Ksentini: «Aucun prisonnier n’est secrètement détenu dans notre pays»

Farouk Ksentini, président de la CNCPPDH

«Aucun prisonnier n’est secrètement détenu dans notre pays»

par Sihem H., Le Jeune Indépendant, 24 janvier 2006

Le président de la Commission nationale consultative pour la promotion et la protection des droits de l’homme (CNCPPDH) a déclaré, hier, qu’aucun «disparu» n’est détenu «secrètement» par l’Etat, sous quelque prétexte que se soit. S’exprimant, hier, à travers l’émission «Invité de la presse», de la chaîne II, M. Farouk Ksentini trouve «inconcevable» que de telles «accusations puissent circuler dans la nette intention de nuire à l’image de l’Algérie».

Formel, il précise : «depuis que j’ai pris en charge le dossier des disparus, il y a plus de deux ans, la commission que je préside n’a à aucun moment été confrontée ou eu des preuves de l’existence de prisonniers détenus sans avoir été jugés».

«Il est tout à fait inconcevable de tenir au sujet de notre Etat ce genre de calomnies». D’autant plus que durant les années de sang qu’a traversées notre pays, plus de 500 000 personnes interpellées ont été déférées en justice, pour terrorisme ou soutien au terrorisme.

«Toutes ces personnes sont identifiées et ont eu droit à des procès équitables et aucun disparu ne figure parmi elles», affirme-t-il. Des propos par lesquels M. Ksentini met un terme aux différentes rumeurs répandues, notamment par certaines associations de familles de disparus, selon lesquelles des disparus se trouvent actuellement dans des pénitenciers dont l’existence serait soigneusement dissimulée.

«Faux !», s’exclame l’avocat. Dans une tentative d’expliquer ce genre de rumeurs, l’avocat estime que certaines mères qui ont perdu leur fils peuvent avoir recours à tous les moyens pour continuer à croire qu’ils sont encore en vie.

Mais il ne faudrait pas que ce genre «d’attitudes soit utilisé et entretenu par certaines associations à des desseins souvent inavoués». Evoquant la préparation des textes de loi devant accompagner la charte pour la paix et la réconciliation nationale, M. Ksentini reconnaît le retard dans leur promulgation.

Un retard dû, notamment, à la période de l’hospitalisation du président de la République, qui «avait tenu toute l’opinion en haleine». Néanmoins, poursuit-il, tous les moyens sont actuellement mis en œuvre pour respecter la volonté exprimée par le président Bouteflika, à l’occasion du dernier conseil des ministres, de voir ces textes d’application «entrer en vigueur dans les plus brefs délais».

M. Ksentini a tenu, également, lors de cette même émission, à répondre aux critiques qu’a essuyées la commission qu’il préside, pour ne pas avoir «pris en charge plus rigoureusement certains dossiers ayant trait au respect des droits de l’homme».

Il a tenu à rappeler à ce propos, que cette commission est «par définition consultative et, par conséquent, n’a aucun pouvoir de décision à même de lui permettre d’imposer son avis aux institutions». «Ce serait nous faire trop d’honneur que de nous prêter la capacité d’avoir une autre mission que celle de faire des suggestions».

Interrogé sur la situation des droits de l’homme en Algérie, le président de la CNCPPDH trouve opportun de revenir sur la période de l’après-indépendance, caractérisée par le règne du système à parti unique, qui n’«était pas forcément fait pour respecter la liberté d’expression».

«Aujourd’hui, je me dis que le régime d’alors avait opté pour le parti unique dans la seule raison de faire primer le collectif sur l’individuel». Ceci, dans la mesure où cette période avait influé négativement sur le respect des droits de l’homme.

«Heureusement que nous avons vite fait de nous rattraper, puisque ces dernières années, il y a une volonté de faire progresser les droits de l’homme». L’une des taches noires citées par l’avocat demeure l’incarcération de journalistes, ce qui «normalement devrait être définitivement banni».

S. H.