Deux ex-patriotes face à la justice française

Dossier

DEUX EX-PATRIOTES FACE A LA JUSTICE FRANÇAISE

Manipulations et intrigues (I)

Le Soir d’Algérie, 30 mai 2006

Supplice et calvaire, mais ils portent leur croix avec courage et patience. Depuis la plainte déposée contre eux le 10 octobre …2003, ils ont tout perdu : leurs emplois, leurs ressources, leurs voisins et quelques amis, ils ne peuvent plus subvenir aux besoins de leurs familles… Leurs passeports leur sont confisqués par le juge d’instruction de Nîmes, il leur est interdit de rendre visite à leurs parents à Jdiouia (Relizane).

Quels droits de l’homme dans “la patrie des droits de l’homme” ? Qui est ce que ce magistrat qui, suite à une simple allégation non avérée, transforme le prévenu en coupable, l’empêche de se déplacer librement, et est à l’origine de sa mise au chômage ? Le pot de terre contre le pot de fer… Les deux frères Hocine et Abdelkader Mohamed sont doublement victimes : victimes d’allégations selon lesquelles ils auraient participé “à des massacres de civils, algériens durant les années 1995-1996” dans la région de Relizane, des allégations récemment dénoncées par les propres familles des plaignants “manipulés”. Victimes aussi d’un flagrant parti pris d’un juge d’instruction soumis à des pseudo-organisations des droits de l’homme fort connues pour leurs accointances tant avec l’opposition islamiste extrémiste qu’avec les calomniateurs tel l’ex-militaire (ex-lieutenant dégradé après sa condamnation puis radié) dont l’un des témoins lors du procès intenté par Khaled Nezzar était Boudouin, “l’ex-patron” de la FIDH … Chassez le naturel, il revient au galop. Cette fois à Nîmes.

Oyez, oyez braves patriotes qui par vos plumes ou par vos armes avez défendu l’Algérie républicaine. Oyez et sachez qu’il pourrait vous arriver de vous retrouver en taule en France si, pour votre malheur, un ex-terroriste, jouissant ou à la recherche d’un statut de réfugié politique, déposait plainte contre vous en alléguant que vous l’avez torturé. Cela peut arriver à tout un chacun. Alors, il sera très difficile de se sortir d’une telle situation. Ce sera la parole d’un citoyen aux mains propres contre celle d’un individu aux mains rouges de sang, celui d’Algériennes et d’Algériens de tout âge, de toutes conditions, égorgés au nom de l’Islam politique. En face, le juge d’instruction endoctriné par les médias, le plus souvent appartenant aux réseaux manipulateurs de désinformation, décernera la mise en examen (la détention) ou tout au moins le contrôle judiciaire. Et comme il vous faudra donner la preuve de votre innocence (!!!), vous devrez revenir en Algérie. Impossible, votre