Le pouvoir en Algérie est une affaire de famille

Le pouvoir en Algérie est une affaire de famille

El Watan, 8 septembre 2011

Le pouvoir en Algérie est une question de famille. C’est le constat que fait l’ancien ambassadeur des Etats-Unis, David D. Pearce, dans une note datant de novembre 2008.

«Avec toujours les mêmes familles au pouvoir, comment voulez-vous qu’il y ait un changement ?», lui aurait déclaré le directeur général de Citibank Algérie qui n’imaginait sûrement pas que ces confidences allaient un jour se retrouver sur la Toile. Pour étayer ses dires, ce responsable révélera que le ministre des Finances, Karim Djoudi, est le fils d’un ancien puissant diplomate. «Tous les postes-clés du gouvernement et de gestion de l’économie sont occupés par des protégés et des proches de l’ancienne génération», a confié le DG de la filiale algérienne de Citibank qui était invité à une réception de veillée électorale organisée par l’ambassade US. M. Pearce en tire l’explication sur le statu quo qui subsiste en Algérie sur tous les plans. «Les ministres algériens sont prompts à nous demander une assistance technique pour la formation et l’expansion de la langue anglaise ainsi que la promotion du marché algérien auprès des entreprises américaines. Cependant, le noyau de la bureaucratie algérienne continue à avancer très lentement, incapable de s’adapter aux exigences du marché et à prendre des décisions significatives», observe M. Pearce.

La présence chinoise

Des chefs d’entreprise conviés par l’ambassade à un dîner le 3 novembre 2008 sont, selon lui, unanimes à souligner l’absence d’une vision économique. Ils se seraient plaints du fait que les entreprises soient confrontées à un système opaque et une bureaucratie léthargique et archaïque voire «mortelle». La procédure de lancement de projets après leur annonce par le gouvernement est d’une lenteur telle que souvent les délais de réalisation sont réduits, dissuadant les entreprises américaines et européennes à soumissionner, a ainsi regretté le directeur général de Cisco Systems en Algérie et président de la Chambre américaine de commerce. Même Sonatrach n’échappe pas aux critiques liées à l’absence de vision. Son ancien PDG, Abdelmadjid Attar, qui s’est converti au consulting dans le domaine de l’énergie, aurait ainsi signalé que la gestion de la compagnie pétrolière nationale est devenue opaque. L’entreprise navigue à vue et n’aurait pas, selon ses dires, de plan à long terme de développement et d’exploration du pétrole. L’entreprise aurait conclu par elle-même que les beaux jours de l’or noir sont derrière elle, se consacrant désormais davantage à sa stratégie pour développer l’industrie du gaz, note Attar.

Le câble rendu public cette semaine par WikiLeaks insinue que seules les entreprises chinoises s’adaptent savamment au climat des affaires en Algérie. La deuxième partie de ce document évoque d’ailleurs longuement la présence et l’influence de l’empire du milieu en Algérie. Le président de la Chambre de commerce américaine a souligné que les Chinois «importent» des milliers de travailleurs pour pouvoir répondre aux délais «irréalistes» exigés par les pouvoirs publics algériens. Les Chinois «ne s’embarrassent pas de scrupules pour verser des pots de vin aux agents de l’administration afin d’accélérer la délivrance de documents», a également signifié la même source. Il a raconté que l’un des employés de Cisco lui aurait affirmé que les concurrents chinois «avaient recours aux dessous de table pour disqualifier une offre de Cisco en la rendant moins compétitive».

Nora Boudedja