Les contractuels de l’éducation sur tous les fronts

Ils organisent des actions de protestation depuis plusieurs jours

Les contractuels de l’éducation sur tous les fronts

El Watan, 29 septembre 2011

«Le ministre de l’Education nationale demeure insensible à nos revendications légitimes», dénoncent les contractuels de l’éducation.
L’entêtement du ministre hypothèque l’avenir de près de 7000 enseignants contractuels.

Les contractuels de l’éducation ne comptent pas lâcher prise. En dépit des menaces, intimidations et des multiples pressions qu’ils subissent chaque jour, ils sont sur tous les fronts. Ils entendent se mobiliser jusqu’à satisfaction de leurs revendications. En effet, lundi dernier, ils ont essayé, encore une fois, de fermer le portail de l’annexe du ministère de l’Education nationale sise au Ruisseau, mais sans grand succès, en raison de l’intervention musclée des forces de l’ordre, qui n’ont pas «fait dans la dentelle». «Cela fait plusieurs jours que nous campons ici.

Personne n’a daigné nous rendre visite pour nous rassurer. Le ministre demeure insensible à nos revendications légitimes», nous affirme Hassna Abderrazak, membre du Conseil national des enseignants contractuels de l’éducation nationale. «Nous avons entrepris de fermer une fois de plus le portail de l’annexe, en signe de mécontentement et de colère, mais les agents de sécurité sont intervenus violemment. Ils nous ont tabassés comme de vulgaires malfrats», tempête-t-elle.

Engagements trahis

Les enseignants contractuels se sont déplacés à la maison de la presse où ils ont observé un sit-in en brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : «Pas de spécialité, pas de spécialisation, c’est ce qu’a dit le Président». Allusion faite aux engagements pris par le président de la République d’intégrer tous les enseignants contractuels qui travaillaient jusqu’au 28 mars 2011 sur poste vacant, y compris ceux qui n’ont pas de spécialisation à qui il a été promis la création de postes administratifs pour mettre fin à leur précarité et à leur calvaire. Même une délégation conduite par Mohamed Kaâbache, président du Conseil national des enseignants contractuels de l’éducation nationale affilié au Syndicat national autonome du personnel de l’administration publique (Snapap) a été reçue lundi après-midi par le président de la commission de l’éducation à l’APN et par ses députés.

A l’issue de cette entrevue, les parlementaires ont promis de transmettre leurs doléances au ministre de l’Education nationale pour qu’il planche sérieusement sur cette épineuse question des enseignants contractuels. Ils leur ont par ailleurs affirmé que leur problème sera évoqué ce jeudi lors de la tripartite, qui réunit le patronat, le gouvernement et la centrale syndicale. «Selon l’inspecteur général de la fonction publique, pour l’instant, des dossiers ont été assainis et d’autres sont à l’étude, en fonction de la liste d’approche des diplômes», révèle Mohamed Kaâbache à l’issue de la rencontre qu’il a eue hier avec le représentant de la fonction publique, en indiquant que l’inspecteur général n’a pas précisé la nature des dossiers qui ont été assainis par cette structure.

«Les recommandations du Président sont claires et elles sont sans équivoque. Nous avons même pu consulter une instruction (qui se trouve au niveau de la fonction publique) du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, qui notifie notre intégration dans le secteur de l’éducation sans aucune condition», tranche-t-il. Hier, les contractuels de l’éducation nationale se sont déplacés au palais du gouvernement en vue de rencontrer Ahmed Ouyahia. En dépit des intimidations exercées par les agents des services de sécurité, une délégation a pu entrer et déposer une demande au niveau du secrétariat du palais du gouvernement. Selon M. Kaâbache, on leur a expliqué sur place que leur requête sera étudiée et promesse leur a été faite qu’ils seront reçus prochainement par le Premier ministre.

L’échec consommé

Pourquoi les enseignants contractuels ne trouvent-ils pas une oreille attentive auprès de la tutelle après des années de bons et loyaux services ? Comment peut-on se moquer d’eux après leur avoir confié des élèves qui constituent le fer de lance et la plus-value du pays dans le futur ? Autant de questions qui se posent à l’heure où l’accent est mis, aussi bien chez nos voisins maghrébins que dans le monde, sur l’éducation et le savoir pour prétendre à l’évolution et au progrès. Mais la réponse coule de source. Cela illustre l’entêtement du ministre de l’Education nationale qui campe sur ses positions en prenant en otage près de 7000 enseignants contractuels et en sacrifiant leur avenir.

Pourtant, dans la hiérarchie, il dépend du Premier ministre et du président de la République, auxquels il doit rendre des comptes. Alors comment peut-il passer outrepasser des injonctions du Premier ministre et du président de la République ? Se sent-il intouchable, ou considère-t-il qu’il est le seul maître à bord du bateau de l’éducation, qui est une chose sérieuse pour qu’elle soit prise à la légère ? En tout cas, il y a anguille sous roche pour que cette question ait pris de la longueur.
Et dire que la gestion du cursus scolaire de nos enfants est confiée à Benbouzid, avec tous les échecs qui sont à mettre à son passif depuis qu’il est à la tête du département de l’éducation nationale.

Meziane Cheballah