ils sont issus, et maîtrisaient parfaitement la topologie des zones à protéger. Très vite, les patriotes deviennent les nouvelles «stars» de la guerre qui faisait rage. Trois mégamilices sont créées à Lakhdaria, Relizane et Chlef et dirigées par respectivement Zidane El Mekhfi, Hadj Ferguène et Zitoufi. Le premier, notamment, disposait d’une véritable armada, un bataillon en mouvement qui obtient très rapidement des résultats spectaculaires.
En outre, il protège le passage des longs gazoducs qui passent du sud algérien vers le littoral nord-est en passant par Bouira, région fortement affectée par les maquis terroristes. Zitoufi bénéficiait au plus fort du conflit de prés de 3000 membres de GLD
Petit à petit, naquirent les «seigneurs de la guerre», nom donné aux grands chefs des GLD, qui, tout en obtenant de plus en plus de résultats encourageants sur le terrain, élargissaient leur champ de bataille, et, par extension, commettaient leurs premières dérives.
Payés entre 7000 et 11.000DA, ils étaient entre 80.000 et 100.000 fin 1998 à veiller sur les villages, hameaux et campagnes.
Eloignés des centres urbains, ils étaient comme coupés du monde. L’isolement permettait à certains de s’adonner aux mêmes vices et délits que perpétraient les terroristes. La petite rémunération permettait aux plus démunis de vivre et de faire vivre leurs familles, mais les armes donnaient une assurance excessive à certains, une prétention outrancière aux plus forts d’entre eux.
L’effort de paix consenti par le président de la République exige de faire l’économie de ces anciens «sous-traitants de la guerre», qui seront pris en charge par l’Etat après leur fin de mission, intégrés dans d’au-tres secteurs, dans des sociétés de gardiennage, ou autres entreprises de sécurité.
La lente désintégration des GLD est résumée dans ce cri des groupes de Hassi Bounif d’Oran qui interpellent les autorités dans un communiqué daté du 17 décembre: «Nous sommes des GLD de Hassi Bounif et nous n’avons pas perçu nos salaires depuis 1997».

Fayçal OUKACI


 

HADJ DRISS ZITOUFI, RESPONSABLE DES GLD DE CHLEF

Nous sommes à «terrorisme zéro» dans notre région

L’Expression, 21 décembre 2006

La lente désagrégation des Groupes de légitime défense remet ce corps paramilitaire de la lutte antiterroriste
au centre d’enjeux politiques.

Hadj Driss Zitoufi fait partie des plus anciens chefs des Groupes de légitime défense (GLD) et se vante aujourd’hui d’avoir complètement «nettoyé» la région de Chlef des groupes terroristes qui l’infestaient de façon particulière. Député RND terminant son deuxième mandat, il présente le profil parfait de ces anciens «seigneurs de la guerre» recyclés en politique. Le point sur les GLD, les courants qui les traversent et les enjeux qui les guettent avec cet enfant de Béni Hawa devenu chef d’une des plus importantes milices d’Algérie et, un peu malgré lui.

Le corps GLD bouge ces dernières semaines. Des scissions ont été signalées dans les wilayas du Centre. Est-ce relatif aux prochaines échéances électorales?
Comme vous, j’ai lu dans la presse que des groupes de GLD des trois wilayas du Centre, Blida, Bouira et Béjaïa, ont fait une réunion pour créer une association. Je ne sais pas à quoi cela rime, et chacun est libre de faire des actions, mais je dois vous dire que la loi interdit aux GLD de faire de la politique dans des associations créées à des fins politiques.

Mais vous-même vous êtes devenu député RND et vous faites de la politique…
Oui, bien sûr, sauf que moi je fais partie d’un parti politique, le RND, en l’occurrence, qui existe, qui est là. Nous avons été politisés avant la création du RND, nous existions avant le RND. Ce n’est pas la même chose. Je parle de la constitution d’association dans un corps militaire, ou paramilitaire, cela est interdit par la loi. On ne peut pas faire de la politique avec des armes, sinon même la police ou la Gendarmerie connaîtraient le même sort.

Il y a aujourd’hui des enjeux politiques et tout le monde dans les GLD, pressentant la fin de ce corps, tente de se recycler dans des partis. C’est légitime, non?
Justement, non. Je vais vous faire un aveu: 30% des GLD sont des militants RND, et personne ne pourra les faire détourner de leur parti. Les GLD existaient avant la création du parti, et lorsque le RND a été créé, en 1997, tout le monde y a adhéré de son plein gré et avec la force de la conviction qui le caractérisait à l’époque.

