Dernières révélations par les câbles de Wikileaks

Wikileaks. Révélation d’un responsable de BP

Chakib Khelil est au cœur de la corruption

El Watan, 5 septembre 2011

Les diplomates américains n’ont pas de mots assez durs pour qualifier le comportement de l’ancien ministre de l’Energie dans la gestion de Sonatrach. Ils affirment, crûment, que Chakib Khelil était au «centre de la corruption» de la compagnie nationale d’hydrocarbures.

Dans un mémo daté du 21 février 2010, l’ancien ambassadeur David Pearce rapporte que «ni l’enquête sur la corruption ni le conflit politique qui peut se cacher derrière le scandale ne peuvent se résoudre rapidement, à cause des lenteurs de prise de décision du président Bouteflika».
Dans une discussion avec Akli Brihi, représentant de British Petroleum, il a été souligné que Khelil était «responsable de la culture de corruption à Sonatrach».

Le diplomate américain pointe du doigt le rôle de Reda Hemche, un parent de Chakib Khelil (dont Brihi a déclaré être un neveu, mais dont d’autres ont affirmé qu’il était un cousin) dans les actes de corruption. Le représentant de British Petroleum croit savoir que Mohamed Meziane, ancien PDG de Sonatrach, avait signé de nombreux contrats sous la contrainte. «Brihi, est-il écrit, a indiqué que M. Khelil avait fait un excellent travail en tant que ministre jusqu’à l’amendement de la loi sur les hydrocarbures de 2006». De l’avis du dirigeant de BP en Algérie, Khelil, frustré de ne pas pouvoir libéraliser le secteur, aurait décidé de «rejoindre le système».

Selon ses dires, ce fut après 2006 que Chakib Khelil a installé Hemche et a remplacé des experts compétents et de haut niveau par les «oui-oui»(sic !). S’appuyant sur une conversation avec Akli Brihi, représentant de British Petroleum et Armando Gallego, directeur général de la compagnie ConocoPhillips, l’ancien ambassadeur américain à Alger rapporte que les pratiques de corruption étaient plus liées avec les sociétés de services – à l’exemple de l’entreprise italienne Saipem – et non pas avec des compagnies pétrolières. «La société de services soumettrait une facture gonflée et payait directement des membres de Sonatrach», est-il noté. Il en est ainsi, selon Akli Brihi, du contrat d’un milliard de dollars conclu avec cette société relatif au projet d’Arzew GNL ainsi que du contrat de construction de la nouvelle ville de Hassi Messaoud passé avec la société canadienne Lavalin.

Brihi considère qu’il n’était pas impossible que des entreprises américaines soient impliquées dans ce genre de transactions, mais elles restent prémunies par les contraintes juridiques du Foreign Corrupt Practices Act.Le patron de BP, qui se montre décidément très loquace, estime que le président Bouteflika était un homme intelligent mais qui ne sait pas écouter. «L’énergie n’étant pas son domaine de compétence, explique-t-il, il a abandonné ces questions à Khelil, qui a été l’unique conducteur de la politique énergétique de l’Algérie.»
Amel Blidi


Wikileaks. Les diplomates américains scrutent la politique algérienne

Les plans secrets du DRS et de Bouteflika

Le câble note que la nomination d’Ahmed Ouyahia au poste de Premier ministre aurait été dictée par le général Mediène.

Les diplomates américains semblent prêter une attention particulière à ce que peut penser le puissant chef du Département du renseignement et de la sécurité, le général-major Mohamed Mediène, connu sous le nom du «général Toufik».
Dans un câble daté du 14 mars 2007, le nom de Médiene revient à plusieurs reprises. «L’Algérie a longtemps été gérée par des groupes d’hommes connus collectivement comme ‘’le pouvoir’’», écrivent les diplomates américains. Ces dernières années, il est devenu clair que le «pouvoir» aujourd’hui se compose principalement de Mediène et Bouteflika, est-il noté dans le télégramme en question. Les problèmes de santé du président Bouteflika font que, à en croire le câble, Médiene a plus d’influence sur les orientations futures de l’Algérie.

Se basant sur une discussion tenue avec le député du RND, Abdeslem Bouchouareb, présenté comme un «confident de Ouyahia», les diplomates américains croient déceler quelques-uns des plans secrets du DRS.
Ils voient en Ahmed Ouyahia un successeur éventuel au président Bouteflika, car, glisse-t-on, celui-ci jouit du soutien du patron du DRS. Le fait est, notent les diplomates américains, que le RND est le seul parti politique qui n’a pas été déchiré par des dissensions internes.
A en croire le câble, le président Bouteflika et le général Médiene chercheraient à scinder la classe politique algérienne en deux courants : l’un conservateur-islamiste, dirigé par Belkhadem et l’autre moderniste-nationaliste conduit par Ouyahia.

