Béchar : Des jeunes de Tabelbala fertilisent le désert

Béchar : Des jeunes de Tabelbala fertilisent le désert

Impact24, 06.05.2015

Ils sont une vingtaine de jeunes à défier le désert à 420 km au sud-ouest de Béchar. Ils sont décidés à rendre cette zone aride et désertique fertile. Et au fil des jours, depuis quatre ans déjà, leur rêve devient réalité. Ahmed Messaoud
Smaïl le jeune agriculteur de Tabalbala

L’un d’entre eux, Smaïl, âgé d’une trentaine d’années, dira avoir essayé le commerce et le travail dans le bâtiment. « Puis, je me suis dit que l’avenir est dans l’agriculture, un métier que j’ai appris jeune en travaillant dans le jardin familial. J’ai demandé un lopin de terre et on m’a répondu que toutes les terres cultivables de l’oasis appartiennent à des familles qui les exploitent depuis la nuit des temps. Lorsque j’ai demandé à ce qu’on m’affecte un terrain à mettre en valeur entre Erg Erraoui et l’oasis de Cherayaâ, les gens m’ont pris pour un fou. J’ai alors commencé à en parler avec des jeunes chômeurs de mon âge. Devant le nombre grandissant de demandeurs, la DSA a accepté de nous affecter les lopins de terre. Dix hectares ont été attribués à chacun d’entre nous. Comme les gens d’ici ne s’aventuraient même pas à venir se promener dans cet endroit désert, certains se moquaient de nous voir tenter l’aventure. Il y avait certains qui assuraient qu’on ne tiendrait pas longtemps. Personnellement, j’ai débuté par le forage d’un puits. Lorsque j’ai goûté son eau, j’ai senti que j’allais réussir. Vous voyez les résultats aujourd’hui ».

« J’ai réalisé tout ceci sans aucune aide de l’Etat. »

Smaïl utilise le système du goutte-à-goutte pour irriguer sa terre. Il vient de terminer la cueillette des fèves et des aulx. Il emploie le film en plastique pour lutter contre la prolifération des mauvaises herbes. Il a des rangées de plants de laitue qu’il n’a pas encore repiqués. Une grande partie de son exploitation a été consacrée aux melons cantaloup et aux pastèques. Il soulève des feuilles pour nous montrer avant de dire que d’ici juin, Inchallah, les primeurs seront récoltées. « J’ai réalisé tout ceci sans aucune aide de l’Etat. Tout ce que je demande c’est d’être raccordé au réseau d’électrification rurale qui passe à moins de 10 mètres de mon exploitation. Je fais venir l’électricité par câble posé par terre sur 1.300 mètres. Cela m’a coûté près de 30 millions de centimes. La faible tension du courant électrique, au vue de la distance, ne suffit pas pour alimenter les puissantes motopompes ».

A la vue d’une petite citerne en taule galvanisée qui reçoit l’eau puisée du puits et qui ressort de l’autre côté pour passer dans le tuyau du système du goutte-à-goutte, nous lui avons demandé si cela servait à diluer les engrais. « Non, répondra-t-il, je n’utilise jamais d’engrais chimiques. Je mélange cette eau avec du fumier organique. Je pratique la culture biologique ».

Son voisin, Benaïche, qui cultive la pomme de terre, a tenté une expérience en plantant des pieds de vigne. Il dira avoir fait appel à des pépiniéristes de Boumerdès. « Ils se sont déplacés jusqu’ici pour procéder à cette opération. Ces plants sont greffés. J’ai même suivi une formation à Boumerdès avant de me lancer dans cette culture ». Benaïche dira également avoir bénéficié de l’aide de l’Etat pour réaliser ce projet.

Il montre, lui aussi, le réseau d’électrification rurale qui passe à proximité de son jardin et dira que l’attente dure depuis quatre ans déjà. Et pour bénéficier de l’électricité, Il utilise un câble posé à même le sol sur une distance de 1.400 mètres. Par ailleurs, durant notre séjour à Tabelbala, nous avons remarqué l’absence de logements ruraux dans les périmètres mis en valeur.

A.M