Les syndicalistes réprimés par la police

Alors qu’ils observaient un sit-in de protestation

Les syndicalistes réprimés par la police

El Watan, 24 juin 2008

La chaleur torride qui a sévi hier à Alger n’a pas dissuadé les délégués de la Coordination nationale des syndicats autonomes de la Fonction publique de protester devant le Palais du gouvernement. Avant même que le sit-in ne commence, près de 80 délégués syndicaux et quelques passants ont été embarqués dans des fourgons de police.

« Nous sommes à plusieurs dans un panier à salade. Avec cette chaleur, nous souffrons énormément. Ce sont des conditions inhumaines », nous dit au téléphone Méziane Mériane, président du Syndicat national des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Snapest) avant que la liaison ne soit brutalement coupée. La coordination, qui regroupe les enseignants (les syndicats Satef, Unpef, Snte, Snapest, Cla), les médecins (Snpssp, Snpsp et le syndicat des psychiatres) ainsi que les fonctionnaires de l’administration publique (Snapap), a organisé ce sit-in pour dénoncer le refus de dialogue par les autorités.

Tous les présidents de syndicat ont été interpellés par la police. « J’étais en train de marcher pour aller au Palais du gouvernement lorsque des policiers m’ont arrêté. Ce n’est pas la première fois que je suis embarqué par la policen mais cette fois-ci on m’a confisqué mon portable. Ça a été dur. Avec la chaleur, le panier à salade était devenu une véritable cocotte-minute », raconte M. Mériane. Le président du Syndicat des praticiens spécialistes, M. Yousfi, résume cette situation par une formule aussi lapidaire qu’ironique. « Il y a aujourd’hui, dit-il, le délit d’intention de sit-in. » « Ceci prouve le mépris des pouvoirs publics envers l’élite du pays. Même s’il n’y a pas eu de violence, même s’il n’y a pas eu de blessures physiques, il y a un grand préjudice moral », explique le président du Snpssp.

Il enchaîne : « On gaspille l’argent du contribuable avec ces opérations d’intimidation alors qu’il suffit simplement de s’asseoir autour de la même table et de discuter des problèmes des travailleurs. Malheureusement, nous avons en face une politique de fuite en avant. » Au menu des revendications de la coordination des syndicats de la Fonction publique figure, en premier lieu, l’ouverture d’un dialogue avec les pouvoirs publics.En attendant, la coordination des syndicats autonomes prépare son université d’été. « Le combat va continuer tant que les libertés syndicales seront bafouées. Dans les tripartites, on permet aux patrons d’avoir plusieurs représentants. Pourquoi faut-il qu’il y ait un seul syndicat pour les travailleurs », considère M. Yousfi. Pour M. Mériane, « les récentes augmentations de salaires ont été absorbées par l’inflation avant qu’elles n’entrent dans les poches des fonctionnaires ». Et de souligner : « Ce n’est pas encore gagné mais rien n’est perdu. Inutile de vous dire que la prochaine rentrée sociale sera perturbée. »

Par Amel Blidi