Islamistes vs modernistes

Ainsi, apprend-on, les démêlés de l’ancien chef du parti El Islah, Abdellah Djaballah, ne seraient pas le fait du hasard. Bouchouareb indique à l’ambassade américaine que cela avait été «planifié depuis quelques années». Il notera au passage, qu’il y avait peu de différence entre Djaballah et Belkhadem, «hormis les vêtements qu’ils portent». Le mouvement de bouguerra Soltani, lui, ne peut résister longtemps sur la scène politique algérienne, croit savoir Bouchouareb, en raison de son «origine étrangère», en référence aux Frères musulmans égyptiens. Quant aux «gauchistes» du FLN, ils auraient tous rejoint le Parti des travailleurs, transformant le FLN en un parti conservateur et islamiste. Le scénario écrit par le président de la République et du chef de la sécurité se déroulerait ainsi comme prévu. «Ceux qui sont derrière le rideau (c’est-à-dire Médiene, précise le câble) veulent voir le RND prendre le volant», aurait conclu Bouchouareb.

S’appuyant sur les dires d’Ismaïl Chikhoune, qui dirige le forum d’affaires algéro-américain, le câble note que la nomination d’Ahmed Ouyahia au poste de Premier ministre aurait été dictée par le général Médiene. Dans une autre conversation avec le secrétaire général de l’UDR, Amara Benyounes, il a été dit que Médiene pousserait Ahmed Ouyahia à démissionner de son poste de Premier ministre immédiatement après les élections législatives de mai 2007 afin de renforcer sa place de leader du RND et de successeur de Bouteflika. Mais là, au moins, les prévisions de Benyounes se sont révélées fausses.

Amel Blidi


Election présidentielle 2009

L’ambassade américaine avait remarqué des incohérences

Sans surprise, le président algérien Abdelaziz Bouteflika a été réélu pour un troisième mandat le 9 avril dans une élection soigneusement chorégraphiée et largement contrôlée», indique un câble de l’ambassade états-unienne daté du 13 avril, publié par WikiLeaks.

L’élection présidentielle de 2009 a été suivie avec intérêt par la représentation diplomatique américaine à Alger. «Selon les observations informelles de l’ambassade, la majorité des stations de bureaux de vote étaient vides à travers la capitale. Les estimations de participation se situent entre 25 et 30% de votants.» Selon le câble, «le rapport de Zerhouni est exagéré». «La télévision d’Etat (ENTV) et les journaux du régime, comme El Moudjahid, ont présenté des images de foules d’électeurs faisant la queue devant les bureaux de vote d’Alger.

Certains de nos employés locaux ont signalé que les foules d’électeurs apparaissant dans les médias d’Etat portent des habits d’hiver, alors que le 9 avril, il faisait généralement beau et ensoleillé. Ce qui suppose que les responsables ont utilisé des images d’archives antérieures aux élections», font remarquer les observateurs travaillant pour le compte de l’ambassade américaine. Plus loin, la note indique qu’«une employée de l’ambassade a communiqué par téléphone avec un agent d’un bureau de vote. Ce dernier a affirmé avoir reçu une instruction du ministère de l’Intérieur pour gonfler les chiffres des bulletins de vote déposés au cours de la journée».

La note de l’ambassade rapporte les accusations du RCD qui avait dénoncé «le transport en autobus des électeurs loyalistes, et ce, par le ministère de l’Intérieur». Saïd Sadi avait de son côté indiqué à l’ambassade, le 11 avril, que «le résultat de l’élection était brejnévien». Le représentant de l’ONU lors des élections, Abdool Rahman, avait déclaré que «sa mission était entravée par le gouvernement algérien».
Ce dernier s’est plaint à Tizi Ouzou lorsque son «équipe onusienne eut été forcée d’assister à une mise en scène d’une réunion de la société civile et à écouter les déclarations sur l’équité de l’élection». Abdool Rahman a déclaré que «son staff n’a pas voulu commenter les élections publiquement».

