Les enseignants contractuels agonisent en silence

LEUR RASSEMBLEMENT A ÉTÉ RÉPRIMÉ PAR LES FORCES DE L’ORDRE

Les enseignants contractuels agonisent en silence

Le Soir d’Algérie, 20 août 2008

Les enseignants contractuels ont été empêchés hier, pour la énième fois, de tenir leur rassemblement devant le siège de la présidence de la République, à El Mouradia, par les forces de l’ordre. Les manifestants demandent leur intégration et le règlement de leurs salaires, impayés depuis trois ans pour certains.
Lyès Menacer – Alger (Le Soir) – Les enseignants contractuels ont tenté hier matin de réinvestir la rue pour faire entendre leurs voix auprès du ministère de l’Education. Mais leur sit-in devant le siège de la présidence, à El Mouradia, a été empêché par l’intervention musclée des services de l’ordre qui étaient présents sur place depuis le début de la matinée. Des policiers, en tenue et en civil, étaient en fait disséminés à travers toutes les ruelles menant au siège de la présidence, sur un périmètre de plus de cent mètres à la ronde. Les manifestants, dont le nombre dépassait la quarantaine, sont arrivés sur les lieux du rassemblement à 9h30. En quelques minutes, la police embarque six manifestants, tous des membres actifs du Snapap et du Cnec (Conseil national des enseignants contractuels). Les autres manifestants sont repoussés quant à eux par les éléments de la brigade anti-émeute, vers la rue Kaci-Mohamed, à 400 mètres de la présidence. Au milieu de la bousculade des policiers, une enseignante contractuelle, venue de Bejaïa, s’évanouit. Il fallait attendre une heure pour que l’ambulance de la Protection civile arrive sur les lieux. Les enseignants ne désarment pas. Ils reviennent à la charge quelques minutes plus tard et tentent pour la deuxième fois de tenir leur rassemblement. Des policiers leur coupent la route à une cinquantaine de mètres du siège de la présidence. Les enseignants ne désarment pas et tiennent leur sit-in sur place en scandant des slogans demandant le départ du ministre de tutelle. «On demande son départ, Benbouzid el hagar», criaient-ils à l’adresse des policiers qui perdent rapidement leur patience et passent à l’action. Les manifestants sont, cette fois-ci repoussés jusqu’à la rue Abdelkader, située à près d’un kilomètre de la présidence où ils seront scindés en deux groupes. Jusqu’à tard dans l’après-midi, les services de l’ordre, armés de leurs matraques, ont continué à repousser des manifestants, déterminés à aller jusqu’au bout de leur action. La police procédera à de nouvelles arrestations et confisque les téléphones portables de certains manifestants. Au total, le commissaire de la police s’en prend aussi aux journalistes qui couvraient le sit-in réprimé. Ce dernier a instruit ses éléments de balayer les lieux de la présence des manifestants et des journalistes, considérés comme des témoins gênant à l’occasion de chaque manifestation des enseignants contractuels. A la fin de la matinée, ce sont 11 manifestants qui seront embarqués dans les voitures des services de sécurité dont le nombre était plus important que les manifestants. Ces derniers ont fait le déplacement des wilayas de Djelfa, Guelma, Batna, Annaba, Tissemsilt, Bordj-Bou-Arréridj, Médéa, Boumerdès pour ne citer que celles-là. Ces enseignants dont la plupart ont travaillé pendant plus de cinq ans demandent leur intégration sans passer par le concours organisé par le ministère de l’Education nationale qui reste sourd à leur revendication. Parallèlement au rassemblement du Snapap et du Cnec, 55 enseignants contractuels observent une grève de la faim depuis le 14 juillet dernier pour les mêmes raisons. Leur état de santé s’est dangereusement dégradé, selon les représentants du bureau national du Snapap où les grévistes sont accueillis. 43 d’entre eux ont été évacués à plusieurs reprises à l’hôpital Zemirli. Depuis quelques jours, les enseignants grévistes se sont mis dans une situation d’isolement total. Ils refusent de parler à la presse. Ils ne reçoivent la visite d’aucun membre de leurs familles ou amis, auxquels ils refusent l’accès à la salle où ils se trouvent depuis 37 jours. Devant le cri de colère et de détresse des enseignants contractuels, le ministère de l’Education nationale reste inflexible. A travers la voix de son secrétaire général, le département de Benbouzid a donné une fin de non-recevoir à la demande d’intégration des enseignants contractuels.
L. M.