Les leçons d’une grève

Les leçons d’une grève

M.Saâdoune, Le Quotidien d’Oran, 25 septembre 2006

L’une des plus longues grèves qu’a connue l’université a pris fin ou a été «suspendue». Une bonne nouvelle pour les étudiants qui commençaient à montrer des signes de colère et d’exaspération. Cette longue grève est, à tout point de vue, «exemplaire». La plus grande leçon -faut-il dire la plus grave- est cette incapacité à nouer et à mener, de façon moderne, un dialogue social réel.

Durant cette grève, le ministère de l’Enseignement supérieur a choisi de dialoguer avec ceux qui ne font pas grève. Prévoir que ce «dialogue» n’aurait pas grand effet sur le terrain n’était pas sorcier. Ce n’était pas très sage comme démarche même si l’on avance des arguments légalistes. Mais comment faire semblant d’ignorer que le Cnes s’est déchiré sur une question fondamentale pour un syndicat, celle de l’exercice du droit de grève? Ce n’est pas le principe seulement qui était en cause, mais la ligne de conduite à adopter face à un bras de fer judiciaire inégal. Il y a eu au sein de la direction du Cnes un refus de revenir aux assemblées générales des enseignants au sujet de la grève et ce fut, sans doute, une faute majeure. Les enseignants universitaires n’étant pas des suivistes, cette attitude de la direction a été contestée et on peut dire qu’elle laissera des traces profondes au sein du syndicat. Dans la «gestion» de la grève par le ministère aux universités, comment ne pas noter que le Cnes, avec qui il parlait et dialoguait n’avait aucun effet sur le Cnes qui faisait la grève sur le terrain? C’est pourtant, ce qui a été fait par le ministère durant ces longues semaines de grève sans que cette démarche ne soit infléchie vers une prise en compte de la réalité qu’on s’est obstiné à nier ou à minimiser

Pire, le dialogue avec le Cnes «sage», déjà mal vu par les enseignants grévistes, a été littéralement discrédité quand les mesures judiciaires ont été imposées à des syndicalistes actifs qui ont refusé de suivre la direction du Cnes dans son renoncement à la grève. D’ailleurs ce sont ces mesures judiciaires contre les syndicalistes qui ont été la cause d’une rentrée universitaire marquée par la continuation de la grève. Et c’est leur levée qui ouvre aujourd’hui le chemin d’un apaisement relatif et de la fin de la grève. Cela donne une certaine idée -même si ce sont les urnes qui tranchent réellement- de la popularité des syndicalistes poursuivis qui ont fait l’objet de mesures disciplinaires de la part de la direction du Cnes.

En définitive, cette grève est pleine d’enseignements. La première leçon est que la tendance des autorités à vouloir choisir par eux-mêmes leurs interlocuteurs syndicaux -en dépit des avis des personnels concernés- n’est pas une assurance d’efficacité. La répression contre les syndicalistes réfractaires n’apporte pas un surcroît de crédit -c’est le moins qu’on puisse dire- à l’interlocuteur agréé. Le plus grave est que la qualité médiocre du dialogue social et l’inexistence d’une réelle mentalité de partenariat sont très coûteuses. Inutilement coûteuses car au lieu d’aborder les questions sur le fond on passe le plus clair du temps dans la fabrication de chamailleries byzantines sur la représentation syndicale.