Bouteflika: «Tout sera fait pour élucider le sort des disparus»

Bouteflika

«Tout sera fait pour élucider le sort des disparus»

 Le Quotidien d’Oran, 11 décembre 2004

Le président algérien Abdelaziz Bouteflika a choisi la journée de la commémoration de la Journée internationale des droits de l’Homme du 10 décembre pour affirmer que «tout sera fait pour élucider le sort des personnes» portées disparues.

« Je saisis cette occasion pour dire aux familles des disparus, dont je comprends la détresse comme je compatis à leur douleur, que tout sera fait pour élucider le sort de leurs proches», a déclaré le chef de l’Etat dans un message à l’occasion de la célébration du 56ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme. «Ces familles en seront informées et peuvent compter sur la solidarité de l’ensemble de la nation pour alléger leurs souffrances», ajoutera-t-il, reconnaissant le caractère complexe et sensible de la question, qui «n’échappe à personne». Ce n’est pas la première fois que le Président Bouteflika s’exprime sur ce dossier controversé. Il a mis en place, en septembre 2003, une commission dénommée «mécanisme ad hoc de prise en charge de la question des disparus» au sein de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’Homme (CNCPPDH).

Le président de cette commission, Maître Farouk Ksentini, contacté hier pour recueillir son commentaire, juge »extrêmement positive la déclaration du président. Il ne fait qu’assumer ainsi sa promesse de traiter définitivement ce dossier. Je ne suis pas étonné par cette affirmation».

A la question de savoir si Me Ksentini était interpellé en tant que président de la commission ad hoc, il dira: »Je me sens encouragé. Le Président a réitéré son appui à la commission», notera-t-il.

La commission arrive bientôt au terme de sa mission qui aura duré 18 mois, à l’issue de laquelle elle remettra un rapport général au président de la République, au mois de mars prochain. «Nous attendons de ce mécanisme (…) qu’il établisse un état du dossier, globalement et dans le détail, et qu’il présente des recommandations répondant aux attentes des familles de disparus et à la confiance des pouvoirs publics», a précisé M. Bouteflika dans son message. «Convaincu que l’avenir des droits de l’Homme dans notre pays est largement tributaire de la situation sécuritaire, je ne ménagerai aucun effort pour la réconciliation entre les Algériens, réconciliation pour laquelle je continuerai d’oeuvrer, sans relâche, jusqu’à sa concrétisation totale», a-t-il ajouté.

Le nombre des disparus, selon les statistiques fournies par Me Ksentini, est de l’ordre de 6.141 cas. Il est de 7.200 pour l’association SOS-Disparus et de 18.000 pour la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH) de Me Abdennour Ali Yahia.

Les autorités ont reconnu le dépôt de près de 7.000 dossiers de recherche, notamment auprès de l’Observatoire national des droits de l’Homme, remplacé il y a trois ans par la CNCPPDH. Si le président de la commission ad hoc estime que la majorité des familles concernées est favorable à l’indemnisation suggérée par l’Etat, M. Hassan, membre de la direction de SOS-Disparus, contacté par téléphone, a indiqué que l’indemnisation doit être précédée par la manifestation de la vérité et le passage par la justice. Il demandera aux autorités de libérer les vivants qui sont encore détenus en des lieux secrets. L’association est convaincue que parmi les personnes portées disparues, il y en a encore qui sont aux arrêts.

«C’est bon que le président de la République dise que la question sera élucidée, mais on aimerait savoir comment il va s’y prendre», ajoutera notre interlocuteur, qui préconise, au nom de l’association, d’ouvrir un dialogue direct entre les familles concernées et la Présidence. Car, à ses yeux, Maître ksentini a perdu en crédit en faisant des déclarations contradictoires.

Omar S.