«Washington n’a pas demandé à établir une base militaire en Algérie»

«A COEUR OUVERT» AVEC L’EXPRESSION

«Washington n’a pas demandé à établir une base militaire en Algérie»

L’Exression, 05 mars 2007

Mohamed Bédjaoui, avait opposé un refus catégorique à cette demande si elle venait à être formulée.

Franc, direct, la mine enjouée, l’ambassadeur des Etats-Unis en Algérie, Robert Ford s’est prêté au jeu des questions-réponses sans détour, livrant le maximum de vérités dans la mesure du «politiquement correct» que lui permet son poste. Evidemment, on ne pouvait pas ne pas commencer par la question de l’établissement d’une base militaire américaine en Algérie, relancée par les déclarations du ministre algérien des Affaires étrangères, Mohamed Bédjaoui, qui a opposé un refus catégorique à cette demande si elle venait à être formulée. Ce sujet, qui a fait la «une» de la presse nationale, a été abordé par l’ambassadeur sans ambages: «Ecoutez, il n’existe pas de base militaire américaine en Algérie.
A aucun moment nous n’avons demandé d’établir une base militaire en Algérie, et nous ne demandons pas. Moi-même, je n’ai pas entendu que des officiels américains avaient formulé pareille demande», a-t-il martelé avec insistance.
«Nous comprenons vos soucis, mais je vous informe qu’il existe un commandement militaire américain pour l’Afrique. Le grand commandement se trouve à Bruxelles, et il y a une filiale qui s’occupe de la région du Maghreb et de tout le continent africain, et qui se trouve à Stuttgart, en Allemagne.
Ce commandement est dirigé par le général Ward. La question qui se pose est la suivante: va-t-on rester en Allemagne? Va-t-on déplacer le siège? C’est possible…Le Congrès n’a pas encore donné le financement nécessaire pour l’opération», a encore précisé Robert Ford. Le Sahel, on le sait, alimente les convoitises américaines au plus haut degré.
L’ambassadeur va encore plus loin: «Les Etats-Unis ont des intérêts stratégiques dans le Maghreb, le Sahel et l’Afrique de l’Est. Nous sommes souvent présents pour donner un coup de main aux soldats africains, comme nous le faisons actuellement avec la fourniture du transport aérien pour Mogadiscio, chose que nous faisons d’ailleurs conjointement avec Alger, ou pour une aide humanitaire, comme nous l’avons fait au Libéria et en Côte d’Ivoire. Par conséquent, nous avons beaucoup de travail dans la région, ce qui nous pousse à vouloir canaliser nos ressources, et donc à réfléchir sur la question de séparer les commandements…»
La question ainsi traitée, il était propice aussi de savoir quelles conséquences avait l’adhésion du Gspc à Al Qâida, cette nébuleuse qui agite le sommeil de Bush depuis plus de cinq ans, sur la présence de ressortissants et d’intérêts américains en Algérie. «Si vous consultez nos sites gouvernementaux officiels, vous remarquerez que nous avons donné des consignes de sécurité à nos ressortissants. Nous avons dit qu’il fallait prendre toutes les précautions possibles pour se déplacer, et nous avons insisté sur le danger que présentait l’est de la capitale.
Aussi, nous avons formé une commission mixte avec les entreprises américaines installées en Algérie en vue d’échanger nos informations et de nous tenir au courant de tout ce qui se passe en matière de sécurité. J’ai visionné la vidéo de l’attentat de Bouchaoui, et je trouve pénible de s’en prendre à des civils, car les auteurs de l’attaque savaient qu’ils allaient toucher des civils.
Ceci étant, je trouve le travail que fournissent les services de sécurité algériens très bon. Chaque fois que nous les sollicitons, ils sont là et fournissent la meilleure aide possible…» Poussant l’exégèse terroriste un peu plus loin, nous avons demandé à Son Excellence l’ambassadeur, Robert Ford, pourquoi le nombre d’organisations terroristes dans le monde est passé de 39, au lendemain des attaques du 11/9 (la fameuse «liste noire» du terrorisme dressée par le Pentagone) à plus de 200 actuellement en activité, dont une bonne centaine seulement aux Etats-Unis, et si, cette prolifération exceptionnelle n’était pas en fait, un bilan de l’échec de la politique sécuritaire des Etats-Unis face à l’islamisme radical. L’ambassadeur, dubitatif un moment, précise: Il y a des groupes extrémistes et d’autres terroristes. Souvent, on ne peut pas traiter avec les extrémistes, mais je sais que la guerre n’est pas la meilleure des solutions. Il faut des solutions politiques, comme vous l’avez fait en Algérie.
Il faut aussi apprendre aux jeunes qu’il peut y avoir une dignité dans la vie (l’ambassadeur insiste pour dire en arabe «karamat al-hayat», et il le prononce bien).
Il faut aussi pour cela plus d’ouverture et de compétition politiques, une économie forte et des systèmes de gouvernance justes. Mais à la fin, il y aura toujours des gens qui refusent le dialogue, et là il n’y a pas d’autres moyens que la guerre. C’est pénible, mais c’est nécessaire…
Ainsi s’est exprimé l’ambassadeur des Etats-Unis en poste à Alger sur ces questions pointues et pleines d’aspérités…

Fayçal OUKACI


«A COEUR OUVERT» AVEC L’EXPRESSION
AMENDEMENT DE LA LOI SUR LES HYDROCARBURES

«Les firmes américaines doivent être impliquées»

05 mars 2007

L’objectif est d’instaurer un climat d’affaires serein et transparent.