passeport vous sera confisqué. Dilemme cruel… C’est en gros, ce qui arrive aux frères Hocine et Abdelkader Mohamed depuis le 10 octobre 2003, date à laquelle la Fédération internationale des droits de l’homme ainsi que la Ligue – et rien moins que cela – a déposé plainte contre eux auprès du tribunal de NÎmes pour crimes contre l’humanité, tortures, … S’il est du droit de la FIDH et consorts de poursuivre quiconque qu’elle estime avoir bafoué les droits de l’homme, il est tout à fait légitime de se demander pourquoi cette Fédération n’a jamais condamné et/ou poursuivi ceux qui avaient revendiqué l’attentat du boulevard Amirouche, les massacres de Bentalha, Beni-Messous ou Ramka. Tous les observateurs avertis ont relevé la pratique à sens unique des droits de l’homme… Aussitôt le procureur général de Nîmes actionnera les services de police. Des escouades de policiers se présenteront tôt le matin chez les “criminels” déjà jugés par ces forces de l’ordre. Quartiers bouclés, voitures policières banalisées, policiers armés jusqu’aux dents, enfin tout une mascarade qui aura eu des conséquences désastreuses pour les familles des frères Mohamed qui ne jouiront même pas de la présomption d’innocence. La presse, celle qui appartient au réseau traditionnel de la FIDH, sera appelée à la rescousse. Quelques articles du genre “Deux miliciens algériens mis en examen pour actes de torture et barbarie” ou “La sale guerre algérienne rebondit en France” et les deux frères sont finis : jugés avant même la tenue d’un procès… Leur entourage immédiat en sera édifié. Un voisin de Hocine, sous le couvert de l’anonymat car craignant quelques représailles ou problème avec le service régional de la police judiciaire, confie : “A 6h30, le quartier était quasiment encerclé. J’ai été surpris en allant au travail. Les policiers étaient partout. J’étais très inquiet parce que je connais tous mes voisins qui sont des gens tranquilles. Des terroristes habitant dans notre immeuble ? C’est incroyable, c’est fou… Je ne pouvais rien faire sauf rester dans mon véhicule. Environ une heure après, j’ai vu Hocine Mohamed sortir accompagné des policiers… Je suis tombé des nues. Lui terroriste ? Pourtant c’est un jeune homme sans problème, respectueux, cordial, son épouse aussi. Jamais d’histoire.” Quasiment les mêmes propos tenus par d’autres voisins qui ont accepté de nous entretenir. Mais le mal étant fait et la rumeur poursuivant le massacre à la tronçonneuse, Hocine et son épouse ne pouvant supporter les regards obliques et les commérages ont carrément déménagé vers d’autres lieux. A ce jour, les deux frères ne peuvent se déplacer à Nîmes sans être montrés du doigt.

