Les étudiants choqués par la brutalité policière

Marche du 2 mai

Les étudiants choqués par la brutalité policière

El Watan, 4 mai 2011

La Coordination nationale des étudiants a dénoncé l’attitude du président de la République quant à la crise qui secoue l’université algérienne lors d’un point de presse tenu hier à Alger. «Nous dénonçons l’attitude du président de la République qui n’a dit aucun mot sur la crise de l’université algérienne dans le discours qu’il a prononcé à l’occasion du 16 avril, Journée nationale du savoir», déclarent les membres de la commission mandatée par la CNAE.

Les membres de la CNAE déclarent qu’une soixantaine de blessés dont 10 dans un état grave ont été enregistrés lors de la marche d’avant-hier. La CNAE qualifie le déploiement des agents des forces de l’ordre de «dispositif monstrueux». Ce qui a obligé les étudiants, qui ont réussi à arriver à Alger, d’improviser une marche de la fac centrale. «Des bus transportant des étudiants ont été empêchés d’arriver à Alger. Ceux qui ont réussi à entrer à Alger ont été bloqués dans les bus à la gare routière du Caroubier», explique les membres de la CNAE. Et d’ajouter : «Le peu d’étudiants qui ont réussi à arriver à la Grande-Poste dont le nombre est estimé entre 200 et 300 personnes, a été vite cerné. Une centaine d’étudiants ont été refoulés de Tafourah. La police les a forcés à changer d’itinéraire.» «La fouille systématique et la chasse à l’étudiant dans le centre d’Alger et sa périphérie sont les deux pratiques adoptées par la police», a déploré l’un des membres de la commission mandatée par la CNAE.

Cet étudiant a condamné la répression exercée dans les cités universitaires d’Alger, notamment à l’ITFC. «La police est venue la veille de la marche pour nous empêcher de passer la nuit à l’ITFC», a-t-il regretté. Malgré la répression féroce, les membres de la CNAE considèrent tout de même leur action comme une réussite dans la mesure où les marches et les rassemblements sont interdits à Alger. Ils affirment également que «la protestation va continuer tant que la tutelle fait la sourde oreille. Mais sa forme va peut-être changer». Au sujet des slogans jugés «politiques», les membres de la CNAE estiment que «quand on tabasse un étudiant en lui causant des blessures graves, ce dernier ne peut que qualifier le pouvoir d’assassin». Toutefois, ces étudiants insistent sur le fait que dans leur plateforme de revendications, ne figure aucune revendication politique. Quant à la manipulation des partis politiques pour le mouvement estudiantin, soulevée par certains médias nationaux, ces étudiants affirment que leur mouvement «n’est pas apolitique. Car il n’y a pas de problèmes qui ne sont pas politiques», précisant que «la CNAE n’est proche d’aucun parti politique. Son travail est purement syndical. Mais, il se trouve que parmi ses membres, il y a des militants du RCD, du FFS et du MSP…»
Djedjiga Rahmani


Quand la police excelle dans la répression

El Watan, 4 mai 2011

Le chargé de la communication de la DGSN, Djilali Boudalia, se dit «satisfait de la manière avec laquelle ont été gérées les actions de contestation estudiantine».

La dernière marche des étudiants, à Alger, confirme que le ministère de l’Intérieur et la DGSN ont donné des instructions bien claires aux brigades antiémeute : à part l’utilisation des armes à feu et bombes lacrymogènes, tous les moyens sont bons pour empêcher les étudiants de battre le pavé. La veille même de l’action de protestation à laquelle avait appelé la Coordination nationale autonome des étudiants (CNAE), toutes les rues, ruelles et placettes de la capitale avoisinant le palais du gouvernement, la Présidence et la Grande-Poste – d’où devait s’ébranler la marche – étaient quadrillées par un gigantesque dispositif sécuritaire. Pour tester l’efficacité de leur dispositif de vigilance, les policiers ont arrêté deux étudiants en possession de quelques tracts de la CNAE, durant la journée du 1er mai.
Selon plusieurs témoignages de délégués des étudiants autonomes, plusieurs bus transportant les étudiants de plusieurs wilayas ont été empêchés d’atteindre Alger. «Des milliers de policiers ont assuré le bouclage complet de la capitale. Aucun coin n’a été épargné. C’était le cas de la place des Martyrs, la rue Larbi Ben M’hidi, la place de la Grande-Poste, la rue Didouche et le boulevard Mohammed V. Même les gares routières de Tafourah et de Caroubier n’ont pas été épargnées pat l’excès de zèle des policiers. Imaginez ! Même les bus universitaires ont été interdits de passer par Alger-Centre», a expliqué un étudiant de Bouzaréah.