Le litige entre les compagnies pétrolières américaines et Sonatrach a qui surgi au lendemain de l’amendement de la loi sur les hydrocarbures, doit se résoudre dans un cadre de concertation et de dialogue. L’ambassadeur des Etats-Unis à Alger, M.Robert S. Ford a reconnu hier, que l’amendement relatif aux taxes imposées sur les bénéfices exceptionnels, suscite un malaise chez les firmes pétrolières américaines: «L’Algérie est souveraine et a le droit de légiférer et d’apporter les rectificatifs qu’elle juge nécessaires à ces textes, mais il faut admettre aussi que les entreprises américaines ont le droit de comprendre ce qui se passe et où vont les choses», affirme M.Ford. La concertation permettra de lever les équivoques et de résorber les craintes. Les deux parties sont appelées «à débattre des perspectives d’une telle démarche». Apostrophé sur la décision du président-directeur général d’Anadarko, M.Richard Holmes, de recourir à l’arbitrage international en cas d’échec des négociations avec Sonatrach, l’ambassadeur, tout en refusant de s’exprimer au nom des firmes de son pays, a souligné que ces dernières doivent être considérées comme «des partenaires», par les autorités algériennes, sachant qu’elles ont engagé des investissements très importants dans le pays. La révision de ladite loi va-t-elle donner un coup de frein aux investissements américains dans le domaine des hydrocarbures? L’invité de L’Expression, se montre très prudent, laissant entendre que l’Algérie gagnerait à associer et impliquer les firmes américaines dans le débat, dans le seul but d’instaurer un climat d’affaires serein et transparent. Notons, par ailleurs, que la valeur des investissements américains en Algérie a atteint les 5 milliards de dollars, principalement dans le secteur des hydrocarbures. Environ 20 compagnies américaines travaillent, actuellement, dans le secteur de l’énergie, contre uniquement 10 travaillant dans le secteur hors hydrocarbures. Toujours dans le domaine énergétique, M.Robert S. Ford, a affirmé que des négociations sont menées entre l’Algérie et les USA dans le but d’instaurer les bases d’une coopération dans le domaine de l’énergie nucléaire. Le traité qui sera signé, dans quelques semaines entre les deux pays, permettra aux laboratoires algériens d’un côté, et américains, de l’autre de renforcer leur partenariat dans le domaine de la recherche atomique et à des fins pacifiques. L’ambassadeur a saisi cette occasion pour mettre en exergue un fait important. Il a trait à la collaboration de l’Algérie avec l’Aiea, soulignant que ce n‘est pas le cas de tous les pays, citant dans sa lancée, l’Iran. «Il faut savoir que les Américains ne sont pas contre la mise en oeuvre de programmes nucléaires à des fins pacifiques. C’est un droit acquis et protégé pour tous les pays» a-t-il affirmé, soulignant enfin que la crise du nucléaire iranien ne peut être réduite à un conflit irano-américain.

Achira MAMMERI


«A COEUR OUVERT» AVEC L’EXPRESSION
COOPÉRATION ÉCONOMIQUE HORS HYDROCARBURES

L’Algérie doit être concurrentielle

05 mars 2007

Cela passe par une adaptation de son arsenal juridique au standard international. Aux normes existantes.

