Grève des enseignants du supérieur: La justice sévira-t-elle?

GRÈVE DES ENSEIGNANTS DU SUPÉRIEUR

La justice sévira-t-elle?

L’Expression, 18 septembre 2006

Le coordonnateur national adjoint chargé de l’Ouest, Mechab Mustapha, comparaîtra aujourd’hui devant le tribunal de Sidi Bel Abbès.

Le malaise qui secoue l’université, voilà maintenant plus de cinq mois, a atteint la phase de non-retour. Le mois de septembre est à sa deuxième moitié et la grève poursuit toujours son cours. Les enseignants grévistes, qui avaient mis tous leurs espoirs dans le conseil des ministres, qui s’est tenu la semaine dernière, ont vite vu se dissiper leurs chimères. Même les assurances du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, M.Rachid Harraoubia, concernant la levée des poursuites judiciaires contre les enseignants, n’ont pas abouti au résultat escompté; et ce, pour la simple raison que ces assurances ne sont, en fin de compte, que du vent. D’ailleurs, aujourd’hui, le coordonnateur national adjoint chargé de l’Ouest, au sein du Cnes (aile gréviste), M.Mechab Mustapha, comparaîtra devant le tribunal de Sidi Bel Abbès. Cette comparution ne fera que verser de l’eau sur de l’acier, déjà chauffé à blanc. Et le ton ne fera que se durcir davantage.
Dans un communiqué parvenu hier à la rédaction de l’Expression, la coordination nationale des sections Cnes en grève, informe que deux rassemblements se tiendront aujourd’hui, l’un à l’université des Frères Mentouri, à Constantine, pour les enseignants de la région est et l’autre à l’Usthb (Université des sciences et de la technologie Houari-Boumediene), à Alger, pour les enseignants de la région centre. «Ces rassemblements, lit-on dans le communiqué, seront organisés en vue d’exprimer notre soutien indéfectible et notre solidarité agissante avec notre coordonnateur national adjoint chargé de l’Ouest, Mechab Mustapha. Pour dire non à l’instrumentalisation de l’appareil judiciaire comme mode de gestion des conflits sociaux. Pour défendre le droit de grève et les libertés syndicales et, enfin, pour exiger l’extinction des poursuites judiciaires contre tous nos délégués syndicaux.»
Joint par téléphone pour avoir plus d’informations sur la crise qui secoue le secteur de l’enseignement supérieur, le chargé de la communication au sein du département de Harraoubia, M.Ben Hamouda, s’est contenté de dire que «les portes du dialogue avec les enseignants grévistes sont toujours ouvertes».
Néanmoins, les enseignants, de leur côté, ne voient pas la chose sous cet angle-là. Ils imposent la levée des poursuites judiciaires entamées contre les coordinateurs du Cnes, comme un préalable au dialogue. Et tant que cette exigence n’est pas satisfaite, les pourparlers entre les deux camps ne sont pas à l’ordre du jour. Pour le moment, la tutelle ne courbe pas l’échine et s’entête, plus que jamais, dans son refus de retirer les plaintes déposées contre les enseignants grévistes. Ainsi donc, entre les deux positions, on ne peut plus extrémistes, les étudiants se retrouvent pris en sandwich.
Il faut savoir, en ce sens, que plus de 200.000 étudiants n’ont pas encore effectué les examens du deuxième semestre. Le mouvement de grève qui touche, complètement ou partiellement, les 19 établissements universitaires, ne fera, en effet, que plonger la tutelle dans la mélasse. Aussi, une interrogation est désormais de mise: comment le ministère de l’Enseignement supérieur compte-t-il gérer, à la fois, le flux de nouveaux bacheliers qui arrivent et les étudiants qui n’ont pas encore passé leurs examens du 2e semestre?
La question est de taille, d’autant plus qu’à mesure que le temps passe, le spectre de l’année blanche se profile de plus en plus à l’horizon.
Déjà, la rentrée universitaire, qui a initialement eu lieu au début du mois en cours, a été mal gérée. Il est à rappeler, enfin, que la coordination nationale des sections Cnes en grève, se réunira demain pour évaluer les résultats de son mouvement de débrayage.

Hakim KATEB