B. M.


Wikileaks. Charte pour la réconciliation nationale

Larbi Belkheir n’était pas «enthousiaste»

Le général-major Larbi Belkheir, ancien chef de cabinet du président Abdelaziz Bouteflika, n’était pas enthousiaste pour la charte pour la paix et la réconciliation nationale adoptée par référendum le 29 septembre 2005.

C’est ce qui est révélé dans un câble classé confidentiel de l’ambassade américaine à Alger datant du 12 septembre 2005. En dépit de ses réserves, jamais exprimées en public, Larbi Belkheir a confié à l’ambassadeur Richard Erdman que le référendum sur la charte avait pour but de «se déplacer au-delà des divisons causées par plus d’une décennie de terrorisme, isoler et affaiblir ces terroristes dans le maquis». Il a expliqué, qu’une fois votée, la charte (toujours en vigueur grâce à une extension juridique datant de février 2006) pourra donner «un appui» au gouvernement pour prendre «toutes les mesures» devant «promouvoir» la réconciliation nationale. «Elle offrira toute la flexibilité nécessaire pour les autorités. Il est erroné de penser que des étapes majeures seront franchies tout de suite. Il ne serait pas facile pour plusieurs personnes de pardonner et d’oublier», avait-t-il confié. Il avait reconnu que le processus de réconciliation était sensible et difficile à mener. D’après l’ancien militaire, les Algériens étaient «prêts» à tourner la page, y compris 80% des familles des personnes victimes de disparitions forcées.

L’ambassadeur Richard Erdman a, d’après le même câble, remarqué que des Algériens, y compris au sein même du gouvernement, avaient perçu le référendum comme «un jeu» dont l’impact sur l’action terroriste n’était pas assuré. Larbi Belkheir devait répliquer que les autorités savaient déjà que l’adoption de la charte n’allait pas mettre fin au «terrorisme résiduel». «Cependant, la charte affaiblirait le réseau de soutien des terroristes en convainquant plusieurs de retourner à la société. Elle permettrait aussi pour les anciens partisans du FIS, qui ont quitté le pays et qui n’ont commis des actes de terrorisme, de retourner en Algérie, pourvu qu’ils ne se soient pas engagés dans la politique», avait expliqué le général.

Pour sa part, l’ambassadeur américain avait rappelé que d’autres pays, qui avaient fait face à des tragédies similaires avec l’existence de cas de disparitions forcées, avaient pris compte de la nécessité de rétablir la vérité et d’assurer la justice dans les processus de réconciliation nationale. «L’expérience historique a montré que sans ces éléments, la réconciliation nationale réelle ne peut pas avoir lieu. Ces questions ne sont pas claires dans la charte», avait-il observé. Larbi Belkheir avait, en guise de réponse, estimé que le processus se déroulerait progressivement. «Il n’y aurait pas d’impunité. Le référendum n’était pas qu’une amnistie générale, mais un pardon dans certaines circonstances pour certaines catégories», avait-il expliqué.
Fayçal Métaoui


Paris et les ambitions politiques de Saïd Bouteflika

Les Français ont tenté de limiter la circulation d’informations relatives à la vie privée et aux ambitions politiques de Saïd Bouteflika, frère et conseiller du président de la République, selon un câble de l’ambassade américaine à Paris, classé secret, datant de décembre 2009, et rendu public, fin août 2011, par WikiLeaks.

Citant Anne-Claire Legendre, qui occupe actuellement le poste de chargée de mission auprès du directeur pour les affaires européennes au ministère français des Affaires étrangères, et qui est qualifiée de «contact fiable», le câble relève que Saïd Bouteflika a commencé à avoir «un rôle de plus en plus significatif» dans la vie politique algérienne depuis qu’il a dirigé la campagne électorale de son frère lors de la présidentielle de 2009. «Il a travaillé étroitement avec les leaders du RND, avec des technocrates laïcs et des hommes d’affaires», est-il indiqué.
On s’est interrogé si cette «association» allait aboutir à «quelque chose». «Mais, Saïd Bouteflika reste vraiment un homme d’ombre», est-il remarqué, soulignant que Saïd Bouteflika a fait campagne, à la faveur de celle de son frère, pour «l’aministie générale».

