Le forcing de Sidi Saïd, la mise au point de Naoui et l’attente des travailleurs

FONCTION PUBLIQUE

Le forcing de Sidi Saïd, la mise au point de Naoui et l’attente des travailleurs

Le Soir d’Algérie, 10 janvier 2008

C’est une mise sans équivoque, qu’avait fait avant-hier le secrétaire général du gouvernement (SGG) M. Ahmed Naoui à l’attention du secrétaire général de l’UGTA, M. Abdelmadjid Sidi Saïd. La sortie médiatique de M. Naoui, était telle que certains observateurs n’ont pas hésité à la qualifier de «véritable rappel à l’ordre de l’UGTA» sur la question de l’augmentation des salaires.
Cela s’est passé avant-hier au cours de la conférence de presse hebdomadaire qu’organise le ministère de la Communication après chaque réunion du Conseil du gouvernement. Intervenant à ce propos, le secrétaire général du gouvernement a déploré «les spéculations entretenues autour de la question ces derniers jours », en affirmant que «les quatre décrets présidentiels signés en septembre 2007 sont clairs sur la décision d’augmenter les salaires des fonctionnaires». Mieux encore, il dira que le Conseil du gouvernement «qui s’est réuni hier — mardi dernier Ndlr — a finalisé deux statuts particuliers de la Fonction publique sur les 44 statuts de cette institution». Ainsi, en parfait connaisseur de l’évolution du dossier, M. Naoui a démenti les propos tenus par le premier responsable de l’UGTA respectivement depuis Aïn- Témouchent et Aïn-Defla, où il était intervenu devant les congressistes à l’occasion de la tenue du congrès des unions de wilayas. Pour M. Naoui, «la hausse des salaires n’interviendra qu’une fois l’adoption des 42 autres statuts en Conseil de gouvernement». En d’autres termes, la hausse des salaires dans le secteur de la Fonction publique ne sera effective qu’une fois cette ultime étape prenne fin, quitte à ce qu’elle prenne le temps nécessaire avec cependant effet rétroactif à compter de janvier 2008. Pour rappel, M. Sidi Saïd, qui avait évoqué tant à Aïn- Témouchent qu’Aïn-Defla le dossier de la Fonction publique en le qualifiant de «dossier colossal et complexe qui concerne plus de 1,5 million de travailleurs» et dont la Centrale syndicale a réussi d’ailleurs à concrétiser 90% de ses revendications avait déclaré sur les ondes de la radio Chaîne 3 «que le million et demi des travailleurs de la Fonction publique verront à compter du mois en cours (janvier 2008) sur leur fiche de paie la concrétisation de cette hausse de salaires». «Glissement» dans la formulation des propos ou stratégie syndicale ? Le secrétaire général de l’UGTA qui s’est lancé dans une véritable précampagne électorale dans la perspective du 11e congrès, dont la date a été fixée pour fin mars prochain, veut mettre un maximum d’atouts à ses côtés. L’objectif recherché n’est autre que de décrocher le plébiscite des délégués congressistes pour un autre mandat à la tête de la Centrale syndicale. Et parmi ses principaux atouts figure bien évidemment la question de la revalorisation des salaires des travailleurs de la Fonction publique. Un argument que le patron de l’UGTA veut coûte que coûte voir concrétiser sur le terrain avant les assises du 11e congrès. Cela dit, nos tentatives de disposer d’éclaircissements sur la question de la part d’un des responsables de la Centrale syndicale sont restées vaines. Par ailleurs, selon des observateurs de la question syndicale, la sortie médiatique de M. Naoui ne fera que «conforter la détermination des organisations syndicales autonomes du secteur de la Fonction publique qui ont appelé à des démonstrations de force à compter de la semaine prochaine ». Ceci dit, il est à noter que les précisions faites par le secrétaire général du gouvernement sont conformes aux prérogatives qui lui ont été conférées par décret présidentiel n°01-197 du 22 juillet 2001. En effet, le secrétaire général du gouvernement a pour mission «d’assurer le contrôle et la conformité des projets de lois et de règlements et la coordination juridique de l’activité gouvernementale, de préparer les projets de textes à soumettre à la signature du président de la République, du chef du gouvernement et d’en assurer la publication au Journal officiel (…) Le secrétariat général du gouvernement veille dans le cadre de la coordination juridique des activités du gouvernement à la mise en forme définitive des textes législatifs et réglementaires proposés par les départements ministériels avant de les soumettre à la signature des autorités habilitées ou de les transmettre, selon le cas, aux institutions d’adoption ou de contrôle (Conseil de gouvernement – Conseil des ministres – Conseil d’Etat – Parlement – Conseil constitutionnel).» Sur un autre chapitre, il est à noter que le directeur général de la Fonction publique avait déclaré «qu’une fois finalisés, les statuts particuliers seront soumis à une commission ad hoc qu’installera la Fonction publique pour s’assurer de leur cohérence avec le statut général». En somme, les augmentations des salaires n’interviendront donc qu’après adoption des statuts particuliers de chaque catégorie de fonctionnaires. «Il faut laisser le temps au temps et voir les choses avec beaucoup de sérénité. Le nouveau système de rémunération dans la Fonction publique n’est donc pas achevé et c’est pourquoi il ne faut pas tirer des conclusions trop hâtives», avait déclaré M. Djamel Kharchi.
Abder Bettache