Mais qui sont les deux frères Mohamed ?
D’abord, ce sont les fils d’un ancien moudjahid résidant dans la ville de Jdiouia (Relizane) dont plusieurs membres de sa famille ont été assassinés par des terroristes. Durant les années 94-95, face à l’insécurité et aux assassinats de citoyens, le père Abed Mohamed devenu président de la DEC de Jdiouia a constitué un groupe de patriotes à l’exemple de celui créé par Fergane, le président de la DEC de Relizane. Hocine Mohamed intègre le groupe de patriotes de Fergane. Son frère Abdelkader, au lieu de demeurer en France, choisit de rentrer au pays, notamment après le décès d’autres membres de sa famille. Au moment où les communes sont livrées à elles-mêmes, il accepte de diriger celle de Hmadena dont il devient le président. D’après leurs dires, les deux frères ainsi que d’autres patriotes participent à la protection de leurs villages et hameaux et même à la lutte antiterroriste en se mettant au service des forces de l’ordre pour leur indiquer la topographie des maquis, etc. La constitution de ces groupes de patriotes, de la garde communale, des groupes de légitime défense est un obstacle sérieux aux GIA et aux terroristes. Les villages et hameaux sont mieux protégés, ils connaissent un répit. Aussitôt ces patriotes deviennent une cible à abattre. A abattre par tous les moyens. La rumeur soigneusement cultivée évoque des exécutions sommaires, des tortures, des charniers, etc. Une certaine presse française fera le reste. Aux différentes sessions de la commission des droits de l’homme de Genève, l’Algérie est interpellée à propos de violations des droits de l’homme. Finalement elle en sortira indemne. Mais ceux qui organisent à Genève et autres capitales européenne les campagnes anti-algériennes de médiatisation favorables aux thèses islamo-terroristes persistent. Grave à ses relais, la FIDH est informée de la présence des deux frères Mohamed sur le sol français. En toute discrétion elle agit et fait obtenir des visas à des “témoins” à charge pour attester d’actes de tortures et d’exactions commis par les deux frères. Certains de ces “témoins” ne reviendront plus en Algérie et en profiteront pour demander l’asile politique. Selon des indiscrétions, promesse leur a été faite qu’ils bénéficieront de cet asile “à condition qu’ils participent à traîner dans la boue le gouvernement algérien”. A signaler que récemment, le 12 mai dernier, les propres familles de ces “témoins”, au cours d’une conférence de presse, ont apporté les démentis les plus formels relatifs à leurs déclarations devant le juge d’instruction de Nîmes. Une fois les “témoins” arrivés en France, la FIDH et la Ligue pour la défense des droits de l’homme et du citoyen dépose plainte, le 10 octobre 2003 auprès du procureur de la République de Nîmes, ville où résident les deux frères avec leurs familles. Motifs de la plainte : actes de tortures, exécutions sommaires… Certains pourraient s’interroger sur les compétences de la justice française dans cette affaire. Les juridictions françaises sont tout à fait compétentes en application de la Convention contre la torture et autres traitements cruels. La plainte déposée comporte des détails sur le contexte politique algérien depuis 1988 (nouvelle Constitution multipartisme, élections locales de 1990…). Tout un chapitre est consacré à la wilaya de Relizane dans lequel “il est reproché aux milices de Relizane d’avoir entre 1994 et 1997 procédé à des vols, des viols, des tortures et des exécutions sommaires ainsi que des enlèvements. 204 disparitions auraient été recensées dont 84 au moins seraient dues aux miliciens. En 1998 des charniers seraient découverts…” Des noms sont consignés dans cette plainte. Les mêmes que ceux évoqués par le MAOL sur son site !!! Fait ignoré certainement par le procureur peu informé de la réalité algérienne et des réseaux de désinformation et de manipulation. Ce qu’il ignore aussi c’est que des noms de “victimes” des “miliciens” concernent des personnes qui soit ont rejoint les maquis soit ont été tuées par leurs “frères de combat” comme attesté par des repentis… Le 11 décembre 2003, un réquisitoire introductif du parquet de Nîmes est transmis. Un juge d’instruction est désigné, il institue une commission rogatoire confiée au SRPJ de Montpellier le 6 janvier 2004. Dès leur arrivée en France, les “témoins” sont auditionnés. D’abord Houari Saïdane qui accuse Abdelkader Mohamed d’avoir enlevé