Les syndicats autonomes disent non à l’austérité

Ils menacent de recourir à la protestation

Les syndicats autonomes disent non à l’austérité

El Watan, 17 septembre 2015

On ne cautionnera aucune mesure d’austérité susceptible d’être entreprise par le gouvernement et qui peut nuire au pouvoir d’achat des travailleurs suite à l’effondrement des prix des hydrocarbures et de la dévaluation du dinar», ont expliqué, hier, les responsables de syndicats autonomes de l’éducation et de la santé, invités au forum d’El Mihouar El Youmi.

On n’est pas prêts à cautionner des mesures qui peuvent encore alourdir la baisse du pouvoir d’achat des Algériens», soutient Meziane Meriane du Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Snapest).

Pouvoir d’achat en berne

«Les gouvernements qui se sont succédé durant plus de 25 ans n’ont réussi à produire que de l’échec. Les solutions qui doivent intervenir dans l’élaboration d’une nouvelle politique des salaires et l’introduction de mécanismes d’urgence pour la mise en place d’une économie réelle doivent être accompagnées par des mesures applicables depuis le haut de l’escalier avant de demander aux travailleurs de serrer davantage la ceinture», a ajouté M. Meriane, qui a rappelé les mauvaises prestations des Exécutifs ayant géré le pays durant «l’opulence». «Nous n’avons pas été associés à la gestion de la richesse et nous tenons à ne pas être sacrifiés pour faire face à la crise», soutient M. Boudiba du Cnapeste, qui prévient contre toute forme de prélèvement sur les salaires ou autres mesures visant à «étrangler» encore le budget des salariés qui ont déjà du mal à faire face aux conséquences de l’inflation et de la non-productivité depuis plusieurs années.

«La riposte doit être collective et plus globale, de toute la société», plaide M. Meriane, qui estime par la même occasion que les syndicats ne devraient pas être livrés à eux-mêmes dans ce combat pour la préservation du pouvoir d’achat des Algériens, qui est sérieusement menacé dans le contexte actuel.

Un appel est ainsi lancé à toute la société pour «refuser de cautionner et de payer pour la mauvaise gestion prônée durant plusieurs décennies sans aboutir à une économie de base». Idir Achour, du Conseil des lycées d’Algérie (CLA), redoute une explosion sociale anarchique dont les conséquences seraient désastreuses. Le syndicat estime que la meilleure riposte serait une initiative collective et réfléchie pour désamorcer les dérapages et exiger des mécanismes pour la protection des acquis des travailleurs «sérieusement menacés avec l’avènement de la crise et la dévaluation de la monnaie nationale».

Protéger les acquis

Les syndicats considèrent que la création de l’Observatoire national de protection du pouvoir d’achat et de la valeur du SNMG pourrait être un des moyens de veiller à la préservation des acquis des fonctionnaires. Concernant le secteur de la santé, le docteur Merabet, représentant du Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP), dénonce le détournement de l’opinion des véritables enjeux, dont les plus importants restent l’accès aux prestations et le financement de la santé et de la sécurité sociale.

Bref, pour ces représentants des travailleurs, tant d’argent dépensé n’a pas servi à la réalisation des structures nécessaires pour la prise en charge de la santé des Algériens. Les personnels médical et paramédical souffrent de la mauvaise gestion des sommes colossales censées développer le secteur, accuse Lounès Ghaci du Syndicat national des paramédicaux (SAP).

Stabilité dans le secteur de l’éducation : «Tout dépend de Mme Benghebrit»

L’Union nationale des personnels de l’éducation et de la formation (Unpef) estime que le bon déroulement de l’année scolaire ne dépend que de la volonté du ministère de l’Education nationale, invité à l’application des points compris dans les accords signés avec les représentants des travailleurs.

Sadek Ziri, représentant de ce syndicat, rappelle que la ministre de l’Education est interpellée sur la question relative à la régularisation des fonctionnaires promus et le règlement des arriérés d’indemnités, «comme convenu en mars dernier».

Le Snapest exige, quant à lui, «du concret» concernant l’actualisation de la valeur de la prime de zone et des solutions concernant «les oubliés du statut régissant le secteur». Le CLA, quant à lui, estime que le calme ayant caractérisé la rentrée «cache mal les insuffisances».

Pour Idir Achour, le travail n’a commencé réellement que dans 30% des établissements. Selon ce syndicaliste, la surcharge des classes, le manque d’enseignants et de personnels d’encadrement et d’administration auront des conséquences négatives dans les jours à venir.

Pour rappel, le ministère de l’Education rencontrera, à partir du 15 octobre, les syndicats du secteur pour la signature d’un pacte de stabilité et de déontologie. F. A.

Fatima Arab