«Une idée applaudie par les islamistes, refusée par les laïcs», est-il noté. Anne-Marie Legendre n’a pas écarté la thèse que les frères Bouteflika préparaient un soutien à la succession présidentielle parmi l’élite algérienne. Des frères qui ont «remarquablement» réussi à freiner l’accès du public à des informations sur leur vie privée et leurs actions politiques. «En plus de leur préférence forte pour le secret et la discrétion, les frères Bouteflika peuvent avoir une autre motivation pour dissimuler leurs plans de succession : un désir de construire le support parmi l’élite de l’Algérie, qui reste soupçonneuse à n’importe quelle tentative de personnaliser la Présidence», est-il noté. Il est observé que le culte de la personnalité est étranger à la tradition politique algérienne. Anne-Claire Legendre a confié que les Algériens se sentent «d’une façon ou d’une autre» supérieurs à leurs voisins nord-africains, y compris le Maroc, la Libye, la Tunisie et même l’Egypte, où les leaders étaient déterminés pour assurer la succession au pouvoir à un parent (une tradition désormais balayée par les révoltes arabes).

Révision de la constitution

Selon la diplomate française, la révision partielle de la Constitution en 2008, qui a supprimé la limitation des mandats présidentiels et qui a permis à Bouteflika de rester au pouvoir, a choqué les Algériens. Anne-Claire Legendre a confié n’être pas sûre de la volonté de Saïd Bouteflika de lancer un nouveau parti. «Mais, il pourrait avoir orchestré des rumeurs sur cette possibilité, une sorte de ballon-sonde pour mesurer la réaction publique. Une réaction négative forte pourrait persuader Abdelaziz Bouteflika d’abandonner l’idée», a-t-elle confié. D’après elle, le FLN et le RND ont, dès le départ, considéré «le parti» de Saïd Bouteflika comme «une menace». Les opposants à ce projet pourraient venir, selon la même responsable, des leaders des formations de Abdelaziz Belkhadem et Ahmed Ouyahia, des leaders de l’armée ou des services secrets.

«Ils peuvent chercher à rendre public le parti politique possible de Saïd pour y engendrer une réaction négative», a-t-elle noté. Selon la même source, Abdelaziz Bouteflika a échoué à créer le poste de vice-président de la République. Ce poste devait être «constitutionnalisé» à travers la révision partielle de la loi fondamentale en 2008. Il est relevé que Saïd Bouteflika était candidat de «premier plan» à ce poste. Candidature qui, d’après la même source, a été rejetée par les militaires et les chefs des services secrets. Le refus est motivé par le fait que le frère du Président sera mis, de par le poste, en première ligne pour lui succéder au palais d’El Mouradia. La thèse d’une relance du projet par le chef de l’Etat n’a pas été écartée. Anne-Claire Legendre n’a pas manqué de faire une comparaison entre les deux frères Bouteflika et a observé que Saïd a évolué dans une génération différente de celle de Abdelaziz (20 ans les séparent en âge).

Elle a remarqué que l’analyse de Abdelaziz Bouteflika est marquée par la période révolutionnaire, les crises régionales des années 1970 et le bouleversement social des années 1980. Ce n’est pas forcément le cas pour Saïd Bouteflika. Par ailleurs, et selon le même câble, le gouvernement français a limité l’accès aux informations sur l’état de santé de Abdelaziz Bouteflika et ses frères. Les Bouteflika se font souvent soigner, ou entretenir la forme, à Paris. Il est relevé aussi que les journalistes algériens ont adopté de l’autocensure concernant le traitement des nouvelles liées au «clan Bouteflika» (terme utilisé dans le câble).

Fayçal Métaoui


Un câble WikiLeaks commente le soutien des anciens du FIS au Président

«Les islamistes ne mordent pas la main qui les nourrit»

Rabah Kébir, président de l’ex-instance exécutive du FIS à l’étranger, Anouar Haddam, ancien dirigeant de l’ex- FIS, et Madani Mezrag, émir de l’organisation terroriste AIS, bras armé du FIS, sont au cœur d’un des derniers câbles publiés cette semaine par WikiLeaks sur l’Algérie.

 

A l’origine de cet intérêt porté à ces trois personnalités islamistes par la diplomatie américaine, des entretiens qu’ils ont tous trois accordés à la presse en août 2006, où ils exprimaient leur soutien au président Bouteflika et à la charte pour la réconciliation nationale. «Dans leurs interviews, ces dirigeants islamistes ont pris soin d’éviter les critiques contre le président Bouteflika, estimant apparemment qu’il n’est pas approprié de mordre la main qui les nourrit», est-il noté dans ce câble.