Dès le début de la matinée d’avant-hier, les forces de l’ordre avaient la mainmise sur tout ce qui était aux alentours du point de départ de la marche, tel qu’annoncé par les organisateurs. «Les policiers ont procédé à la fouille de centaines de jeunes, qui n’étaient pas forcément des étudiants, et vérifié leurs identités. Ils obligeaient les citoyens à circuler et à ne pas s’arrêter, quelle que soit la raison», précise un autre étudiant. Et d’ajouter : «Ils voulaient tout simplement nous isoler et nous tabasser à huis clos.»
Dès leurs premières tentatives de marcher, les étudiants ont été confrontés à une stratégie de dispersion appliquée par les forces de l’ordre. «Plus d’un millier d’étudiants ont pu quand même se rassembler devant la fac centrale, mais carrément encerclés par la police. Près de 5000 autres camarades ont été divisés en petits groupes et maîtrisés par les policiers qui les ont empêchés de rejoindre le rassemblement», a constaté un membre de la CNAE, agacé, avant de lâcher : «La police a réprimé violemment notre action tout en essayant de soigner son image devant l’opinion publique nationale et internationale.» «Les éléments antiémeute ont exercé une pression terrible sur nous. Ils ont mis en place un cordon de sécurité ; ils ont tabassé plusieurs de nos camarades. Les policiers tapaient sur leurs boucliers pour créer une diversion et assommer les manifestants à coup de pied et de matraque dans des parties sensibles du corps», a-t-il encore lancé.

Par ailleurs, un délégué de la CNAE de l’université de Béjaïa a dénoncé des «agressions verbales perpétrées par plusieurs policiers contre les étudiantes et les étudiants pour les intimider et les humilier». Cet avis est partagé par un autre, du comité autonome d’Alger, qui affirme : «La police a voulu faire peur aux étudiants pour les dissuader de continuer le combat estudiantin légitime. Des policiers prenaient les noms des étudiants et les filmaient tandis que d’autres policiers en civil provoquaient les meneurs des étudiants.»
Pour répondre à toutes ces accusations, le chargé de la communication de la DGSN, Djilali Boudalia, se dit «satisfait de la manière avec laquelle ont été gérées les actions de contestation estudiantine jusque-là». «Depuis le début du mois de janvier, les instructions du général Hamel sont claires : maîtriser les foules pacifiquement sans utiliser même pas les moyens conventionnels pour sauvegarder l’ordre public», a-t-il indiqué. «Les unités républicaines de sécurité sont formées pour contenir les manifestants sans les violenter. Nous avons évité au maximum la confrontation avec les étudiants. C’est une manière étudiée : laisser les étudiants exprimer leurs revendications puis les disperser», a martelé M. Boudalia. Concernant les éventuels dérapages des forces de l’ordre dénoncés par les étudiants, notre interlocuteur a donné ces éclaircissements : «Les blessures enregistrées des deux côtés ont été causées par les bousculades inévitables pour disperser la foule. Les violences verbales de certains policiers restent des cas isolés, punis par la DGSN. Pour ce qui est des vérifications d’identité, c’était pour empêcher les intrus de sévir malhonnêtement en profitant de la marche des étudiants, que nous respectons.» «Je ne détiens aucune information affirmant ou infirmant le blocage de bus d’étudiants venus d’autres wilayas», a-t-il conclu.

Samir Ghezlaoui


Soutien du MJIC, de l’ACDA et du comité des chômeurs

El Watan, 4 mai 2011

Trois collectifs du Mouvement associatif national ont dénoncé, hier, la répression de la deuxième marche des étudiants à Alger.

Le Mouvement des jeunes indépendants pour le changement (MJIC) a, en effet, dénoncé dans un communiqué «la répression aveugle qui s’est abattue sur les étudiants lundi devant la fac centrale d’Alger… Les étudiants ont été surpris par des violences inouïes d’un autre âge qui confirment que le système en place ne veut pas abandonner ses pratiques répressives et laisser le peuple algérien respirer la liberté». Les rédacteurs de la déclaration ont réitéré leur soutien à la lutte estudiantine : «Le MJIC assure les étudiants et la CNAE de son soutien indéfectible et appelle les étudiants à maintenir intacte leur mobilisation.» De son côté, le collectif Agir pour le changement et la démocratie en Algérie (ACDA), établi en France, a rendu publique une déclaration de soutien aux étudiants intitulée : «Trop, c’est trop !» et résumée par : «Encore une fois, le pouvoir algérien n’a su qu’opposer le bâton !»

L’ACDA a condamné «fermement la répression par les autorités algériennes de toutes les manifestations pacifiques des citoyennes et citoyens qui expriment légitimement des revendications qu’un pouvoir autiste refuse d’entendre». «Nous dénonçons l’attitude des autorités de notre pays qui refusent d’entendre les étudiants, les chômeurs, les harraga, les femmes, les salariés précaires…», écrit l’ACDA. Pour sa part, le Comité national pour la défense des droits des chômeurs, dont des membres ont participé à la marche, a dénoncé ce qu’il qualifie de «répression sauvage dont ont été victimes les étudiants». «Etant présents sur les lieux, nous avons constaté de visu la brutalité policière à l’encontre des étudiants», ont noté les membres de ce comité dans un communiqué parvenu hier à notre rédaction. «Malgré la répression, nous restons solidaires des luttes des étudiants et des luttes de tous les défavorisés», ont-ils conclu.
Samir Ghezlaoui