Les relations Bouteflika-Ouyahia, les confidences de Benflis et l’amateurisme de la Banque d’Algérie

Nouvelles révélations de wikiLeaks sur l’Algérie

Les relations Bouteflika-Ouyahia, les confidences de Benflis et l’amateurisme de la Banque d’Algérie

Yazid Slimani, TSA, 3 septembre 2011

Le site WikiLeaks a publié cette semaine de nouveaux câbles sur l’Algérie. Rédigés par les diplomates américains en poste à Alger, ils n’apportent aucune révélation majeure sur les relations diplomatiques entre les États-Unis et l’Algérie ni sur la vision américaine de la situation en Algérie ces dernières années. Les câbles les plus importants ont en effet été publiés l’année dernière et au début de l’année en cours. En revanche, ces câbles sont instructifs sur les dessous de la politique nationale, notamment sur les relations entre les dirigeants algériens, mais aussi sur la perception qu’ont les étrangers de nos responsables.

Ouyahia-Bouteflika : l’impossible duo

En août 2008, un câble intitulé « le mariage difficile de Bouteflika et Ouyahia » évoque ainsi la nomination d’Ahmed Ouyahia au poste de Premier ministre et ses relations tendues avec le président de la République. Le premier ministre « a beaucoup moins de contact avec Bouteflika que ses prédécesseurs et n’a pas eu un seul face-à-face avec lui durant son premier mois à ce poste », décrivent les Américains. Ils ajoutent, s’appuyant sur une source proche de la présidence, qu’Ouyahia n’a pas non plus rencontré le président de la République avant sa nomination qu’il a apprise par téléphone, confirmant ainsi un article de TSA, dès le 18 juillet 2008. Les mauvaises relations entre le deux hommes ne sont pas un secret et le câble en donne plusieurs exemples. Comme l’absence d’entretien entre eux en dehors des rares conseils des ministres ou des réunions mensuelles du Haut conseil de sécurité.

La charge d’Ali Benflis contre la politique de Bouteflika

L’ex-candidat à la présidentielle de 2004 est plus que discret dans les médias et sur la scène politique nationale. Mais il est beaucoup plus loquace lorsqu’il rencontre les diplomates américains en janvier 2008. Contraint au silence, blacklisté par le camp présidentiel après sa « trahison », Ali Benflis ne se prive pas dans cet entretien de critiquer vivement la politique menée par Abdelaziz Bouteflika, notamment la réconciliation nationale – « quelqu’un qui a commis des massacres ne peut pas être autorisé à revenir dans la société si facilement » –, le système judiciaire ou encore la politique économique – les privatisations ont été « un échec ». Benflis s’en prend même directement au président de la République, accusé de « mettre le feu à la maison » Algérie.

« L’amateurisme » de la Banque d’Algérie

Les banques étrangères, contraintes de travailler avec la Banque d’Algérie, n’ont pas de mot assez dur pour les responsables de l’institution. Dans un câble d’avril 2008, plusieurs dirigeants de ces banques, notamment de la Citibank ou d’ABC, dénoncent une « mentalité policière », mise en place par la Banque d’Algérie, par crainte d’être accusée de faiblesse dans la lutte contre la corruption. Convocation des DG des banques pour assister à des opérations douanières, alors qu’ils auraient pu se faire représenter, travail d’audit des banques mettant en relief « l’amateurisme et l’inefficacité » des procédures de la Banque d’Algérie. Un responsable de la BA, affirme lui-même aux Américains que la Commission nationale des banques est composée de personnes « sans expérience de la banque ».