L’intérêt de ce mémo réside justement dans les commentaires faits par le diplomate qui souligne son incompréhension de voir Mezrag, qui vit en Algérie, «libre de donner des interviews à la presse sur des questions politiques, tout en étant au courant des restrictions de la charte et des mises en garde que les responsables gouvernementaux ont eues envers Mezrag et les autres. Le diplomate interprète ainsi le comportement de ces trois hommes comme une tentative de repousser les limites des hommes politiques en place». Le câble fait également référence à «des commentaires de responsables FLN qui révèlent l’incertitude qui persiste dans les rangs du gouvernement sur la façon de gérer ce genre de comportement», à l’époque de la rédaction de ce câble (septembre 2006).

Fella Bouredji


Ghozali désapprouve la méthode Bouteflika

«Le directeur général des Douanes, qui a récemment rencontré Ghozali, lui a révélé que 70% des cadres supérieurs des Douanes ont été corrompus». C’est ce qui ressort d’un câble de l’ambassade américaine à Alger, publié par WikiLeaks.

Lors d’une discussion entre l’ancien Premier ministre, Sid Ahmed Ghozali, et l’ex-ambassadeur Richard W. Erdman, divers sujets ont été abordés par les deux hommes. On apprend que Ghozali était, ou l’est toujours, contre le projet de réconciliation nationale prôné par Abdelaziz Bouteflika. «Il ne pourrait y avoir de pardon sans un effort sincère pour établir la vérité, et sans pardon il ne pourrait y avoir de réconciliation», révèle la note du diplomate américain. «Ghozali a déclaré qu’il voterait contre le référendum sur la réconciliation nationale prévue le 29 septembre 2005… Il a affirmé que la concorde civile de 1999 a été présentée au peuple comme l’étape nécessaire pour en finir avec le terrorisme et afin de créer l’unité nationale», est-il transcrit par l’ancien chef de mission américaine à Alger.

Ghozali justifie sa position en expliquant au diplomate américain que «contrairement à l’Afrique du Sud, l’Algérie n’a pas affronté les faits et n’a pas cherché la vérité de ce qui s’est passé pendant les années sombres du terrorisme». Par ailleurs, Sid Ahmed Ghozali juge que «la campagne anti-corruption du gouvernement algérien est un théâtre».
Concernant la corruption au sein de la compagnie Sonatrach, il la qualifie de «spectacle pour la presse». Sur le même point, Ghozali a déclaré à l’ambassadeur que «la corruption est endémique en Algérie». Il reproche au gouvernement de ne pas «s’attaquer à la racine du problème, à savoir les bas salaires des fonctionnaires».

Quant au volet économique, l’ancien Premier ministre pense que si «le gouvernement avait un véritable plan de réformes économiques, il aurait dépensé les réserves financières de l’Algérie pour la préparation de l’avenir. Le rythme des réformes est lent et moins décisif, contrairement aux désirs des réformateurs». Il estime que «le gouvernement algérien manque de vision». «Les pouvoirs publics ont fait des efforts pour privatiser les entreprises. Mais, malheureusement, le monopole privé a remplacé le monopole public dans des domaines importants, tels que les produits pharmaceutiques et le sucre», a-t-il observé. Toutefois, l’ambassadeur Erdman voit en l’analyse de Ghozali comme une «critique simpliste». Il a ajouté dans sa note que «malgré son intelligence et sa candeur, Ghozali ne s’est pas distingué durant sa brève période en tant que Premier ministre, entre 1991 et 1992».

Le câble décrit également la personnalité de Ghozali. «Il est généralement considéré comme le technocrate parfait. Avec son nœud papillon et son style débonnaire, il souffre du complexe de l’Algérien occidentalisé.»
Le câble met en relief l’admiration de Ghozali pour «la Constitution des Etats-Unis, même s’il n’est pas d’accord avec de nombreuses politiques américaines».
Enfin, Erdman croit que «les Algériens pourraient être plus réceptifs aux idées de Ghozali si le gouvernement algérien, qui contrôle la télévision et les radios, lui permettait d’apparaître devant la caméra ou derrière un micro».

Mehdi Bsikri


Benflis : «Bouteflika a mis le feu en la demeure»

Parmi les nouveaux câbles diplomatiques publiés cette semaine par WikiLeaks, un mémo entier est consacré à l’ex-candidat à la présidentielle de 2004, Ali Benflis.