L’ambassadeur des Etats-Unis à Alger, qui parle un arabe châtié (prononçant bien les q) et un français excellent -malgré ce qu’il en dit- estime que l’investissement américain hors hydrocarbures existe bien en Algérie. Il en veut pour preuve la présence en Algérie du grand groupe financier, la City Bank, qui s’est installée en Algérie au plus fort de la tragédie nationale (années 94-95). A cette époque, les moyens mis en oeuvre étaient limités. La banque avait son siège à l’hôtel Aurassi et n’avait que quatre employés. Aujourd’hui, cette même banque s’est redéployée dans notre pays, étoffant son personnel (près de cent employés) et ouvrant des agences à Hassi Messaoud, Alger, Oran, et postule pour la reprise du Crédit populaire d’Algérie (CPA). Et M. Robert Ford de citer d’autres entreprises américaines qui viennent travailler en Algérie, comme Général Electric qui s’est investie dans l’usine de dessalement d’eau du Hamma; après que le gouvernement américain, par le biais d’une caisse de garantie, a donné son feu vert à l’activité de cette entreprise, dont le projet va fournir de l’eau aux habitants d’Alger dès 2008.
Cela dit, l’ambassadeur pose à haute voix une question: «Est-ce que les Algériens souhaitent plus d’investissements américains?» Pour lui, la franchise recommande de dire qu’il est primordial de rendre le climat des affaires plus attractif si on veut intéresser les entreprises américaines. Ces dernières ne connaissent qu’un seul langage, celui de la rentabilité, et pour cela elles exigent une procédure transparente, un régime fiscal allégé, la convertibilité de la devise, parce que l’Algérie est, sur ce plan, en concurrence avec les autres pays du monde. Bien entendu, les Américains notent avec satisfaction que le gouvernement algérien a entamé des réformes économiques profondes qui vont dans le sens d’une meilleure gouvernance, tout comme l’administration US, souhaite que l’Algérie soit membre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Ce sera un signal fort envoyé aux entreprises étrangères qui entrent en relation d’affaires avec l’Algérie. Mais là aussi, l’ambassadeur estime que l’adhésion de l’Algérie à l’OMC est une question que le gouvernement algérien doit trancher, et cela passe par une adaptation de son arsenal juridique au standard international. Aux normes existantes. Le gouvernement américain a offert une assistance technique pour la mise à niveau des textes juridiques. Un expert a séjourné pendant un an en Algérie et a travaillé en étroite collaboration avec le ministère du Commerce.
Quant au volume des échanges, ce n’est pas un secret que les Américains achètent bon an mal an pour environ 11 milliards de dollars US (en produits pétroliers). L’Algérie, pour sa part, importe pour environ 150 millions de dollars. L’écart, comme on le voit est considérable.
Néanmoins, l’ambassadeur note que le marché algérien est très ouvert, mais s’il s’agit de savoir ce que le pays pourrait vendre en dehors des hydrocarbures, il faut d’abord se demander, dit-il, si les produits sont concurrentiels, vu que c’est la seule règle qui est exigée aux Etats-Unis. «L’année dernière, dit-il, j’ai acheté une voiture et un computer, et ils ont été fabriqués au Mexique, cela veut dire qu’on peut trouver des produits entiers aux Etats-Unis.» Cela dit, il pense que le meilleur investissement pour un pays comme l’Algérie, est celui qui garantit le transfert de technologie et le know-how. Quel produit algérien peut-on trouver aux Etats-Unis? Sûrement des dattes et du vin. Mais en très petite quantité. Interrogé sur l’ouverture éventuelle d’une ligne aérienne entre l’Algérie et les Etats-Unis, M.Robert Ford confirme qu’il y a des négociations open sky. «Nous ne sommes pas encore arrivés à un accord final, j’espère qu’on y parviendra bientôt.» Surtout avec la demande des compagnies pétrolières américaines qui se déplacent vers les champs pétroliers du Sud. «Je sais qu’il y a eu, à une époque, des charters entre le Texas et le Sahara algérien, mais maintenant, avec l’ouverture de la ligne Alger-Montréal, il ne fait aucun doute que les Américains vont l’emprunter».
Sur un autre volet, il est bon de savoir qu’il y a tout un programme d’assistance technique entre le ministère des Finances américain et le ministère algérien des Finances. Tout ce qui a trait au crédit à la PME, un volet qui intéresse l’Algérie et dans lequel les Américains ont accumulé une expertise; la même chose concerne le crédit hypothécaire dans le domaine de l’immobilier. «Les secteurs de la PME et du logement sont des secteurs créateurs d’emplois, et c’est là que nous souhaitons intervenir.» Toujours dans le domaine de l’assistance technique, il y a lieu de citer, également, ce programme de formation des inspecteurs de banque, au niveau de la Banque d’Algérie. «Dans les années 80, dit très diplomatiquement l’ambassadeur, les Etats-Unis ont connu une série de crises et de scandales financiers. Donc on est sensibles à ce problème.» Un autre volet de ce programme concerne la formation des inspecteurs pour les banques commerciales. Il s’agit de former à la gestion des portefeuilles de risque. Un autre volet porte sur la franchise. «On va travailler avec le gouvernement pour changer les lois dans ce domaine en Algérie.» Il y a, également, le secteur des télécommunications qui va bénéficier du programme d’assistance technique. «Il y a 25 ans, il y avait un monopole sur les télécommunications, mais entre-temps tout cela a été libéralisé. Il y aura un échange de délégations entre les deux pays.» Dans tous les domaines, affirme l’ambassadeur, l’administration américaine est prête à apporter son aide à la compétitivité du tissu industriel en Algérie. Par ailleurs, une cellule de veille a été mise en place au niveau de l’ambassade pour la sécurité des citoyens américains travaillant en Algérie.

Ahmed BEN ALAM