Poursuite de protestation des étudiants à l’Ouest et à BéjaÏa

Poursuite de protestation des étudiants à l’Ouest et à BéjaÏa

Premiers incidents à Oran

Par : Djamila L/ B. Abdelmadjid/ L.OUBIRA / M.O.T., Liberté, 21 février 2011

Cela fait plus d’une semaine maintenant que les universités et instituts d’Oran sont paralysés par le mouvement de grève des étudiants, qui a pris la forme du blocage des accès aux campus. Que ce soit à l’Usto, à l’IGCMO, à Es-Senia comme à l’ex-IAP et l’IGMO ou encore à l’Institut national des télécommunications, le constat est partout le même : le durcissement de la protestation des étudiants qui campent sur leur position, à savoir l’annulation des dispositions du “décret de la honte n°10-315”. Mais ces derniers jours ont été marqués par des incidents survenus au niveau de l’Usto, puisque deux étudiants ont été agressés, nécessitant l’intervention de la police appelée par l’administration. Ainsi, l’agression a été perpétrée par un agent de sécurité de cette même université qui assénera un coup de tête au visage d’un jeune et utilisera une chaîne pour s’en prendre à un autre, comme l’ont témoigné leurs camarades. Auparavant, une autre forme d’intimidation, émanant aussi d’un agent de sécurité, provoquera la panique parmi les étudiants rassemblés devant les portes de l’Usto, en faisant mine de foncer sur eux avec un véhicule. Cette montée de tension à l’Usto a été encore entretenue par des membres de l’Ugel, évincés comme représentants des étudiants, qui tentent d’opposer des étudiants du LMD à leurs camarades inscrits dans l’ancien système sans mesurer, semble-t-il, la gravité de leurs actions. Par ailleurs, les étudiants grévistes d’Oran viennent de recevoir l’appui de nombre d’enseignants ainsi que du nouveau syndicat appelé Coordination des enseignants du supérieur solidaire (ex-Cnes), qui se déclarent solidaires à l’échelle nationale des étudiants et d’aller dans le même sens en déclarant cette solidarité “fondée sur notre refus de l’alignement absurde entre le master et le magister ainsi que la différenciation entre diplôme master et ingéniorat”. D’autres universités dans l’ouest du pays sont également touchées par ce vaste mouvement de protestation comme c’est le cas à Tlemcen, où les étudiants de première et deuxième années de l’école préparatoire “sciences et techniques” de l’université Abou Bakr-Belkaïd poursuivent leur grève illimitée. à l’entrée de l’université, ils ont déployé une grande banderole avec l’inscription “diplôme sous évalué”, et ce, pour attirer l’attention sur leurs revendications “dont le retrait immédiat de tous les textes à l’origine de cette situation, l’adoption d’un décret spécifique aux écoles hors universités, des mesures urgentes pour préserver l’intégrité de cette école et la prise en charge s


érieuse des élèves des classes préparatoires”. à Mostaganem, deux facultés, celles des langues et des sciences et de la technologie, ainsi que l’institut des travaux publics, soit la moitié des sites composant le campus de la ville, étaient paralysés, hier, par les étudiants suivant les cursus d’ingénieur et de licence classique. Appuyant les revendications de leurs camarades des autres universités d’Algérie, concernant la reconduction du diplôme d’ingéniorat et de magistère, des groupes d’étudiants, affiliés ou non structurés dans les organisations estudiantines, se sont substitués aux agents de sécurité pour filtrer les accès aux sites en grève. Ainsi, était refusé l’accès aux enseignants et au personnel administratif, l’admission à l’entrée étant exclusivement autorisée aux étudiants. Par ailleurs, les étudiants étaient des centaines à battre le pavé, hier après- midi, dans les rues de Béjaïa. Ils ont entamé leur marche depuis la cité universitaire Targa-Ouzemour vers le siège de la wilaya. L’action a été décidée à l’issue de leur assemblée générale, tenue dans la matinée d’hier. Ils réclament l’abrogation en urgence du décret n°10-315 du 15 décembre 2010 modifiant et complétant le décret n°07-304 du 29 septembre 2007 fixant la grille indiciaire des traitements et le régime de rémunération des fonctionnaires. Mais, surfant sur la vague de protestation en cours, ils exigent, contre toute attente, “le départ du système”. C’est, du moins, ce qu’ont répété à tue-tête les différents intervenants, qui se sont relayés au micro lors du meeting improvisé devant le siège de la wilaya : “Nous voulons un changement radical du système.” Et comme ils ne comptent pas s’arrêter là, ils ont appelé à une autre marche, prévue aujourd’hui. La procession partira du campus Aboudaou vers les quatre chemins.


