13e Tripartite gouvernement-UGTA-patronat: 1.000 milliards de dinars et ce n’est pas fini

13e Tripartite gouvernement-UGTA-patronat: 1.000 milliards de dinars et ce n’est pas fini

par Mohamed Mehdi, Le Quotidien d’Oran, 29 mai 2011

La 13e rencontre tripartite, gouvernement-UGTA-patronat, s’est déroulée hier à Djenane El Mitaq, en présence du Premier ministre, Ahmed Ouyahia, et de quelques-uns des ministres de son gouvernement, du secrétaire général de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), Abdelmadjid Sidi Said, et des présidents des associations patronales publiques et privées (UNEP, CIPA, CNPA, CAP, SEVE, CGEA) et, pour la première fois, du Forum des chefs d’entreprises (FCE).

La particularité de cette rencontre, comme l’a soulignée Ahmed Ouyahia, c’est qu’elle «découle d’une directive de M. le Président de la République» et qu’elle est «exclusivement consacrée aux voies et moyens de soutenir le développement de l’entreprise et de promouvoir un climat plus propice à l’investissement et à l’activité économique». La 13e Tripartite est également particulière puisqu’elle n’abordera pas les questions sociales qui seront au menu «d’une réunion plénière de la Tripartite» de septembre prochain.

Comme à son habitude, Ouyahia a dressé la liste de mesures «déjà prises» en faveur de l’entreprise. Il a rappelé les décisions du Conseil des ministres de février dernier, notamment celles concernant les «allégements» fiscaux accordés, les abattements consentis en matière de «redevance de location de la concession» pour le volet foncier industriel, et le renforcement des «mécanismes de garantie» en faveur du financement de l’investissement, ainsi que le démarrage des activités des «instruments de financement du capital et de leasing» et la réduction des charges patronales pour encourager les recrutements des primo demandeurs d’emplois.

En guise d’introduction aux «négociations» qui auront lieu à huis clos, Ahmed Ouyahia a rappelé aux dirigeants des organisations patronales que l’Etat a déjà consenti d’importants efforts financiers pour l’économie.

Le Premier ministre a n’a pas hésité à étaler une panoplie de chiffres, allant des 3.000 milliards DA (MDA) «injectés annuellement» en commandes publiques aux 1.000 MDA «de subventions publiques et de crédits fortement bonifiés», et aux «52 programmes pluriannuels de financements bancaires pour des investissements d’un montant total de 718 milliards DA hors hydrocarbures» dont ont bénéficié les entreprises publiques durant les 14 derniers mois. En plus des 43 projets d’investissements totalisant 156 MDA engagés par les entreprises privées après examen du Conseil national de l’investissement (CNI), et des 28 «d’investissements mixtes associant des entreprises algériennes publiques ou privées et des entreprises étrangères», pour un montant 120 milliards DA.

«Au total, et hors du secteur des hydrocarbures, ce sont donc plus de 1.000 milliards DA qui ont été concrétisés depuis Janvier 2010 dans les investissements d’entreprises publiques et privées, de secteurs divers, soit près de 14 milliards de dollars. Cela explique quelque part, le taux de croissance hors hydrocarbures de 6% réalisé l’année dernière», a déclaré Ouyahia.

Ce qui est loin d’être suffisant puisque, ajoute-t-il, «l’Algérie doit aller vers davantage d’investissements économiques pour satisfaire sa demande nationale, créer plus d’emplois, améliorer sa productivité, et augmenter ses exportations en les diversifiant». Ce qui passe inévitablement par «l’amélioration de l’environnement de l’investissement». A ce propos, le Premier ministre a révélé que sur une sollicitation de la Banque Centrale pour évaluer le climat d’affaire, «la Banque Mondiale a classé l’Algérie à la 136e position sur 183 pays». «Cela exige donc une amélioration sérieuse que nous souhaitons réaliser ensemble», a-t-il ajouté, assurant que le gouvernement «sera à l’écoute» des analyses et des propositions des organisations patronales, annonçant également qu’il proposera «l’ouverture d’un chantier commun relatif à l’amélioration du climat des affaires, sur la base des critères identifiés par la Banque Mondiale».

Les 14 propositions de l’UGTA

Intervenant immédiatement après le Premier ministre, le secrétaire général de l’UGTA, Sidi Saïd, qui s’est félicité de la participation du FCE, invitant son président, Réda Hamiani, a être signataire du Pacte national économique et social, a présenté quatorze propositions (dont certaines ont été déjà avancées par d’autres acteurs) de son organisation syndicale pour «développer l’entreprise algérienne».

Parmi ces propositions, on notera celle relative à la «valorisation et la promotion de la production nationale» à travers, notamment, la «relance du crédit à la consommation» destiné à booster la consommation de la production nationale, mais également la réduction de la TVA sur les produits made in Algeria, et «l’instauration d’une TVA plus lourde» sur les importations de produits manufacturés.

Toujours dans le chapitre de «valorisation et la promotion de la production nationale», l’UGTA suggère «l’aménagement des conditions de paiement de l’importation de matières premières et intrants destinés à la production nationale», soit une révision du dispositif de crédit documentaire, ainsi que la «relance des coopératives de consommation» avec une version relookée qui ne laisse place qu’aux produits locaux.

Concernant les marchés publics, l’UGTA préconise de «privilégier l’entreprise algérienne» et de «réduire le recours systématique à l’appel d’offres international, notamment dans les secteurs où les entreprises algériennes sont compétentes».

La Centrale syndicale suggère également la mise en place d’un «Observatoire du commerce» pour arrêter les «dérives» dues notamment à des «situations monopolistiques dans le secteur privé».

Pour «encourager les exportations hors hydrocarbures», l’UGTA propose de créer un «couloir vert» (un dispositif déjà annoncé il y a quelques années par la direction générale des Douanes) pour les producteurs nationaux.

L’UGTA propose également «l’octroi d’avantages significatifs aux porteurs de projets» destinés à la «substitution aux importations». Elle suggère aussi, en plus de la «dépénalisation de l’acte de gestion», la création d’une «commission ad hoc» pour «formuler des propositions concrètes» afin de «lutter contre la bureaucratie dans tous ses compartiments».

Au titre de la 14e proposition, Sidi Saïd a également invité les entreprises privées à «s’inscrire davantage dans le processus du dialogue social (…) en respectant la volonté» des collectifs de travailleurs à «disposer» de leurs représentations syndicales.