Condoleezza Rice à Alger samedi prochain

Périple maghrébin de la secrétaire d’état américaine

Condoleezza Rice à Alger samedi prochain

Par :Salim Tamani, Liberté, 31 août 2008

Visite de travail ou d’adieu, Condoleezza Rice aura à discuter aussi bien des relations algéro-américaines, marquées par une tension diplomatique à l’époque de Robert S. Ford, que des dossiers concernant le Maghreb, notamment le Sahara occidental et celui de la lutte contre le terrorisme international.

La secrétaire d’état américaine, Condoleezza Rice, sera à Alger le 6 septembre prochain, a-t-on appris de sources diplomatiques. La visite s’inscrit dans le cadre d’une tournée maghrébine qui doit la mener également au Maroc, à la Tunisie et à la Libye. C’est la première fois que la secrétaire d’état US se déplace en Algérie, même si la visite de cette importante personnalité de l’administration Bush était annoncée en 2006. à moins de trois mois de l’élection présidentielle américaine qui aura lieu en novembre prochain, il s’agit de savoir quelle incidence aura le déplacement de Condoleezza Rice sur les relations algéro-américaines. La question mérite, en effet, d’être posée. Il est vrai qu’on ne connaît pas encore le contenu du message qu’aura à communiquer l’envoyée spéciale du président Bush à son homologue algérien Abdelaziz Bouteflika. Les dossiers économiques, la lutte contre le terrorisme international et le processus de paix au Proche-Orient figureront certainement dans les entretiens qu’aura Condoleezza Rice avec les responsables algériens. Mais au-delà de ce programme inscrit traditionnellement dans le protocole, il s’agit de savoir si le déplacement de la secrétaire d’état US permettra de dégeler les relations algéro-américaines, qui ont connu de sérieuses tensions depuis la nomination de l’ambassadeur Robert S. Ford qui a multiplié les déclarations à la limite de la provocation qui, dans certains cas, ont frôlé l’incident diplomatique, notamment après les terribles attentats kamikazes qui ont visé le Palais du gouvernement et le commissariat de Bab-Ezzouar le 11 avril 2007. Cette situation a poussé le gouvernement à mettre le holà. Le ministre d’état, ministre de l’Intérieur, Nourredine Yazid Zerhouni, n’avait pas hésité à déclarer qu’il s’agissait d’une manœuvre allant jusqu’à dire que les “Américains nous prenaient pour des canards sauvages”, alors que l’ancien Chef du gouvernement, Abdelaziz Belkhadem, a dénoncé dans un discours à l’APN “l’ingérence” de l’ambassadeur US dans les affaires intérieures du pays, notamment après les positions exprimées par Robert S. Ford sur la situation politique et la présidentielle d’avril 2009. D’ailleurs, les mises au point de Robert S. Ford sur les intentions américaines en Algérie n’ont pas permis d’apaiser les tensions, même s’il restait évident que les relations entre les deux états ne sauraient être compromises par la seule personne de l’ambassadeur, dont le départ d’Alger était fixé pour juin dernier. Les milieux diplomatiques considéraient que l’importance des relations bilatérales était au-dessus de tout “conflit” ou “mésentente” passagère due à une incompréhension sur telle ou telle question. Son remplacement, en juillet dernier, par un nouvel ambassadeur en la personne de David Pearce, et ce, pour une durée de trois ans, a permis de mettre un terme à une période de turbulences. Dans une intervention prononcée récemment devant le comité des relations étrangères du Sénat américain, le nouvel ambassadeur US avait qualifié l’Algérie de clef de voûte de l’Afrique du Nord, en raison de ses potentialités démographiques et de ses richesses naturelles, soulignant que les échanges commerciaux entre l’Algérie et les états-Unis devraient atteindre 20 milliards de dollars. “La stabilité de l’Algérie et sa prospérité sont des éléments cruciaux pour la stabilité de l’Afrique du Nord et le monde arabe”, avait-il déclaré dans un discours publié sur le site du Sénat américain.
C’est dans cette optique que le diplomate américain a jugé nécessaire le règlement du conflit du Sahara occidental afin de favoriser l’intégration du Maghreb arabe dans lequel l’Algérie joue un rôle majeur. Il a estimé que l’Initiative de partenariat avec l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, initiée depuis 2002 par Washington, trouverait sa pleine expression dans une région du Grand-Maghreb stable.

Salim Tamani