Révélations Wikileaks: Quelles conséquences sur la vie institutionnelle nationale ?

RÉVÉLATIONS DE WIKILEAKS

Quelles conséquences sur la vie institutionnelle nationale ?

Le Soir d’Algérie, 6 septembre 2011

Quelles incidences les câbles diplomatiques mis intégralement en ligne par Wikileaks pourraient-ils avoir sur les équilibres politiques et institutionnels en Algérie et dans le reste des pays du monde où les personnels politiques se sont laissés aller à la confidence dans les ambassades américaines ? Assurément, moins chaleureuses seront les accolades entre les «bavards» et ceux dont la confiance s’en est trouvée trahie.

Sofiane Aït Iflis – Alger (Le Soir) – On imagine déjà la moue de la ministre de la Culture en découvrant que son assistante a trahi un secret d’alcôve, en révélant au diplomate américain l’identité du véritable ordonnateur de l’interdiction d’édition du livre Le journal d’un homme libre du journaliste et écrivain Mohamed Benchicou. La ministre de la Culture, on s’en souvient, avait pris sur elle d’assumer la décision d’interdiction du livre. Ce qui s’est avéré faux, après avoir lu les confidences de son assistante au diplomate américain : l’ordre est venu de Noureddine Yazid Zerhouni, à l’époque puissant ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales. Il va sans dire que, après cela, la collaboration entre la ministre de la Culture et son assistance ne sera plus ce qu’elle a été. Il y a comme une confiance trahie. Car il paraît invraisemblable que ce soit la ministre de la Culture elle-même qui ait recommandé à son assistante de briefer les Américains sur l’identité du véritable ordonnateur de la censure du livre de Benchicou. On voit mal, par ailleurs, ce haut responsable du RND jouir encore de la confiance de son chef au parti et néanmoins Premier ministre Ahmed Ouyahia, après avoir été dire aux diplomates américains que ce dernier est l’homme du général Mohamed Mediene dit Tewfik auquel il doit, selon Bouchouareb, sa nomination en tant que Premier ministre. L’information livrée par Bouchouareb aux Américains relève, étant donné le contexte politique algérien, du secret d’Etat, puisque c’est un proche de Ahmed Ouyahia qui atteste de la bivalence du pouvoir en Algérie. Des bavardages en roue libre du genre de ceux dont s’est rendu auteur ce haut cadre ont de quoi nuire à la relation entre deux hommes qui, jusque-là, se prévalaient d’une amitié des plus solides. Car il ne plairait certainement pas à Ahmed Ouyahia de se voir désigner par un de ses plus proches collaborateurs au RND comme «l’homme des généraux » et que sa nomination à la tête de l’exécutif n’est dictée en vérité que par le seul besoin de l’équilibre politique entre islamo-conservateurs proches incarnés par le FLN et les nationalistes modernistes que le RND est censé représenter. Il est vrai que lorsque le personnel politique algérien lâchait bride devant les diplomates américains il était loin de s’imaginer que cela allait être rendu public un jour, du moins plus tôt qu’il l’aurait imaginé. Les câbles diplomatiques, que d’aucuns peuvent désormais lire à loisir grâce à Wikileaks, revêtaient un cachet confidentiel et, du coup, n’étaient pas destinés à être rendus publics, du moins pas de sitôt. Mais il y a cette fuite, organisée, assurément, qui les a dépossédés désormais de ce caractère. Du coup, beaucoup s’en voudraient d’avoir été par trop diserts. Reste maintenant à savoir si, après les révélations de Wikileaks, des carrières politiques seraient contrariées. S’il advient, cela ne passera pas inaperçu.
S. A. I.