La CITIC-CRCC dans le bourbier de la contestation

Chargée de réaliser un tronçon autoroutier à Bouira

La CITIC-CRCC dans le bourbier de la contestation

El Watan, 19 août 2008

L’entreprise chinoise CITIC-CRCC, notamment dans sa partie chargée de la réalisation du tronçon autoroutier El Adjiba – limite est de la wilaya de Bouira –, semble indubitablement patauger dans un bourbier où la contestation des travailleurs algériens tend à prendre des proportions alarmantes.

Une situation qui ne manque pas d’avoir des répercussions directes et désagréables sur l’état d’avancement des travaux au niveau de ce tronçon, sans compter les débordements constatés, dès lors que les travailleurs contestataires n’ont pas hésité (à maintes reprises) à procéder à la fermeture pure et simple de la base vie des Chinois et par extension la RN5 devenue, par fatalité, le théâtre de toute action musclée. En effet, la base vie de la CITIC a été, à titre de rappel, fermée 13 fois au cours du mois de juillet et 3 fois depuis le début du mois en cours.

La dernière action en date est celle initiée les samedi et dimanche derniers, où des travailleurs algériens ont procédé au blocage de l’accès menant à la base vie, contraignant les expatriés à rester sur place deux jours durant. Des revendications socioprofessionnelles ont été mises en exergue pour justifier une telle action qui n’a pas laissé de marbre et les responsables de l’entreprise chinoise et ceux locaux et de wilaya dont l’inspection du travail qui a réagi pour prendre langue avec les protestataires et tenter de trouver un terrain d’entente. En effet, une réunion de travail a été tenue dimanche dernier pour débattre de la plateforme de revendications des travailleurs algériens.Cela s’est fait, bien sûr, en présence du représentant de l’inspection du travail de Bouira.

Ce dernier que nous avons rencontré le lendemain nous a confié que tout a été mis en œuvre pour trouver des solutions viables aux problèmes posés par les protestataires, en dépit du fait que la grève à laquelle ils ont appelé est considérée comme étant illégale dans la mesure où elle n’a pas été annoncée à temps (sans préavis réglementaire). Le problème des salaires, « une erreur technique »Notre interlocuteur qui expliquait le bien-fondé de certaines revendications formulées, à savoir, entre autres, la généralisation de la prime de rendement dûment acceptée par l’employeur.

Sur ce, tout a été fait pour ramener les protestataires à de bons sentiments, explique ce responsable, qui ajoute que même les travailleurs licenciés pour des raisons disciplinaires ont été réintégrés. Pour ce qui est des salaires considérés par les travailleurs comme étant « misérables », l’on affirme que la réglementation est respectée et que la grille applicable est unifiée suivant les grades et les postes. Aux accusations formulées par certains travailleurs considérant que les Chinois bafouaient leurs droits et tentaient à chaque fois de mater la contestation en faisant usage de violence, le chef de projet, Sun Jinze, que nous avons rencontré, explique, quant à lui, que la protestation faisant recours à la force est l’œuvre d’un groupe de travailleurs, une vingtaine selon lui, qui ne veulent entendre personne, pas même leurs représentants ni les responsables locaux conviés pour la circonstance.

Pour M. Jinze, la plupart des travailleurs algériens vivent en osmose avec leurs collègues chinois et il n’y a pas lieu de parler d’un différend à connotation ethnique, d’autant que l’on est soumis aux mêmes conditions de travail.Une réalité que corroborent certains travailleurs algériens interrogés et qui visiblement ne partagent pas les mêmes avis que leurs collègues protestataires. « Nous avons demandé à ces travailleurs de désigner leurs représentants, ceux-là mêmes avec lesquels nous tenons des réunions hebdomadaires pour évaluer les conditions de travail sur nos chantiers », assure le responsable chinois avant d’ajouter : « Nous avons toujours subi des pressions de la part de certains qui ne veulent visiblement pas travailler. »

Sur un autre registre, notre interlocuteur dira que le problème des salaires posé par les contestataires est le résultat d’une erreur technique commise par le comptable de l’entreprise, et d’ajouter que la différence sera prise en charge dans le prochain virement. A cela s’ajoute la disposition prise en faveur des travailleurs algériens à qui l’on accorde la possibilité d’effectuer des heures supplémentaires avec en prime une majoration de 200% pour les jeudis et 300% pour les vendredis. Des mesures applaudies par les représentants dûment mandatés par les travailleurs ayant accepté de mettre fin à leur grève au cours de la journée d’hier.

Cependant, faut-il le noter, quelques travailleurs visiblement non satisfaits ont tenté de forcer leurs collègues à poursuivre l’action allant jusqu’à provoquer des disputes entre travailleurs algériens. Une situation regrettable au demeurant. Celle-là même qui augure d’un durcissement de ton qui ne manquera pas d’avoir des conséquences pour le moins graves sur l’avancement des travaux sur ce tronçon mais surtout des rapports entre travailleurs algériens et chinois.

Par Lyazid Khaber