son père retrouvé assassiné plus tard. Il est à préciser que ce “témoin” vient d’être contredit par son oncle au cours de la conférence de presse évoquée plus haut. Ensuite, deuxième témoin entendu le même jour, Smaïn le représentant de la Ligue qui affirme “avoir reçu une cinquantaine de déclarations de victimes”, “avoir visité les lieux qu’il a filmés et photographiés en mai 2000 s’agissant de charniers…” Troisième “témoins” Habib Aoun qui soutient que son frère Youcef et un voisin Dzouz Redouane ont été enlevés par les frères Mohamed et d’autres miliciens puis torturés et assassinés. Récemment au cours de la même conférence de presse, la veuve de Youcef Aoun a soutenu que son “mari est victime du terrorisme et je m’interroge sur les raisons qui font que la justice française prenne en compte les dires du frère du défunt et non pas de sa veuve”. Elle révélera à cette occasion que son “beau-frère est manipulé…”. Une deuxième audition sera consacrée à Smaïn pour commenter les images filmées d’un “charnier”. Les épouses des deux frères sont à leur tour auditionnées après les interpellations de leurs époux le 29 mars 2004 entendus le même jour à deux reprises. Des confrontations ont lieu. Ils réfutent les allégations et expliquent la création du GLD, et relèvent les contradictions de leurs accusateurs. Les auditions des 2 frères se poursuivent durant plusieurs jours. Ils sont interrogés à propos de plusieurs cas dits de disparition face au juge de la détention, le procureur, la mise en examen (c’est-à-dire la détention) pour les deux frères. Ce dernier refuse. Le parquet fait appel. La FIDH et la Ligue se constituent parties civiles. Les passeports sont retirés aux deux mis en cause qui perdent leurs emplois et se retrouvent sans ressources. Obligés de se pointer chaque semaine au commissariat, ils n’ont même pas la possibilité de rendre visite à leur mère malade en Algérie. Malgré un certificat médical établi par un médecin hospitalier, le juge de la détention refuse la restitution des passeports. Un calvaire que subissent quotidiennement les deux frères et leurs familles. Leur avocat a de nombreuses fois demandé la restitution des passeports. Rien n’y fit. Même le nouveau juge de la détention (le premier étant décédé) persiste dans la même démarche. Il s’agit là d’une détention qui ne dit pas son nom. Comme un gage à l’égard d’une exigence formulée par des plaignants craints pour leur puissance médiatique. L’affaire Outreau qui a défrayé la chronique en France en est une illustration. Qu’attend le juge d’instruction pour transmettre l’affaire au tribunal ? Pourquoi aux yeux de ce juge la parole des plaignants est plus crédible que celle des prévenus ? Les magistrats n’ignorant pas que les faits allégués ont fait l’objet d’un arrêt de la cour de Relizane participent- ils à la remise en cause d’une décision souveraine de la justice algérienne ? Pourquoi la justice française, si prompte à réagir contre les Mohamed, ne s’est-elle pas autant dépensée pour retrouver les assassins du troisième frère Mohamed, lui aussi patriote en Algérie, tué en France ? Pourquoi le procureur de Nîmes, si rapide à actionner la police contre les frères Mohamed, ne s’intéresse-t-il pas à la destination de l’argent récolté à Nîmes à travers des quêtes opérées par des proches des plaignants ? Pourquoi le juge de la détention a-t-il décidé de confisquer les passeports, du contrôle judiciaire à l’égard de deux prévenus qui offrent toutes les garanties. Pourquoi depuis près de trois ans le procès n’a pas lieu ? Aura-t-il lieu d’ailleurs sachant qu’aucune preuve n’a été retenue ? A ce stade de l’affaire, pourquoi le non-lieu n’a-t-il pas été prononcée ? Des voix s’élèvent à Relizane pour dire que les “témoins” présentés par les plaignants sont manipulés, pourquoi le juge de la détention n’a pas daigné les entendre ? Pourquoi les magistrats craignent- ils de renvoyer la si puissante FIDH ? Jusqu’à quand les deux frères subiront le mépris, l’indifférence et l’exclusion pourtant au “pays des droits de l’homme” ? A qui profite cette situation ? Qui veut se venger de ceux qui ont défendu la République ? Des partis ou groupuscules politiques par magistrats interposés ? Dans quels buts cette affaire a été médiatisée ? Est-ce pour seulement accabler l’Algérie ? Est-ce pour faire pression sur le juge de la détention, sur les magistrats, sur le tribunal de Grande instance de Nîmes ? (A suivre)
B. M.