Dans sa logique de «voyeurisme politique» extrêmement bien documenté, la diplomatie américaine permet ainsi d’en savoir un peu sur cet homme du système, aujourd’hui réduit au silence. Lors d’une rencontre avec les diplomates américains le 5 janvier 2008 à Alger, Ali Benflis a justement sévèrement critiqué la politique menée par Bouteflika.
Il soutenait à cette époque que l’Algérie ne cesse de s’éloigner de l’idéal démocratique, insistant sur l’instabilité nationale que provoque la politique de réconciliation nationale et la corruption grandissante dans les plus hautes sphères du pouvoir. Il cite notamment le désespoir ignoré de la jeunesse algérienne ainsi que l’échec économique du gouvernement pour témoigner de cette instabilité grandissante dans laquelle s’engouffre le pays.

En s’épanchant sur tout le mal qu’il pense de la politique de Bouteflika, il décrit notamment la stratégie perfide qu’a le gouvernement d’entretenir une apparence de pluralisme et d’ouverture en encourageant des partis tels que le FNA de Moussa Touati. Benflis, qui a été ministre de la Justice à la fin des années 1990, a longuement parlé de l’état de la justice algérienne également. «Le système judiciaire est utilisé par l’Etat pour régler ses comptes individuels et protéger les intérêts, et non pas pour servir les citoyens», a-t-il déclaré au diplomate américain en citant l’exemple de l’affaire Khalifa. «Il est impossible que justice soit faite lorsque l’on sait que le ministre de la Justice lui-même est personnellement impliqué», a-t-il ajouté. Condamnant la politique de réconciliation nationale qui cultive l’impunité, il a insisté sur le fait qu’«une personne qui commet un massacre ne peut pas être autorisé à revenir dans la société si facilement».

Benflis a conclu cette entrevue en accusant Bouteflika d’avoir mis «le feu en la demeure».
Le silence médiatique de Benflis, souligné avec insistance dans ce câble, a ainsi été présenté dans ce mémo comme «une réserve stratégique». «Il éviterait de s’exprimer en public justement pour préserver sa position politique dans l’espoir de voir les généraux frapper de nouveau à sa porte», rapporte ce câble rédigé en janvier 2008 mais qui colle encore à l’actualité politique inchangée de l’Algérie de 2011.

Bouredji Fella


«Bouteflika et Ouyahia ont besoin d’un thérapeute de couple»

Le «mariage professionnel forcé» du président Bouteflika et de son Premier ministre tangue au gré des tempêtes.

Le couple souffre, selon un câble diplomatique américain daté du 21 août 2008, d’un manque flagrant de communication. Les diplomates américains disent, non sans humour, vouloir chercher un thérapeute de couple pour le président et son Premier ministre.
Une source fiable à la Présidence aurait ainsi confirmée à l’ambassade américaine le 18 août 2008, que le président Bouteflika a informé Ahmed Ouyahia de sa nomination au poste de Premier ministre «par téléphone» et que les deux hommes forts de l’Algérie limitent les contacts au maximum. Abdelhamid Bakli de l’Institut national d’études globales et stratégiques (INESG), un think tank rattaché à la Présidence, aurait ainsi affirmé aux diplomates qu’il n’y a «pas d’atmosphère lune de miel» entre les deux hommes, qui «n’ont pas d’affinités naturelles ou des valeurs communes».

Amel Blidi


Il représentait le courant laïc algérien

La nomination de Bejaoui bien accueillie par l’ambassadeur américain

Il était temps pour l’établissement diplomatique algérien d’être dirigé par un vrai diplomate et non par un renégat du FLN ou du RND», révèle un câble de l’ambassade américaine à Alger, daté du 2 mai 2005, suite à la nomination de Mohammed Bejaoui à la tête des Affaires étrangères.

Selon le câble, Larbi Belkheir avait indiqué que «Bejaoui avait été choisi en raison de son expérience internationale considérable et l’excellente image qu’il projette pour l’Algérie».
Dans le commentaire, l’ambassadeur affirmait qu’«à 76 ans, Bejaoui jouit d’une stature internationale et sa nomination est bien accueillie par l’ambassade». «Il est aussi un grand admirateur des Etats-Unis et possède une copie de la Déclaration d’Indépendance américaine sur son mur d’étude», poursuit-il.

«Bouteflika pourrait utiliser Bejaoui pour projeter une image de compétence, de respectabilité et de modération sur la scène mondiale», notait l’ambassadeur de l’époque, en l’occurrence Erdman.
Il estimait que «compte tenu de son expérience internationale, Bejaoui sera le miroir de la vision laïque algérienne dans le monde, contrairement à son prédécesseur, l’islamiste conservateur Belkhadem».

B. M.