Abrogation du décret n°10-315 et plate-forme de revendications

C’est le wait and see dans les grandes écoles

Par : Farid Belgacem, Liberté, 21 février 2011

De son côté, le Syndicat national des enseignants du supérieur (Sneu) exhorte les pouvoirs publics à appliquer dans les plus brefs délais les décisions prises lors de la Conférence nationale des chefs d’établissement universitaire.
“En réaction au décret n°10-315, les étudiants des grandes écoles présentent leurs revendications comme suit : concernant la graduation, il s’agit de l’attribution d’un double diplôme, à savoir le mastère et ingéniorat d’État avec un statut particulier pour les ingénieurs d’État des grandes écoles, l’intégration en 3e année du cycle long de l’ingéniorat, des étudiants des dernières promotions TS et DEUA ainsi que bénéficier de tous les avantages attribués aux titulaires d’un mastère et d’un ingéniorat d’État. Concernant la postgraduation, il s’agit de l’instauration d’écoles doctorales au niveau de toutes les grandes écoles et que l’accès aux écoles doctorales se fasse sur concours écrit et non sur dossier”. C’est en ces termes, aussi clairs que l’eau de roche, que les étudiants des grandes écoles résument la plate-forme de revendications signée par les délégués de huit institutions, dont l’Ensa, l’ENSH, l’ENSP, l’Enssea, l’Enssmal, l’ENSTP, l’Epau et l’ESI. Dénonçant la manipulation de certains médias et autres syndicats, ces étudiants avaient également envoyé une correspondance au ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Rachid Harraoubia, afin de prendre part à la réunion du 17 février dernier, aux côtés des syndicats et autres représentants de la communauté universitaire. Faisant valoir leurs droits légitimes, ces délégués estimaient dans leur missive que leur présence était motivée par les problématiques qui devaient être soulevées lors de cette réunion et qui préoccupent les étudiants en premier lieu et que leur présence, à titre consultatif, était justifiée. D’autant qu’il s’agissait d’une Conférence nationale des chefs d’établissement universitaire. Selon des étudiants qui ont pris attache avec notre journal, le diplôme d’ingénieur d’État délivré par les établissements supérieurs est toujours en vigueur alors que les formations de magistère pour les diplômés de l’ancien système sont toujours maintenues jusqu’à son extinction. Outre l’élaboration des textes de loi qui doivent régir les correspondances entre l’ancien système et le nouveau système LMD, les étudiants préfèrent maintenir leur pression jusqu’à satisfaction totale de leur plate-forme de revendications, surtout, disent-ils, que la décision relève du premier magistrat du pays et non du département de Harraoubia. De son côté, le Syndicat national des enseignants du supérieur (Sneu) estime que “les revendications des étudiants sont légitimes et que l’esprit de la retenue et du civisme doit prévaloir chez la communauté universitaire pour faire aboutir ces requêtes”. Le Sneu, qui a participé et suivi de près la Conférence nationale des chefs d’établissement universitaire, juge nécessaire l’application, et dans les plus brefs délais, des décisions prises lors de cette importante rencontre tout en préconisant la voie du dialogue, précisera M. Amarna, le SG du Sneu.


Le communiqué de HArraoubia provoque l’ire des étudiants en grève

Pas de reprise des cours avant l’abrogation du texte

Par : MALIKA BEN, Liberté, 21 février 2011

Les étudiants persistent dans leur mouvement de protestation et ne comptent pas mettre fin à la grève avant que des décisions écrites et concrètes ne soient prises par les autorités.
À l’heure où nous mettons sous presse et alors que les étudiants tenaient un sit-in devant le siège du minsitère de l’Enseignement supérieur, les forces anti-émeutes sont intervenues, selon une source estudiantine, pour évacuer les lieux. La sortie médiatique du département de Harraoubia n’a fait que verser de l’huile sur le feu. Les grévistes s’attendaient à mieux.
“Nous n’avons pas cesser de courir après les responsables du ministère en précisant que ce que nous voulons, c’est l’annulation pure et simple du décret présidentiel et ce n’est que dix jours après que la tutelle daigne se pencher sur le problème en nous promettant du nouveau.
Et finalement rien de concret ni de sérieux. C’est de la poudre aux yeux”, fulmine un des délégués de la Coordination des grandes écoles en grève.
Et d’ajouter : “On s’attendait à ce qu’il y ait l’annonce de l’abrogation officielle du décret et non à l’adoption de cette revendication par la tutelle et les chefs d’établissement universitaire.
Pour nous, tout cela c’est du bidon.” Même son de cloche du côté de l’USTHB dont les étudiants maintiennent toujours la pression.
La position de la tutelle rendue publique via le communiqué de jeudi dernier “est perçue comme une fuite en avant” du département de Rachid Harraoubia. Le communiqué de l’enseignement supérieur n’a donc réussi qu’à envenimer la situation au sein des écoles et facultés dont la protestation entame sa troisième semaine.
À l’université de Bab-Ezzouar, les protestataires, à savoir étudiants en ingéniorat, magistère et doctorat, sont allés jusqu’à fermer le rectorat et les différentes facultés et laboratoires de l’USTHB. Seuls les étudiants du système LMD ont repris leurs cours.
De leur côté, les étudiants de l’École d’architecture se sont tournés hier vers leurs enseignants.
“Nous avons sollicité le soutien de nos enseignants en faisant circuler une pétition de soutien à notre revendication”, révèle le délégué des étudiants. Un autre délégué de la Coordination des écoles et autres instituts concernés, créée pour faire front commun pour l’abrogation des modifications du décret présidentiel 10-315, nous dira : “Le mouvement de grève sera maintenu à travers toutes les écoles concernées jusqu’à la satisfaction de notre revendication.”


Débrayage en solo des étudiants de l’école supérieure du commerce

Les étudiants de l’École supérieure du commerce d’Alger sont, eux aussi, en grève depuis plus de dix jours et pour les mêmes motifs. Seulement, c’est en solo qu’ils organisent leur action de protestation. “Nous ne sommes pas des ingénieurs mais nous sommes concernés par le décret”, nous dit un délégué.
Une correspondance a été adressée au ministre de tutelle pour que le diplôme de l’ESC soit maintenu dans l’ancien système, le maintien du magistère jusqu’à extinction des promos du système classique et l’ouverture du mastère pour ces mêmes étudiants avec des conditions moins contraignantes, non-alignement magistère-mastère et le maintien des conditions d’accès aux concours de recrutement au sein des universités pour les titulaires de magistère.