MAITRE JEAN-PIERRE CABANES

“C’est un procès politique”

Constitué dès les premières heures par les frères Mohamed, Maître Cabanes continue depuis près de trois ans à assurer leur défense dans cette affaire pour laquelle, souligne-t-il, “les plaignants soutenus par les médias via les Ligues des droits de l’homme insistent pour l’institution d’un grand procès spectaculaire”. Il a bien voulu nous accorder l’entretien ci-dessous dans lequel il fournit les plus importants détails de cette affaire.

En quoi consiste l’affaire des frères Mohamed ?
Une plainte a été déposée par diverses personnes qui sont conduites par un certain Smaïn lequel a fait encadrer sa plainte par les deux ligues des droits de l’homme.

Mais d’après les éléments fournis par le parquet, il est témoin…
Oui, tout à fait. Mais il est à l’origine totale, c’est lui qui a pris, en fait et cause, la défense des personnes qui se plaignent et c’est lui qui est à l’origine de cette plainte tant par la Ligue des droits de l’homme algérienne dont il est un des représentants que par la Ligue internationale. Il a entraîné les deux ligues. On devine bien que le personnage est à l’origine de tout, à l’origine de la plainte ; a pris cette affaire en mains ; c’est lui qui a fait venir les ligues parce que les ligues ont un impact médiatique. Tout simplement parce qu’elles ont une renommée mondiale, ont une grande portée morale et, surtout, une portée médiatique. Si cette affaire a été médiatisée, c’est bien parce que les ligues sont là. L’affaire consiste, dans la plainte que portent plusieurs personnes à la suite du décès de leurs proches ou de membres de leurs familles dus aux agissements de ce qui est baptisé une milice laquelle aurait été assistée et dirigée par les deux frères Mohamed. L’un d’entre eux occupant en cette période les fonctions de président de l’exécutif communal. Je reviens à la plainte pour dire qu’elle a été déposée le 10 octobre 2003 auprès du procureur de la République de Nîmes par la Fédération internationale des Ligues des droits de l’homme et la Ligue française pour la défense des droits de l’homme et de citoyen demandant à ce que des poursuites soient engagées contre Hocine et Abdelkader Mohamed par application de l’article 6 de la Convention contre la torture et autres traitements cruels ainsi que les articles 689-1 et 689-2 du code de la procédure pénale qui donne compétence aux juridictions françaises dans la mesure où l’auteur des faits réside sur le territoire s’agissant d’actes de tortures allégués, enlèvements et assassinats. Et en effet, MM. Abdelkader et Hocine Mohamed résident sur le territoire français. La plainte expose que des milices d’autodéfense(1) ont été créées en 1993 et 1994 lesquelles en 1994, selon la plainte, se seraient attaquées à des civils non armés et auraient semé la terreur. Des clefs miliciens, selon la plainte toujours, auraient été recrutés parmi les présidents des délégations exécutives communales. Toujours, selon les plaignants, les frères Mohamed auraient d’abord agi cagoulés, puis à visage découvert sous l’autorité de Mohamed Fergane, président de la DEC de Relizane. Adda Mohamed aurait fait partie des groupes des miliciens qui auraient procédé aux arrestations lesquelles se seraient soldées par les exécutions de personnes arrêtées et qui auraient été retrouvées faisant partie de charnier et identifiées grâce à leurs vêtements. Abdelkader Mohamed, nommé président de la DEC de Hemadna de 1995 à 1997 se voit reprocher des faits du même genre dont la liste est complaisamment fournie. Comme je l’ai déjà affirmé, M. Smaïn, représentant de la Ligue est l’un des moteurs de la plainte affirmant avoir visité les lieux, les avoir filmés et photographiés en mai 2001 s’agissant de charniers. On observera cependant qu’il a été condamné, à raison des mêmes faits qu’il a dénoncés dans la presse algérienne, par la cour d’appel de Relizane pour diffamation et dénonciation de crimes imaginaires à un an d’emprisonnement. Il a été entendu longuement par les enquêteurs et joué manifestement un rôle capital dans le lancement de cette affaire. La présence des organisations de défense des droits de l’homme étant une garantie de médiatisation.

Comment expliquez-vous que les frères Mohamed soient mis sous contrôle judiciaire, leurs passeports confisqués par le juge d’instruction alors qu’ils présentent toutes les garanties ?
Le fait que les deux mis en examen, c’est-à-dire les frères Mohamed, soient mis sous contrôle judiciaire alors qu’ils présentent des garanties n’est pas étonnant. Au contraire, le contrôle judiciaire leur est favorable puisqu’il avait été demandé par le ministère public leur placement en détention. C’est bien parce qu’ils avaient des garanties de représentation, et qu’ils niaient les faits qui leur sont reprochés, qu’ils n’ont pas été emprisonnés alors que la plainte fait état de faits très graves. Cette mesure est significative des précautions que prend la justice française pour avoir à instruire sur un pareil dossier. Le retrait du passeport est la conséquence d’une mise sous contrôle judiciaire. Mais ce contrôle judiciaire peut être suspendu ou modifié. Si l’un d’entre eux souhaiterait retourner en Algérie pour une raison quelconque ou familiale, il est certain que je demanderais au juge la restitution des passeports.(2)

