Nouveau cas de disparition forcée dans la région de Jijel

Nouveau cas de disparition forcée dans la région de Jijel

Alkarama, 17 Avril 2013

Messaoud Boudene, jeune diplômé en ingénierie électronique âgé de 30 ans, a été enlevé lundi dernier par des agents du DRS près de Taher, petite commune de la wilaya de Jijel dans l’est algérien. Aujourd’hui, sa famille ignore toujours son lieu de détention que les autorités algériennes persistent à dissimuler. Alkarama condamne cette nouvelle affaire de disparition forcée, pratique odieuse appartenant à un âge révolu.

Le 15 avril 2013, vers 16 heures Messaoud Boudene sortait de son domicile à Ouled Saleh pour se rendre à la mosquée de son quartier pour la prière d’Al Asr lorsque trois voitures banalisées l’ont encerclé ; des voisins qui ont assisté à la scène rapportent que trois hommes en civil sont sortis de l’un des véhicules et ont forcé la victime à monter à bord avant de démarrer vers une destination inconnue.

Dès qu’il a été informé de l’enlèvement de son fils, Mohamed Boudene s’est empressé de s’enquérir de son sort en se rendant au commissariat de police de Taher où les agents de service ont déclaré que « cette affaire n’était pas de leur ressort » et l’ont renvoyé vers la brigade de gendarmerie locale. Là, les gendarmes ont affirmé au père que son fils n’était pas détenu dans leurs locaux et ont rédigé un procès verbal.
Le jour suivant, le père de la victime s’est rendu au tribunal de Taher où le Procureur l’a redirigée vers les services de la gendarmerie nationale. Les gendarmes ont lui ont cette fois-ci répondu qu’ils avaient bien été sollicités par le procureur et que la victime se trouvait « chez les services de sécurité » – sans toutefois préciser lesquels – et qu’il « serait libéré quand l’enquête serait terminée ».

A ce jour, le père du jeune Messaoud ignore toujours les raisons et le lieu où son fils est détenu au secret sans possibilité de contact avec le monde extérieur.

Les proches de la victime, et en particulier ses amis sur les réseaux sociaux, craignent qu’il n’ait été enlevé à cause de ses prises de position critiques vis-à-vis des autorités sur Facebook, d’autant plus que des cyber activistes arrêtés au cours des derniers mois avaient été interrogés à son sujet. Ces craintes sont d’autant plus justifiées que sa connexion Internet avait été coupée depuis plus d’un mois raison et que les services des PTT ont refusé de la rétablir sans donner de justification. Aussi, ces éléments ne laissent aucun doute quant à l’identité des auteurs du kidnapping.

La famille de la victime est particulièrement inquiète qu’il ne soit soumis à des mauvais traitements Alors que des journaux proches des autorités tentent de faire passer l’affaire pour un enlèvement criminel, il ne fait aucun doute que les circonstances de l’arrestation ne sont pas sans rappeler les méthodes utilisées par les services du DRS dans d’autres affaires de disparitions forcées.

Alkarama et Mish’al ont soumis aujourd’hui un appel urgent au Rapporteur spécial sur la torture et au Groupe de travail sur les disparitions forcées de l’ONU pour les informer de cette nouvelle violation par les autorités algériennes des droits fondamentaux d’un citoyen en raison de ses activités militantes.