Donc tous ceux qu’on présentait sous le qualificatif de «patriotes» et qui sont devenus GLD, étaient en fait des militants RND?
Je vous disais que nous prééxistions au RND, avant 1997, il y avait nous et les anciens moudjahidine qui ont repris les armes pour contrer le terrorisme dans la région de Ténès, Oued Romane et Chlef. A la création du RND, les GLD se sont un peu reconnus dans ce parti, d’ou l’appellation Rassemblement national.

Vous étiez GLD dans la région de Oued Romane…
Oui, mais attention, ce Oued Romane va de Ténès à Mostaganem. C’est une suite d’oueds et de massifs forestiers interminables, quelque chose comme 1200km². C’est un vaste espace qui offrait des caches inexpugnables pour des milliers de terroristes…

Où en êtes-vous aujourd’hui?
On en est à «zéro terroriste» dans la région de Chlef. Voilà où on en est.

Mais il y a eu des actes de violence liés au terrorisme dans la région ces derniers mois…
Non, pas dans Chlef, peut-être à Aïn Defla ou à l’extrême ouest, à partir de Relizane. A Chlef, je vous le dis, nous n’avons plus de terroristes. C’est fini, nous avons tout nettoyé. Jusqu’au dernier. Le terrorisme est vaincu. Définitivement.

Vous parlez certainement du GIA. Aujourd’hui on est entré dans une nouvelle phase avec le Gspc, et ce groupe paraît plus dangereux encore…
Non, non, le terrorisme est vaincu, je vous le dis. Même ce Gspc ne peut plus faire face aux forces de sécurité. Evidemment, des actions seront encore menées çà et là, mais la République n’est plus en danger.

Le terrorisme s’est déplacé en Kabylie, à l’Est et au Sud, des régions éloignées de Chlef. Pourquoi, par exemple en Kabylie, les GLD n’ont pas eu les mêmes résultats que vous à Chlef?
Je ne sais pas, il faut demander cela aux GLD de la Kabylie. La base de la réussite de la lutte contre le terrorisme est l’information. Pour cela, il faut travailler avec le petit peuple et gagner sa sympathie. Sans cela, c’est l’échec. en Kabylie qui a bénéficié de gros effectifs de GLD, il y a aussi à prendre en compte la spécificité de la région. Il y existe beaucoup de complicités, beaucoup de groupes de soutien, le crime organisé, les enjeux politiques, le grand banditisme, et puis il y a aussi des intérêts, et des personnes qui y ont intérêt, souhaitent que les choses restent en l’état.

Nous avons entendu dire que vous êtes aussi responsable de la commission des droits de l’homme au RND. N’est-ce pas là du cynisme poussé à l’extrême de faire d’un chef d’un méga -GLD de 3000 hommes armés, donc impliqué dans le conflit civil, un porte-parole des droits de l’homme?
D’abord, ce n’est pas une commission, mais une Association nationale pour la promotion de la citoyenneté et des droits de l’homme. Ensuite, cette association se situe hors cadre du RND. C’est une association qui milite pour le droit des patriotes et des GLD. J’ai déjà installé 38 bureaux de wilaya et je compte arriver à installer un bureau de l’association dans chaque commune.

Vous militez uniquement pour les droits des GLD? Est-ce là uniquement votre objectif?
Non, non, pas du tout, l’objectif de l’association est surtout de contrôler les dépassements, y compris la corruption, les dépassements de ou sur les GLD.

Comment avez-vous réagi face aux dépassements des GLD durant les années de feu?
Toutes les structures armées du monde connaissent des dépassements durant les périodes de conflits…

Evidemment. Mais vous, comment avez-vous réagi face aux dépassements de vos GLD?
Ecoutez, au plus fort de la lutte antiterroriste, j’avais jusqu’à 3000 GLD sous mon commandement. Nous avons désarmé ceux qui ont été les auteurs de dépassements. Je vais vous relater un fait, édifiant à plus d’un titre. Un patriote qui avait une femme qu’il soupçonnait d’être alliée à un groupe aux maquis, avait été condamné à quatorze ans de prison. Aujourd’hui, il a quitté la prison et son état de santé est désespéré. Pourtant, il s’agit d’un GLD réputé, et qui avait, un jour, à Heranfa, abattu treize terroristes qui étaient dans une voiture bâchée. C’était un baroudeur, et il a été sévèrement, trop sévèrement condamné.

Fayçal OUKACI