La protestation à l’université prend une dimension nationale

La protestation à l’université prend une dimension nationale

Des centaines d’étudiants campent devant le ministère de tutelle

El Watan, 17 février 2011

Des étudiants d’Oran, de Boumerdès et de Blida ont participé au rassemblement tenu hier devant le ministère de l’Enseignement supérieur. Les négociations entre les contestataires et leur tutelle ont débouché sur de simples promesses.

La tension s’accentue dans les universités. Des étudiants de Boumerdès, de Blida, d’Oran et d’autres wilayas ont rejoint la protestation des écoles nationales.
Ils ont répondu massivement à l’appel au rassemblement contre le décret n°10-315. Les étudiants des écoles nationales étaient, certes, les premiers à organiser un rassemblement devant leur tutelle, la semaine dernière.
Mais depuis, la contestation s’est propagée telle une traînée de poudre, prenant une dimension nationale. De nombreuses universités ont été paralysées. «Nous sommes en contact avec 38 universités», a assuré un délégué.

«S’il n’y a pas de changement dans l’attitude de la tutelle, nous allons essayer d’inclure tous les étudiants», a suggéré un étudiant de Boumerdès. Et d’ajouter : «Nous ne portons aucune atteinte aux diplômes de LMD. Mais la valorisation de leurs diplômes ne doit pas se faire au détriment des nôtres.»

Une nuit à la belle étoile

Une centaine d’étudiants – de Boumerdès essentiellement – a décidé de rester devant le ministère jusqu’à la satisfaction de leurs revendications, dont l’annulation du décret n°10-315. «Les étudiants ont décidé de passer la nuit ici, s’il n’y a pas de réponse favorable à nos doléances. Nous avons déjà déposé une lettre au niveau du ministère. Nous attendons la réponse», a déclaré un étudiant de Boumerdès. Bien qu’au départ ils n’étaient pas au courant du rassemblement prévu, les huit délégués de l’Institut de maintenance et de sécurité industrielle de l’université d’Oran n’ont pas manqué de marquer leur présence, brandissant une banderole portant le nom de leur institut. «Nous sommes venus pour négocier, mais comme nous sommes tombés au bon moment. Nous voulons exprimer, nous aussi, notre rejet de ce décret.

Nous allons contacter nos collègues afin qu’ils viennent participer au rassemblement prévu demain», a déclaré un autre délégué, tout en affirmant que l’Université des sciences et techniques d’Oran et l’Institut de télécommunications sont paralysés. Les délégués de l’Ecole nationale supérieure des statistiques et de l’économie appliquées (ENSSEA) ont également adhéré à cette action qui vise à faire pression sur la tutelle afin qu’elle réponde à leurs revendications.
Le ministère s’est contenté de faire des promesses aux délégués des étudiants reçus dans la journée d’hier. «On nous a promis de trouver une solution qui va arranger tout le monde», a déclaré un délégué de l’ENSSEA contacté hier par téléphone. Si les recteurs ont prévu une rencontre aujourd’hui, les étudiants, quant à eux, restent méfiants et s’interrogent sur le but d’une telle réunion. Ils déplorent également l’absence des médias publics, notamment l’ENTV. «C’est un événement national. Toutes les universités protestent, je ne vois pas pourquoi la Télévision algérienne ne couvre pas ces mouvements», regrette un étudiant de Boumerdès.

Djedjiga Rahmani


Boumerdès

Poursuite de la grève illimitée

Le mouvement de grève enclenché par les étudiants des facultés de l’université M’hamed Bougara de Boumerdès (UMBB), s’est poursuivi hier pour la 5e journée consécutive.

Les protestataires se disent décidés à aller jusqu’au bout pour faire valoir leurs revendications. Hier, ils ont bloqué toutes les facultés pour réclamer l’annulation du décret 10-315 du 13 décembre 2010 qui dévalue leurs diplômes.
«Même les étudiants du système LMD nous soutiennent et ont boycotté les études depuis samedi dernier en signe de solidarité avec nous», se réjouit Zoheir, étudiant en 5e année biologie. Et d’ajouter : «Le ministère n’a répondu qu’aux étudiants des écoles supérieures, alors qu’il y a des milliers d’autres étudiants du système classique qui sont concernés par le décret en question.» «Ce décret nous interdit de poursuivre des études de magistère à partir de cette année, alors qu’il reste encore quatre ou cinq promotions qui poursuivent leurs études dans le cadre de l’ancien système.

