La grève du Tramway d’Alger se déroule sur fond de conflit de légitimité syndicale

La grève du Tramway d’Alger se déroule sur fond de conflit de légitimité syndicale

Rayane Djerdi, Maghreb Emergent, 16 Octobre 2012

Les travailleurs affectés à l’exploitation du tramway d’Alger par l’Entreprise du transport algérois (ETUSA) sont en colère. La direction tente de les rassurer en promettant que leurs revendications seraient satisfaites, que les CDD seraient prolongés d’un an et que les CDI ne seraient remis en cause. Ce mouvement social se déroule sur fond de conflit entre le syndicat de l’ETUSA et des syndicalistes indépendants qui ne reconnaissent pas sa légitimité.

« Nous informons notre aimable clientèle que le Tramway observera un arrêt de travail d’une durée indéterminée. Nous nous excusons auprès de vous et vous remercions de votre compréhension », dit une voix dans le haut-parleur. A la station du Caroubier à Alger, ce matin, les usagers du tramway n’en revenaient pas. Les agents de l’Entreprise de transport urbain et suburbain d’Alger (ETUSA), affectés à l’exploitation du tramway d’Alger dans le cadre de la joint-venture SETRAM (elle regroupe, outre l’ETUSA, l’Entreprise du métro d’Alger qui détiennent 51% des parts, contre 49% pour la RATP DEV) dénoncent une « violation de l’accord-cadre » signé entre leur entreprise-mère et la SETRAM, qui assure, depuis le 1er octobre 2012, la gestion et l’exploitation du tramway d’Alger.

Les agents de l’ETUSA aussi sont en colère. Ils réclament l’application de la convention collective signée en 1997, une revalorisation salariale et une amélioration des conditions de travail. Ils étaient près d’une centaine à se rassembler, hier lundi, sur l’esplanade de l’Union générale des travailleurs algériens. Les uns dénoncent la « transgression », par la SETRAM, des clauses du protocole d’accord portant leur affectation et les autres appellent au départ du DG et du SG du syndicat d’entreprise, Abid Boutebba, accusé de « hogra » et d’ « intimidations ».

Les employés de la SETRAM assurent que la direction leur a exigé la carte bleue délivrée par l’Agence nationale de l’emploi (ANEM), en plus de les soumettre à une période d’essai de 3 mois avant leur confirmation. « Nous avons une expérience de 18 mois dans l’exploitation du tramway : comment peut-on décider de nous soumettre à un test de trois mois ?» s’écrie l’un d’eux. Un autre enchaîne : « J’ai 23 ans de service à l’ETUSA : pourquoi devrais-je passer par une période d’essai ? »

Ces travailleurs réclament, en outre, de meilleures conditions de sécurité, notamment après l’agression, au début du mois, d’un conducteur de tram suite à laquelle un arrêt de travail d’une heure a été observé. Selon des travailleurs rencontrés sur les lieux, la direction française de la SETRAM a « renié » les clauses de l’accord dont ils affirment, toutefois, « ignorer » le contenu. Mieux, ils n’auraient été destinataires d’aucune note officielle dans ce sens de la part de la direction de la SETRAM comme le confirmera l’assistant du DG de l’ETUSA, Mohand Saïd Charef.

Celui-ci affirme que les deux courriers émanant de l’entreprise dans lesquelles les employés sont priés de constituer leurs dossiers à l’effet de régulariser leur situation n’ont « rien d’anormal » : « C’est une simple note qui (les) instruit de constituer de nouveaux dossiers afin qu’ils soient confirmés dans leurs postes. » Mieux encore, assure Mohand Said Charef, « il a été fait obligation au partenaire français de maintenir les mêmes salaires que percevaient les employés du temps où ils exerçaient à l’ETUSA. Le protocole prévoit également, selon lui, de prolonger les contrats des détenteurs de CDD (contrat à durée déterminée) d’une année et de maintenir les titulaires des CDI (contrat à durée indéterminée). Ce que notre partenaire a respecté à la lettre !»

Des accusations de manipulation

Interrogé sur les motifs de la colère des travailleurs qui a dégénéré, il y a quelques jours, après qu’un groupe d’employés eut occupé l’enceinte de la direction à Belouizdad, l’assistant du DG soutient que c’est le fait d’« anciens syndicalistes et de retraités en mal de légitimité, dépourvus de la casquette syndicale de l’entreprise et qui se seraient autoproclamés représentants des travailleurs : « Ils ne font que (leur) promettre des mirages alors qu’eux, ils n’ont d’yeux que pour leurs intérêts. »

Quant à la revendication relative à l’application de la convention collective de 1997, la direction de l’ETUSA assure que l’examen de cette question « est en cours », avertissant, toutefois, que ces mouvements répétitifs ne faciliteront pas leur mission s’ils ne la compromettent carrément.

Le SG du syndicat d’entreprise accuse ces « meneurs autoproclamés » d’agir à l’encontre des intérêts des travailleurs. « Le mois passé, notre syndicat, après avoir reçu le OK du ministre des Transports, a engagé des pourparlers avec la DG en vue de négocier une augmentation des salaires. Mais voilà que ces groupuscules viennent retarder les pourparlers au risque de les compromettre. Ce n’est pas la première fois qu’on nous fait ce genre de coups », assène Abid Boutebba. Il se montre imperturbable en évoquant les travailleurs qui exigent sa tête. « S’ils ont 300 personnes derrière eux, moi j’ai 2800 employés qui m’ont élu et il leur appartient à eux seuls de me destituer ! » Selon lui, une commande de 300 bus a été formulée par la direction de l’ETUSA auprès de la SNVI de Rouiba, sur instruction du ministre des Transports, en vue de renforcer le redéploiement de l’entreprise.