Wikileaks – Le gel de la privatisation du CPA, un autre « caprice » d’Alger

Wikileaks – Le gel de la privatisation du CPA, un autre « caprice » d’Alger

Oussama Nadjib, Maghreb Emergent, 03 Septembre 2011

Fin décembre 2007, le gouvernement algérien, à la surprise générale, décidait de suspendre l’opération de privatisation du Crédit Populaire d’Algérie (CPA). La mesure avait été prise après des défections successives de trois des six banques en course, l’espagnole Banco de Santander, l’américaine Citibank, et le Crédit Agricole. Un câble de l’ambassadeur Robert Ford, révélé par Wikileaks, fait le point sur une décision vue par des opérateurs étrangers comme une nouvelle preuve de « l’imprévisibilité du climat des affaires ».

Le gouvernement algérien avait justifié sa décision de suspendre la privatisation par « ‘l’impact non encore évalué de la crise internationale des crédits hypothécaires ». A la suite de la défection des trois banques, il ne restait plus en lice que des trois banques françaises: BNP Paribas, Natixis-Banque Populaire et Société Générale. La suspension est devenue par la suite définitive. Mais la décision, était déjà selon un câble de l’ambassadeur américain Robert Ford daté de fin décembre 2007, le signe de la fin des privatisations en Algérie dans un « avenir prévisible ». Selon l’ambassadeur, cette mesure soulève de « nouvelles questions graves » sur la volonté du gouvernement algérien de mener des réformes. La décision est « brutale » et elle est perçue, selon le câble, par des sociétés étrangères comme un nouvel exemple des « caprices du gouvernement algérien » et de « l’imprévisibilité de l’environnement des investissements ».

Selon le rapport, le gouverneur de la Banque d’Algérie, Mohamed Leksaci a déclaré le 4 décembre 2007 à l’ambassadeur américain que le retrait de la Citibank et du Crédit Agricole avait causé un « choc » et que les autorités financières craignaient que le CPA ne soit pas cédé à un prix « équitable ». Le rapport cite Kamel Driss, dirigeant de la Citibank Algérie qui indique avoir informé le ministre des finances algérien que la banque ne soumissionnera pas. Il a assuré que cette décision n’avait rien à avoir avec la crise des subprimes ou avec des difficultés financières.

Une préférence pour Citibank

La Banque ne pouvait tout simplement pas « faire une acquisition majeure sans une présence permanente du PDG sur place ». Kamel Driss a indiqué également que quelques jours avant son retrait, un « proche de Djoudi » lui avait indiqué que le gouvernement préférait voir Citibank l’emporter afin d’accroitre « l’influence américaine » et de bénéficier de l’expertise financière de la banque.

Kamel Driss qui estime que la décision de ne plus privatiser le CPA a été prise dans le « cercle de la présidence » s’est inquiété du fait que l’échec pourrait conduire à renoncer totalement à la réforme. Le câble souligne que pour la communauté des hommes d’affaires, le renoncement à la privatisation est une autre preuve que « le climat de l’investissement demeure imprévisible en Algérie et que le gouvernement continue d’agir de manière arbitraire ».

Une décision à l’impact plus grave que le terrorisme

Plusieurs compagnies américaines ont souligné au cours d’une réunion organisée le 27 décembre par l’Overseas Security Advisory Committee (OSAC ou comité consultatif de securité exterieure) que la décision de « geler la privatisation du CPA fera plus du mal pour décourager les investissements étrangers en Algérie que les attaques terroristes depuis décembre 2006 ».

Dans son « commentaire » l’ambassadeur souligne l’impact de la mesure sur le climat des investissements. Il indique avoir exhorté les autorités algériennes à expliquer de manière détaillée les critères retenus pour stopper la privatisation. Il leur a demandé également de livrer les critères qu’ils retiendront pour la relancer afin de contribuer à résoudre le problème de crédibilité. La « médiocrité » du système bancaire algérien est l’une des plus grandes entraves au développement du secteur privé, estime l’ambassadeur.