Wikileaks: Quand Bouteflika défend El Gueddafi, Bachar Al Assad et les Al Saoud

Wikileaks. Régimes arabes

Quand Bouteflika défend El Gueddafi, Bachar Al Assad et les Al Saoud

El Watan, 8 septembre 2011

Le président algérien a conseillé les Américains de ne pas s’en prendre à la famille des Al Saoud.

On lui a appris la prière, il a pris le tapis et s’est enfui», a dit le président Abdelaziz Bouteflika au chef du comité des affaires extérieures du Sénat américain, Richard Lugar, lors d’une rencontre à Alger en août 2005, à propos du colonel El Gueddafi. Selon un câble de l’ambassade américaine à Alger, datant du 21 août 2005, révélé par WikiLeaks, le locataire d’El Mouradia faisait allusion au rapprochement entre l’ex-maître de Tripoli avec les Etats-Unis, après la chute du régime de Saddam Hussein en Irak. «Bouteflika a conseillé à Lugar de ne pas traiter avec El Gueddafi comme un président, mais comme un colonel ou comme un leader de la Révolution», est-il rapporté. Bouteflika, d’après la même source, a soutenu le rapprochement entre Washington et Tripoli. Richard Lugar a avoué que son pays appréciait l’abandon par la Libye d’un programme de développement «d’armes de destruction massive».

Dès la prise de Baghdad en 2003 par la coalition, El Gueddadi avait enfoncé le clou en déclarant n’être plus intéressé par la fabrication de missiles. A propos de la Syrie, Bouteflika a confié que l’Algérie était prête à aider les Etats-Unis à normaliser ses relations avec ce pays «d’une manière discrète et modérée». «L’Algérie n’a aucun intérêt direct mais veut seulement avoir ‘’la satisfaction morale’’ d’une réussite», a expliqué le président algérien. Ce sujet n’a jamais été abordé publiquement en Algérie, pays où la politique extérieure est menée d’une façon unilatérale par le chef de l’Etat. Bouteflika est allé plus loin : il a estimé que le soutien de Damas au Hezbollah libanais était un problème. «Le Hezbollah était aussi un parti politique représenté dans le Parlement libanais, mais un parti politique armé. La Syrie pourrait aider en soutenant la transformation du Hezbollah dans un parti politique normal», a proposé le président algérien.

Finalement, Alger est favorable aux positions occidentales et israéliennes, appelant au désarmement du parti de Hassan Nasrallah. Bouteflika a conseillé le sénateur américain de la nécessité de discuter directement avec le président syrien Bachar Al Assad «sans idées reçues» et sans passer par «des intermédiaires arabes» comme «les Egyptiens et les Saoudiens». «Nous devrions offrir des assurances que les Etats-Unis ne cherchent pas à le renverser et que nous étions prêts à offrir le soutien s’il démocratise son régime», a dit Bouteflika. Alger et Washington, même langage ? Bouteflika a même observé que Bachar Al Assad est, à la différence de son père et de son frère, de formation britannique. «Si les Etats-Unis parleraient à Al Assad sans le contrarier, ils le trouveraient prêt à s’engager», a-t-il assuré. Parlant comme s’il était l’avocat du président syrien, Bouteflika a affirmé que Bachar Al Assad (qui mène actuellement une vaste opération de répression contre son peuple) n’était pas «un anti-américain».

Il a même ajouté que Al Assad a engagé «des changements internes». «Les Etats-Unis devraient l’aider. Al Assad voudrait être rassuré directement par les USA», a-t-il plaidé. Bouteflika a, selon le même câble, estimé que Washington ne devait pas négliger les demandes libanaises sur les Fermes de Sheba et syriennes sur le Golan. L’ex-ambassadeur américain, Richard Erdman, qui a assisté à l’audience, a indiqué que la demande libanaise sur les Fermes de Sheba était «une propagande syrienne». «Syriennes ou libanaises, les Fermes de Sheba étaient un territoire occupé. Israël doit s’en retirer», devait répliquer le président algérien. «Bouteflika a aussi averti les Etats-Unis de ne pas penser qu’il avait les mêmes buts au Liban que les Français. La France a cherché à sortir la Syrie pour étendre l’influence française et Chirac a une vengeance personnelle après l’assassinat de son ami Rafic Hariri», est-il rapporté.
Continuant ses plaidoyers, le président algérien a conseillé les Américains de ne pas s’en prendre à la famille des Al Saoud.

«Si Al Saoud tombe, il y aura l’instabilité partout dans la péninsule arabique pendant des années», a-t-il proclamé. Selon lui, le roi Abdallah est un vieil homme. L’idéal serait donc que les Américains attendent l’arrivée de ses successeurs, des hommes instruits dans les universités américaines. «Vous pouvez attendre et leur parler dans la même langue», a-t-il suggéré disant qu’il n’était pas le «défenseur» des Saoudiens «d’autant plus qu’ils ont été impliqués dans le soutien du terrorisme algérien». Le sénateur Richard Lugar a, pour sa part, estimé que pour réformer le système il faut permettre une plus grande participation des citoyens à la vie politique et une meilleure lutte contre le terrorisme. «Les Saoudiens ont besoin de construire rapidement des soutiens populaires et améliorer leur propre stabilité», a-t-il dit. C’était l’occasion pour Bouteflika de «discourir» sur la démocratie. Selon lui, il n’y a pas un modèle universel de démocratie. «Pour que la démocratie prenne racine dans le monde arabe et en Afrique, la culture politique doit être prise en considération», a-t-il affirmé sans oublier de dire que l’Algérie n’était pas… une monarchie.

Fayçal Métaoui