19e condamnation de l’Algérie pour les disparitions forcées

Comité des droits de l’homme de l’ONU

19e condamnation de l’Algérie pour les disparitions forcées

El Watan, 17 juin 2014

La question des disparus rattrape à nouveau l’Algérie. Le Comité des droits de l’homme de l’ONU vient de la condamner sur de nouveaux cas de disparitions forcées durant les années 1990.

«C’est la 19e condamnation», affirme Nassira Dutour, porte-parole du Collectif des familles des disparus (CFDA). Intervenant lors d’une conférence de presse animée hier à Alger, elle précise que cette condamnation est intervenue sur les cas de Ali Lakhdar-Chaouch et Mohamed Mehalli. L’instance onusienne, ajoute-t-elle, a relevé des manquements des autorités algériennes aux exigences du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) ratifié par l’Algérie. «Le Comité des droits de l’homme de l’ONU constate pour les 25 et 26e fois que l’Etat algérien a violé le Pacte international relatif aux droits civils et politiques», dit-elle.

Selon Nassira Dutour, le comité, dans ses constatations, indique que l’Algérie a violé le droit à ne pas être torturé (art. 7), le droit à ne pas être détenu arbitrairement (art. 9), le droit à la personnalité juridique (art. 16) et le droit à ne pas subir d’immixtion illégale ou arbitraire du domicile (art.17).Après cette condamnation, le comité en question demande à l’Etat algérien de mener des enquêtes approfondies et rigoureuses sur le sort des disparus et à poursuivre, juger et punir les responsables des violations.

La nouvelle condamnation, souligne Mme Dutour, fait suite à l’introduction de deux communications présentées par le CFDA concernant les cas de «disparition forcée» de Ali Lakhdar-Chaouch et Mohamed Mehalli «ainsi que les violations infligées aux membres de la famille de ce dernier». Ali Lakhdar-Chaouch était un jeune chirurgien orthopédiste dans un hôpital public.

Il avait 27 ans au moment de son enlèvement. «Les agents de la Sécurité militaire qui ont effectué l’arrestation ont déclaré aux témoins, les collègues d’Ali, qu’ils n’avaient que quelques questions à poser à ce dernier et qu’il serait rapidement relâché», enchaîne-t-elle, indiquant que ses parents ont déposé plusieurs plaintes entre 1997 et 2004, sans suite.

Mohamed Mehalli, lui aussi, a été arrêté en 1998 «alors qu’il est parti en voiture au marché». «C’était la dernière arrestation avant sa disparition. Auparavant, l’homme de 62 ans et sa famille ont subi un véritable harcèlement, des arrestations et des tortures», déclare-t-elle. Saisissant cette occasion, le CFDA réitère ses revendications afin de connaître la vérité sur le sort des milliers de disparus. «Nous voulons connaître les tombes de nos enfants s’ils sont morts. S’ils sont encore en vie, ils doivent être libérés», réclament les parents des victimes présents lors de cette conférence.

Selon Nassira Dutour, des disparitions forcées ont même été enregistrées durant les années 2000. «Le dernier enlèvement a été signalé en 2009», insiste-t-elle. La responsable du CFDA revient sur l’association des anciens chefs terroristes aux consultations sur la révision constitutionnelle et dénonce : «C’est un Etat de non-droit ! On accorde les honneurs à l’ex-chef de l’AIS et on le consulte à la Présidence alors que nous nous sommes considérés comme des traîtres…»

Madjid Makedhi