Nous, nous demandons le maintien du magistère ou notre intégration en doctorat LMD», réclame un étudiant en 4e année géologie pétrolière. Notre interlocuteur précise que les étudiants des spécialités hydrocarbures, biologie, génie électrique et génie mécanique ont tous désigné des délégués qui sont allés à Alger, lundi dernier, pour transmettre leurs doléances aux responsables du ministère. Mais ces derniers, qui les ont reçus avec d’autres étudiants venus de diverses universités du pays, n’ont pas répondu favorablement à leur revendication. Ce qui accentué la colère des protestataires, qui disent avoir désigné des délégués qui vont rallier la capitale pour prendre part au rassemblement qui se tiendra devant le siège du ministère aujourd’hui.

Ramdane Koubabi


Béjaïa

L’université fermée

Des étudiants de l’université Abderahmane Mira de Béjaïa, qui ont fermé dimanche dernier les trois facultés du campus de Targa Ouzemmour, sont passés à une autre forme de protestation.

A la première heure de la matinée, ils ont bloqué les deux accès au campus en continuité à leur mouvement de colère qui a atteint hier l’autre campus se trouvant à Aboudaou.
Les étudiants protestent, pour rappel, contre le décret présidentiel n°10-315 qui «dévalorise» leurs diplômes et dont ils réclament l’annulation. «L’université restera fermée jusqu’à l’annulation de ce décret», nous affirme une étudiante du campus de Targa Ouzemmour.

«Une dizaine de nos représentants sont partis à Alger pour se concerter et coordonner leurs actions avec des délégués d’autres universités, notamment de Boumerdès et d’Oran», nous informe un étudiant qui précise que cette coordination se fait en dehors du cadre de la nouvelle Union des grandes écoles d’ingénieurs.
Kamel Medjdoub


M’Sila

Menace des universitaires

Les étudiants du pôle universitaire Mohamed Boudiaf de M’sila ont menacé, hier, de descendre dans la rue.

Les 2000 étudiants des facultés de technologie et science et l’Institut de la gestion des techniques urbaines (GTU) concernés directement par les dispositions du décret de la discorde ont procédé au gel des activités administratives et pédagogiques de plusieurs départements paralysant totalement le pôle universitaire.

Outre les aléas de ce décret pour les étudiants des sciences et de technologie, les étudiants de l’Institut de la gestion des techniques urbaines (GTU), vivent un véritable calvaire, par le fait, nous dira un étudiant de 4e année, de la non-reconnaissance du diplôme d’ingéniorat en urbanisme, gestion de la ville, aménagements urbains…, et ce, après avoir peiné pendant 5 longues années d’études.
Plusieurs fois, les titulaires de ce
diplôme ont été empêchés de passer des concours ayant trait à la filière, notamment à Oran et Biskra.

Ghellab Smail


Tizi Ouzou

Le mouvement se durcit

Les étudiants des facultés de génie électrique et informatique, génie de la construction, sciences agronomiques et biologiques ainsi que le département d’architecture de l’université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou maintiennent leur mouvement de grève pour exiger l’abrogation du décret présidentiel n°10-315 du 13 décembre 2010 portant grille des niveaux de qualification.
Les cours et les TD ont été gelés depuis jeudi dernier pour dénoncer encore une fois la «dévalorisation des diplômes d’ingénieur».

L’on apprend, par ailleurs, qu’une délégation de représentants des étudiants de l’université de Tizi Ouzou qui contestent le décret en question a été reçue lundi dernier par le secrétaire général du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.
Mais leurs revendications n’ont pas été satisfaites, a-t-on appris encore.
La coordination locale des étudiants était en réunion hier après-midi au niveau du département des sciences agronomiques pour débattre des suites à donner à leur mouvement de protestation.

Djemaâ Timzouert


Constantine

Les post-gradués haussent le ton

Les étudiants inscrits en post-graduation (magistère et doctorat) organisent, aujourd’hui, un sit-in de protestation devant le rectorat central de l’université Mentouri de Constantine.

 

Ce mouvement fait suite à la protestation déclenchée au niveau national, après la réunion tenue la semaine passée avec les représentants du ministère de l’Enseignement supérieur.
Les étudiants ont demandé l’abrogation pure et simple de ce décret et l’établissement d’une équivalence pour le diplôme de magistère par un décret officiel du ministère de tutelle.

«Pourquoi le ministère tient toujours à nous mépriser par ces procédures», ont-ils annoncé.
Notons que les ingénieurs prendront aussi part à cette manifestation pour exiger l’officialisation de leurs diplômes
d’ingénieur d’Etat après avoir délivré les diplômes sans la mention «Etat».
Ratiba B.