Wikileaks: Les contrats d’armement algériens vus de Moscou

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Les contrats d’armement algériens vus de Moscou

Le Soir d’Algérie, 12 septembre 2011

Lors de sa visite d’Etat à Alger, le 10 mars 2006, Vladimir Poutine, alors président de la Fédération de Russie, a signé un contrat d’armement avec l’Algérie d’une valeur de 7,5 milliards USD. Le contrat continue d’alimenter la chronique en Algérie comme en Russie, à cause notamment des bombardiers MiG-29 fournis à l’Algérie et qui ne répondaient pas aux normes requises.
Lyas Hallas – Alger (Le Soir) – La livraison est à l’origine d’un incident ayant occulté, deux ans après, l’essentiel de la visite de Bouteflika à Moscou. «Les discussions entre Bouteflika et Poutine ont été axées sur les questions économiques et non pas militaires. Les Algériens ne voulaient pas faire de l’ombre à la visite du président Bouteflika à Moscou. Les deux parties sont parvenues à un accord au sujet des MiG-29 dont les termes sont confidentiels. Mais l’histoire révélée à la presse russe qui a spéculé sur cette question était un signe de détérioration des relations entre les deux pays. Pour être franc, les rapports de la presse sont exacts sur de nombreux détails», révèle Leonid Barkovsky, conseiller principal chargé des affaires du Moyen- Orient et l’Afrique du Nord près du ministère des Affaires étrangères.

Un deal entre Bouteflika et Poutine ?
Ce sont plutôt les considérations du jeu politique interne à chacun des deux pays qui ont prévalu dans la signature dudit contrat. «Le président algérien a autorisé cette dépense pour protéger son dos, en obtenant des ‘‘jouets pour ses garçons militaires’’ (toys for his military boys, Ndlr)», commente Konstantin Makiyenko, directeur adjoint du Centre russe des analyses stratégiques et des technologies (CAST) qui spéculait sur des divergences entre le président Bouteflika et de hauts gradés de l’institution militaire. «L’affaire serait une tentative de les acheter», conclut-il. Même si les négociateurs algériens ont posé la question de l’effacement de la dette comme une condition à la signature du contrat. «Si la Russie avait insisté pour le recouvrement de sa dette, les contrats n’auraient peut-être pas été signés», souligne-t-il. L’accord est néanmoins «gagnant-gagnant», estime Aleksandr Golts, rédacteur en chef adjoint du Yezhenedeliny Zhurnal. «L’Algérie allait rembourser la dette de toute façon. Mais l’accord bénéficiant aux Algériens, qui ont vu leur dette effacée, est profitable à la partie russe. L’industrie militaire maintiendra ses lignes de production en marche et des milliers d’emplois devront être préservés. Le camp de Poutine pourrait en tirer de grands dividendes à l’approche des élections présidentielles de 2008». Lecture plutôt approuvée par le vice-président de la commission de la défense de la Douma (Parlement russe) : «Le contrat profite amplement au complexe militaro-industriel russe. L’Algérie est un bon marché pour la Russie du moment que ça ne suscite pas les mêmes sensibilités politiques si les Russes vendent des armes à l’Iran, la Syrie ou le Venezuela. La Russie n’a pas d’intérêts vitaux en Afrique du Nord et son approche est commerciale.»

MiG, le grand bénéficiaire
Les citations sont puisées dans deux câbles de la diplomatie américaine, mis dernièrement en ligne par Wikileaks. Le premier émanant de l’ambassade des Etats-Unis à Alger datant de mars 2008, au lendemain de la visite de Bouteflika effectuée en février 2008 à Moscou. Le deuxième émanant de la mission diplomatique US à Moscou et datant de 2006, parle des résultats de la visite de Poutine à Alger, deux années plus tôt. Une visite au cours de laquelle la partie algérienne a matérialisé des accords de coopération signés en 2001 à Moscou par un gros contrat d’armement. Le contrat porte sur l’effacement de la dette algérienne de 4,7 milliards USD qu’elle devait à la Russie en contrepartie de l’achat par l’Algérie d’avions militaires (36 MiG-29, 28 SU-30, 14 jets d’entraînement Yak-130), un système de défense aérienne du territoire et 250 chars d’assaut. Les avions à eux seuls totalisent 3,5 milliards USD. «Ce contrat devrait relancer le constructeur MiG qui souffre ces dernières années de la concurrence de Sukhoy, plus compétitif que MiG sur le marché russe», fait remarquer Konstantin Makiyenko.
L. H.