Une rentrée scolaire sur fond de nouveautés et d’incertitudes

Les enseignants ont signé hier leur PV

Une rentrée scolaire sur fond de nouveautés et d’incertitudes

Par :Nabila Afroun, Liberté, 7 septembre 2009

Réaménagement du week-end et prolongement de l’année scolaire, unification des couleurs de la blouse d’élève, des trousseaux d’écolier plus chers, des syndicats qui menacent, une rentrée qui coïncide avec l’Aïd, les risques de grippe A H1N1… autant de particularités qui distinguent cette rentrée, décidément pas comme les autres. Enquête.

Les enseignants ont repris hier le chemin de l’école en signant leur PV, en attendant la rentrée des élèves prévue pour le 13 septembre. Le hasard est parfois cruel, car en plus de la rentrée scolaire, les ménages doivent faire face à l’Aïd et son lot de dépenses une semaine après. La rentrée sociale 2008/2009 est caractérisée par une véritable frénésie des affaires scolaires. Ce mois est considéré comme la période la plus difficile sur le plan des dépenses. Un véritable casse-tête pour les parents qui ne savent plus comment arriver à joindre les deux bouts avec un salaire qui s’effrite en quelques jours. Pour les pères de famille ayant des enfants à charge, c’est le rendez-vous avec l’angoisse, d’autant plus que les enfants sont de plus en plus exigeants. Combien ça coûte une rentrée scolaire ?

Produits asiatiques et petites bourses
Depuis quelques années, les fournitures asiatiques ont inondé le marché algérien et on trouve de tout à tous les prix, ce qui aide les petites bourses. Sauf que dans ces cas, on ne peut être exigeants sur la qualité du produit vendu.
Place des Martyrs, les produits asiatiques, notamment chinois pour la plupart, ont envahi les étalages : doubles décimètres, équerres, gommes, crayons, taille-crayons, crayons de couleur, colle, ciseaux, feutres, pâte à modeler, cahiers… (voir encadré) les prix sont variés. “Nous sommes vraiment dépassés et les enfants deviennent plus exigeants. Nous comptons beaucoup sur la solidarité familiale, en particulier des grands-parents. Nous avons au moins la possibilité de choisir le marché qui offre des prix très accessibles, mais il faudra compter cette fois encore sur les dettes, car l’Aïd est très proche”, témoigne une mère de famille rencontrée sur les lieux. Elle a néanmoins reconnu plus loin que de “bons prix” sont pratiqués au niveau de certains “marchés populaires” d’Alger, à Meissonnier, à la cité Sorécal de Bab Ezzouar et à El-Harrach. Sur le plan qualité, elle explique : “Même si les cartables risquent de craquer avant la fin de l’année et les trousseaux scolaires ne sont pas de premier choix, les produits asiatiques nous permettent tout de même de bien cacher notre misère.”

Des prix qui provoquent le vertige
La première nouveauté pour cette année scolaire : l’unification de la couleur des tabliers : rose pour les filles et bleu pour les garçons, ce qui fait des dépenses en plus pour les parents, puisque ceux de l’an dernier ne sont plus valables. Les prix sont différents dans les magasins et les marchés. Ils varient entre 250 et 500 DA, selon l’origine de la production : pour ce qui est des tabliers chinois, ils sont proposés à partir de 200 à 500 DA. Quant aux produits importés, les prix sont majorés jusqu’à 700 DA. Concernant les cartables, c’est la fourniture scolaire la plus chère. Le prix débute de 600 jusqu’à 2 000 da, voire même 4 000 da, pour des cartables de meilleure qualité. Les fournitures scolaires affichent cette année une légère inflation comparée à l’an dernier, et cela est justifié par les vendeurs, par la crise économique et la flambée des prix sur les marchés internationaux. Dans certaines papeteries, la hausse des prix des cahiers a atteint plus de 20%. “Les prix des cahiers ont considérablement augmenté, mais nous avons fait en sorte de ne pas exagérer dans les tarifs. Nous avons une marge de 25%”, explique un gérant de la rue Ben-M’hidi, Alger-Centre.
Les prix des cahiers varient d’une marque à une autre. Le cahier de la marque Alif (288 pages) est de 10 DA, plus élevé que ses concurrents locaux. D’autres produits sont passés du simple au double. Le protège-cahier, qui coûtait 7 DA les années précédentes est cédé aujourd’hui à 10 DA, voire même 15 da dans certains magasins. Là aussi, on invoque la crise économique qui touche le marché international. Cartables, blouses, vêtements… la liste de ce qui va ruiner le budget des familles est très longue. “Certains élèves exigent des marques d’importation à leurs parents, histoire d’être à la page”, regrette un patron de la librairie et papeterie. Un père de famille explique que, pour ses deux enfants en cycle moyen, il a prévu un budget de près de 4 500 DA. La facture est vite montée à près de 5 000 da. S’ajoutent à cela les manuels scolaires qui coûteront entre 1 951 da pour son fils de 2e année moyenne et 2 210 da pour sa fille de 4e année moyenne. Pour ce père de famille, la facture de la rentrée scolaire, tous frais confondus, représente près de 60% de son salaire, sans compter les vêtements et les blouses “C’est difficile d’expliquer aux enfants pourquoi on ne leur achète pas les boîtes de couleur à 300 DA et les cartables qui les font rêver”, a-t-il fait remarquer. Le budget moyen varie selon le niveau scolaire des élèves. De 2 500 DA pour les élèves du primaire, il peut atteindre les 5 000 DA pour les lycéens. S’agissant des manuels scolaires, l’Onps a annoncé que cette année, il y aura une baisse sensible de 10% sur le prix des manuels scolaires. À titre d’exemple pour le cycle moyen, le lot de livres est de 1 699 da pour les élèves de 1re année, 1 951 DA pour ceux de la 2e année, 2 115 DA, pour la 3e année et de 2 210 DA pour les collégiens de 4e année.