Enseignants contractuels : «La grève de la faim jusqu’au dernier souffle»

Enseignants contractuels : «La grève de la faim jusqu’au dernier souffle»

par Sofiane M., Le Quotidien d’Oran, 14 août 2008

Le bras de fer entre les enseignants contractuels et le ministère de l’Education nationale tend vers le pourrissement. Depuis le lancement de cette grève de la faim le 14 juillet dernier par une cinquantaine de représentants des enseignants contractuels, le conflit s’est compliqué en raison de l’intransigeance des pouvoirs publics, d’un côté, et la résolution des grévistes à aller jusqu’au bout de leurs revendications, de l’autre.

Plus d’un mois de grève de la faim et trois tentatives de rassemblement avortées après l’intervention musclée des forces de sécurité ne semblent pas suffisantes pour faire plier les pouvoirs publics. A la 31e journée de cette éprouvante grève de la faim, aucune issue favorable à ce bras de fer, qui n’a que trop duré, n’était perceptible, faisant planer aujourd’hui des craintes quant à l’état de santé des grévistes. Après un mois sans nourriture, les 50 grévistes ont désormais franchi la ligne rouge et l’éventualité de l’apparition de complications et de séquelles durables sur leurs métabolismes doit être prises sérieusement en considération, selon les médecins. Affaiblissement général, diminution de poids supérieure à 40%, hypotension artérielle, hypoglycémie, crampes musculaires, dysfonctionnement de l’appareil digestif, évanouissement et palpitations, état comateux: les signes ne trompent pas sur la détérioration grave mais surtout rapide de la santé des grévistes.

«On va poursuivre cette grève de la faim jusqu’au dernier souffle», a lâché hier, avec une voix durement éprouvée, une membre du bureau national du Conseil national des enseignants contractuels (CNEC). La syndicaliste a regretté le mutisme des pouvoirs publics devant la situation préoccupante des grévistes, dont certains ont été évacués à de nombreuses reprises dans un état comateux aux établissements hospitaliers de la capitale.

«L’heure est grave. Il y a des grévistes qui n’arrivent plus à se tenir debout», déplore notre correspondante jointe hier par téléphone. Un autre syndicaliste confie que les grévistes, qui se trouvent depuis le 14 juillet dernier au siège du Snapap, refusent catégoriquement les visites des représentants des syndicats autonomes pour exprimer ainsi leur colère face au mutisme de la société civile. «Ils veulent vivre honorablement ou mourir seuls dans la dignité», déclare notre source, qui était visiblement affectée par cette persévérance des grévistes.

Devant le mutisme des pouvoirs publics face à la détresse des enseignants contractuels, les syndicats autonomes se tournent désormais vers les instances internationales pour demander leur intervention. Des plaintes contre le ministère de l’Education nationale ont été adressées au Bureau international du travail (BIT), à l’International des services publics (ISP) et à l’Internationale de l’Education (IE). Cette dernière instance, qui avait répondu lundi dernier aux représentants des grévistes, a regretté le «manque de concertation des autorités éducatives algériennes devant les préoccupations légitimes de dizaines de milliers d’enseignants contractuels dévoués à leurs élèves». L’IE a condamné «la répression violente des rassemblements pacifiques d’enseignants devant le siège du ministère de l’Education nationale». L’Internationale de l’Education a également condamné le «mutisme des autorités algériennes face à l’urgence de la situation humanitaire et sanitaire de la situation».

A noter que les enseignants contractuels, en grève de la faim depuis le 14 juillet dernier, exigent leur permanisation immédiate par le ministère de l’Education nationale, sans passer par le concours de recrutement. Une revendication qui avait été rejetée par la tutelle.