Ksentini: Les droits de l’homme «malgré les insuffisances»

FAROUK KSENTINI

Les droits de l’homme «malgré les insuffisances»

Le Quotidien d’Oran, 24 janvier 2006

« Des progrès immenses ont été accomplis en Algérie en matière de droits de l’homme», a déclaré hier Farouk Ksentini, le président de la CNCPPDH (Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme), qui est revenu sur les «crimes contre l’humanité de la période coloniale», sur la situation «non favorable aux droits de l’homme» vécue après l’indépendance et sur «l’impossibilité de faire avancer ce dossier durant le contexte des années de terrorisme». Néanmoins, Ksentini considère que «depuis 1999 et même un peu avant», l’Algérie est devenue un «pays émergent en matière de droits de l’homme» et ce «malgré toutes les insuffisances», a-t-il ajouté.

Interrogé sur l’incarcération des journalistes, Ksentini considère que «les droits de l’homme sont une culture qu’il est difficile de répandre auprès des citoyens». Ajoutant que «si le journaliste a le droit de tout dire, il doit aussi s’abstenir d’injurier et de diffamer». Ksentini s’oppose à l’emprisonnement des journalistes en donnant comme exemple les affaires de diffamation en Europe qui se terminent par «des peines d’amendes». «Mais il faut, ajoute-t-il, que les journalistes fassent un travail sur eux-mêmes et cessent d’injurier et d’affabuler».

Sur la question des disparus, Ksentini n’apporte rien de nouveau au dossier, et donne même l’impression de dire la chose et son contraire sur ce chapitre. Il maintient que la majorité des 5.000 familles de disparus que le comité ad hoc a contactées «sont favorables aux indemnisations» qu’il refuse d’assimiler à une manière de fermer ce brûlant dossier. D’un autre côté il considère que «ceux (associations de familles de disparus, ndlr) qui sont contre les indemnisations» sont «une minorité». «Ils ont le droit, dit-il, de refuser et d’aller à la justice, mais ils n’ont pas le droit d’empêcher les familles qui veulent tourner la page en acceptant l’indemnisation».

Le président de la CNCPPDH réaffirme que son «souci premier» est de «dire toute la vérité» sur ce dossier et de «réhabiliter moralement les disparus qui ne sont plus vivants». Pour lui, «les familles ont fait des déclarations circonstanciées sur la disparition de leurs proches» et «qu’il n’y a aucune raison d’en douter». Par ailleurs, Ksentini estime qu’«aucune preuve n’a été établie sur l’existence de lieux secrets de détention». Son argument est que les services de sécurité «n’ont aucun intérêt à garder des gens pendant des années sans les juger». A propos de cette même question de l’existence de lieux de détention secrets (évoquée dans le rapport de 1997 de l’ONDH, ndlr), Ksentini déclare quelques minutes plus tard «je n’ai aucune preuve du contraire».

Invité à s’exprimer sur les propos de Madani Mezrag, le président de la CNCPPDH préfère d’abord «vérifier la teneur des propos» de l’ex-chef de l’AIS avant de les juger. «Mais si cela se confirme, je trouve ces déclarations regrettables», s’est-il contenté de dire. En réponse à une question relative aux ONG internationales des droits de l’homme, Ksentini estime que ces dernières «doivent d’abord avouer s’être trompées sur l’Algérie». Il considère que durant la précédente décennie ces ONG «ont pris fait et cause pour le terrorisme et contre l’Etat algérien en qualifiant les groupes terroristes de groupes d’opposition», a-t-il dit. «On avait l’impression, ajoute Ksentini à ce propos, que les services de sécurité faisaient la guerre à des démocrates qui voulaient arriver pacifiquement au pouvoir».

Concernant le procès de l’Algérien Ahmed Brahim, accusé d’appartenance à Al-Qaïda, incarcéré depuis 4 ans en Espagne, Ksentini affirme avoir assisté à une partie du procès qui s’est déroulé la semaine dernière à Madrid et que le dossier de l’accusation «ne comporte aucune charge sérieuse». Selon Ksentini, «les autorités espagnoles ont trouvé bizarre que Ahmed Brahim lance un site sur lequel il compte héberger 120.000 anciennes fetwas». Interrogé sur les textes devant êtres promulgués dans le cadre de la charte de la réconciliation nationale, Ksentini affirme n’avoir aucune date précise et explique que le retard pris pour leur promulgation est dû au mois de Ramadhan et à l’hospitalisation du président de la République.

Mohamed Mehdi