Condoleeza Rice en guest-star à Alger

Algérie-USA

Condoleeza Rice en guest-star à Alger

El Watan, 6 septembre 2008

La secrétaire d’Etat américaine, Condolezza Rice, sera ce matin – enfin ! – à Alger.

Même si elle n’a pas forcément bonne presse en Algérie, son statut de chef de la diplomatie de la première puissance mondiale fait d’elle une personnalité attendue et désirée chez nous et chez nos voisins immédiats. Eh oui, ce n’est pas tous les jours qu’un haut responsable américain condescend à faire un crochet en Afrique du Nord ! C’est pourquoi l’arrivée de « Conddy » – même en fin de mission au Département d’Etat – devrait fouetter l’ego des responsables de nos pays qui pourront toujours accrocher ce crochet nord-africain de Rice dans leurs tableaux de chasse diplomatiques en guise de trophée de guerre.

Pour le reste, Condoleeza Rice ne ramène rien de particulier dans ses bagages durant ce voyage furtif, mis à part quelques mots doux – leurres – qu’elle va distribuer à la carte et à ses quatre hôtes. Le Maghreb, pour des raisons historiques et géopolitiques, n’a jamais été un précarré américain pas plus qu’il ne le deviendra un jour. Les yeux de l’Oncle Sam sont toujours tournés vers l’Orient où l’odeur du pétrole sent beaucoup plus fort qu’au Maghreb. Que la secrétaire d’Etat américaine fasse 20 allers-retours au Proche-Orient en une année et seulement un aller… simple au Maghreb dénote la place qu’occupe l’Algérie, le Maroc, la Tunisie et la Libye dans la pyramide des priorités de l’Administration américaine. Le fait est que jamais un président des Etats-Unis n’a fait ne serait-ce qu’une escale dans l’un des ces pays, pas même un vice-président, mis à part George Bush le père venu en Algérie en cette qualité. Le Maghreb est si loin des States qu’il ne vaut pas le détour aux yeux de l’establishment de Washington. Un aller simple…

Il est significatif de noter que l’Administration américaine si prompte à « corriger » des pays qui contrarient ses desseins, avec ou sans l’ONU, s’est montrée très molle à l’égard du règlement du dossier sahraoui. Avec tout leur poids au sein des Nations unies, les USA n’ont pas été jusqu’à imposer un référendum d’autodétermination au Maroc pourtant revendiqué par James Baker, l’un des prédécesseurs de Condolezza Rice. Ils n’ont pas non plus tenté d’imposer le plan d’autonomie du Sahara proposé par le Maroc qu’ils ont pourtant soutenu. C’est que les Etats-Unis n’ont strictement aucun intérêt à se mettre à dos l’un des pays du Maghreb. Un Maghreb qui, au pire, sert d’espace de transit pour les troupes américaines vers le Golfe et au mieux, un allié inconditionnel dans la lutte contre Al Qaïda dans la sous-région sahélo-saharienne. Passons sur les dividendes économiques que peuvent tirer les Etats-Unis d’une relation apaisée avec l’Algérie, le Maroc, la Libye et à un degré moindre la Tunisie. De par leurs potentiels énergétiques immenses, l’Algérie et la Libye jouiraient d’une carte de visite plus clinquante aux yeux de l’Oncle Sam qui souhaite se mettre à l’abri d’un choc pétrolier ou gazier dont le conflit russo-géorgien constitue peut-être une étincelle. On comprend mieux d’ailleurs les aveux de Condoleeza Rice faits hier à son arrivée à Lisbonne en concédant que « la Libye a d’assez grandes réserves, prouvées et non prouvées, et possède également de grandes réserves de gaz, ce qui est important ». Voilà le pragmatisme américain servi cru…

L’odeur du gaz et du pétrole peut donc bousculer bien des dogmes diplomatiques. Le guide libyen, jadis un « fou » qui voulait avoir des armes de destruction massives est devenu fréquentable et plus si affinités aux yeux des Américains. « J’ai hâte d’entendre le point de vue du dirigeant (libyen) sur le monde (…) Très franchement, je n’avais jamais pensé que je me rendrais en visite en Libye, c’est vraiment quelque chose ! » Qui aurait cru de telles déclarations d’amour sorties de la bouche de Condoleeza Rice ? Cette dernière a même scellé hier les retrouvailles avec Kadhafi en partageant avec lui le repas de l’« iftar », qui marque la rupture du jeûne du Ramadhan. Le guide libyen n’en demande pas plus, lui qui souhaite juste que les Américains le « laissent tranquille ». Comme quoi, les bons comptes font toujours de bons amis…

Par Hassan Moali