Quels sont, selon vous, les buts inavoués à travers cette affaire ?
Sur le but de ce procès, je ne puis manquer d’observer que cette affaire a été lancée plusieurs années après la commission des faits allégués, que la procédure initiée en octobre 2003 a éclaté alors même que nous nous trouvions en pleine campagne électorale au titre des élections du président de la République algérienne. Les commémoratifs de cette affaire compte tenu du contexte politique algérien, la médiatisation à outrance très spectaculaire qui s’est produite en font nécessairement un procès politique dont il ne m’appartient pas de décortiquer les tenants et les aboutissants de la politique intérieure algérienne, mais j’observe que le fait de faire revivre des événements dramatiques à plusieurs années de distance alors même qu’il est difficile aux deux mis en examen qui nient farouchement les faits qui leur sont reprochés, témoigne de ce que les mouvements politiques sont à l’œuvre et veulent tirer d’instrumentalisation de l’institution judiciaire française des arguments pour les thèses qu’ils soutiennent. Si les frères Mohamed avaient été des témoins, ils en auront été les complices. On peut imaginer que ceux qui sont derrière, ont des arrières-pensées politiques. Je pense que c’est un procès qui inclut des arrières-pensées politiques ; la défense des droits de l’homme n’est pas au centre des préoccupations des plaignants. En réalité, si les prévenus avaient fait des aveux, ce qui n’est pas le cas, s’ils avaient eux-mêmes décrit des scènes de tortures auxquelles ils auraient assisté, à la limite cela aurait suffi. Mais, ce que veulent les auteurs de la plainte, c’est un grand procès médiatique au cours duquel l’Etat algérien, le gouvernement algérien serait mis en accusation. De la même façon, j’observe que le gouvernement algérien a été accusé d’avoir donné pour mission à la police et à l’armée de pratiquer les massacres en faisant croire que c’était le fait d’organisations terroristes. A un moment donné, cela a été publié dans la presse française. Maintenant on n’en parle plus. De même, une certaine presse a évidemment déjà condamné mes clients d’avance.

Quelle appréciation faites-vous à propos de l’attitude du parquet qui a demandé, une première fois, la mise en examen des prévenus ?
— Le procureur de la République agit comme il veut, c’est-à-dire qu’il a poursuivi et demandé un mandat de dépôt qu’il n’a pas obtenu. Dans la mesure où il ne l’a pas obtenu et compte tenu de la gravité que l’on veut donner à ce dossier, il a considéré que son devoir était de faire appel. Il l’a fait lorsque l’affaire est venue devant la cour, il s’est trouvé que l’avocat général qui est un magistrat du parquet, à un degré supérieur, n’a pas eu la même vision des choses. Il a eu une vision contraire, donc il a requis la confirmation de la décision première. Moi même j’ai plaidé aussi la confirmation.

N’est-ce pas là de la part du parquet un début de prise de conscience des enjeux ?
— Les voies du parquet sont comme celles du Seigneur, elles sont impénétrables

Qui sont les avocats de la partie plaignante ?
— Ce sont les avocats habituels de la FIDH et de la Ligue.

Il y a eu des confrontations devant le juge d’instruction. Qu’ont-elles apporté ?
— Les confrontations n’ont rien apporté dans la mesure où chacune des parties est demeurée sur ses positions et je rappelle que les deux frères Mohamed affirment de la façon la plus claire et la plus nette qu’ils n’ont jamais participé à un enlèvement et encore moins à une quelconque exécution de citoyens algériens. Récemment encore, le nouveau juge d’instruction a procédé à deux actes de confrontation le 12 avril dernier. Le premier acte concernait une confrontation avec Houari Saïdane, assisté de trois avocats représentant les diverses organisations de droit de l’homme constituées parties civiles. Celui-ci a confirmé que les deux frères Mohamed étaient les auteurs de l’enlèvement de son père, soutenant que le village où il habitait ne connaissait pas de problème de terrorisme tandis que Abdelkader Mohamed portait des armes. Il a allégué des faits fastidieux à énumérer ici. Abdelkader Mohamed a totalement contesté ces assertions, il a expliqué que l’origine du conflit venait d’un différend entre Fergane, le chef des patriotes et DEC de Relizane, et Mohamed Smaïn; Fergane ayant fait retirer à Smaïn sa qualité d’ancien combattant. Il a précisé que les armes reçues étaient destinées à la défense et non pour procéder à des enlèvements. La deuxième confrontation concernait mes clients et Habib Aoun qui a répété ce qu’il avait déjà déclaré, à savoir que son frère Youcef, handicapé bossu, a été enlevé le 25 mars 1995 par 12 personnes dont Fergane, son fils, les deux frères Mohamed, Nahel Benaouda. Habib Aoun a indiqué avoir reconnu le corps de son frère qui portait un survêtement vert lors de l’ identification du cadavre. Les deux frères Mohamed ont évidemment contesté cette assertion, précisant qu’ils étaient à 45 km et 35 km du lieu des faits allégués. Mes clients ont estimé qu’il s’agissait d’une manipulation exercée par Mohamed Smaïn sur la partie civile. Ce dernier, quoique présent dans les locaux du palais de justice, ne s’est pas présenté au bureau du juge d’instruction. L’élément important de confrontation résidait dans la reconnaissance par Habib Aoun, questionné sur ce point par Hocine Mohamed, que la veuve de son frère Youcef percevait une pension en qualité de victime du terrorisme. Ceci est extraordinaire par rapport à la constitution de la partie civile dirigée contre les frères Mohamed qui sont en quelque sorte accusés d’avoir été les agents du gouvernement algérien. Habib Aoun a expliqué cette pension par le fait que celle-ci était les suites d’une fermeture de la boulangerie familiale ce qui est incroyable mais qui démontre en tous les cas, que la constitution de la partie civile est dépourvue de sérieux en raison de cette contradiction. Au vu des deux actes de confrontation, j’ai demandé une mainlevée du contrôle judiciaire qui interdit aux frères Mohamed de se rendre en Algérie et les oblige à pointer auprès du commissariat de police. Le juge d’instruction a refusé en faisant valoir que les parties civiles avaient maintenu leurs accusations. A mon avis, ceci ne constitue pas un élément suffisant d’autant plus que, d’une part, les accusations sont contestées par les deux frères, et d’autre part, l’importante contradiction au moins pour la veuve de Youcef Aoun de percevoir en même temps une pension de l’Etat algérien en qualité de victime du terrorisme. J’ai donc interjeté appel de ces deux ordonnances.

Comment, selon vous, la justice va procéder à la véracité des allégations ?
— Le seul moyen pour la justice française de vérifier les faits allégués va consister en des confrontations des auditions de témoins. Une commission rogatoire lancée par le juge d’instruction et confiée aux autorités algériennes, a fait l’objet d’un refus d’exécution en raison de la loi sur la concorde civile et de la situation du droit positif algérien en la matière.

A quelle date est fixé le procès ?
— Ce n’est pas fixé. Aura-t-il d’ailleurs lieu ? Puisque l’instruction peut parfaitement être close par un non-lieu.

Auriez-vous eu écho un jour, étant donné votre longue pratique, d’une procédure engagée par la FIDH contre des individus, islamistes extrémistes ou autres, qui ont enlevé, torturé ou assassiné des citoyens ?
— En ce qui me concerne, je n’ai pas connaissance d’une telle procédure engagée par le FIDH . Je ne suis pas sûr que le combat dans lequel s’est lancée la FIDH à l’encontre des frères Mohamed soit la meilleure cause qu’elle a eue à défendre jusqu’à présent.

Propos recueillis par B. M.
1) Le terme milice employé par la FIDH, Amnesty international et les alliés de l’islamisme extrémiste armé pour accabler les patriotes ne représente pas la réalité. Ces derniers appartiennent à des GLD( Groupes de légitime défense) constitués et soumis à réglementation contrairement à ce qui a été allégué à travers une interprétation erronée. Ces patriotes, ces GLD ont constitué un bouclier contre le terrorisme.
2) Il y a quelques mois, l’avocat des Mohamed a demandé au juge d’instruction la restitution de leurs passeports pour leur permettre de rendre visite à leur mère gravement malade (certificat médical à l’appui). Refusé !!!