Exercices militaires dans le Sahel

L’ANP et Flintlock 2005

Exercices militaires dans le Sahel

El Watan, 7 juin 2005

L’armée algérienne participe, depuis hier et jusqu’au 26 juin, à des exercices conjoints baptisés « Flintlock 2005 », dirigés par le commandement des forces américaines basé en Europe.

L’opération globale, qui est officiellement appelée « Trans Saharan Counterterrorism Initiative » (initiative transsaharienne de lutte contre le terrorisme), concerne également le Sénégal, le Tchad, la Tunisie, le Niger, le Nigeria, le Mali, la Mauritanie et le Maroc. Selon des sources militaires américaines, le poste d’état-major est installé à Dakar. Les premiers exercices dureront jusqu’au 12 juin. Ensuite, des manœuvres combinées auront lieu sur le terrain en Mauritanie, au Niger, en Algérie, au Mali et au Tchad. Les entraînements seront, selon les mêmes sources, menés par des unités américaines d’opérations spéciales. Tous les corps de l’armée US y prennent part. Par groupes et selon les pays, les entraînements concerneront les manœuvres aériennes, les combats terrestres, les opérations de sécurité, les mouvements de petites unités tactiques, les formations pour les tireurs d’élite et des exercices d’infanterie. « Nous ne pouvons pas mener des entraînements si nous n’avons pas une invitation de le faire par chaque pays concerné par cette opération », nous a-t-on indiqué. Les pays impliqués dans les Flintlock 2005 sont considérés comme des « partenaires de coopération sécuritaire en Afrique ». Le but de ces exercices, les premiers d’une série, est d’aider ces pays à combattre le terrorisme, à lutter contre la traite humaine, contre le trafic d’armes légères et à casser les réseaux de contrebande et de drogue. Les exercices opérationnels seront menés parallèlement à des cours en droits humains. A la mi-mai, Theresa Whelan, adjoint au secrétaire à la Défense chargée des Affaires africaines, a précisé que ces manœuvres devaient « stimuler les efforts mis en œuvre par les diverses agences du gouvernement en vue d’empêcher l’établissement de bases en Afrique par les terroristes ». Les Etats-Unis souhaitent, selon elle, encourager les nations participantes à « travailler en étroite collaboration en vue de trouver des solutions aux problèmes auxquels se heurte la région ». Il est entendu par cela, le renforcement du contrôle aux frontières et la surveillance des zones désertiques. Cette option est partagée, selon des sources diplomatiques, par les partenaires de Washington à l’Otan. Des délégués de l’Organisation Transatlantique Nord prennent part, d’une certaine manière, aux Flintlock 2005. La semaine écoulée, le commandant suprême des forces américaines en Europe (Eucom), le général James Johns, qui a visité Alger et eu des entretiens avec le président de la République, a souligné « la bonne coopération » entre l’Algérie et l’Otan dans le cadre du « dialogue méditerranéen ». Il a évoqué l’intérêt des militaires algériens pour l’opération Activ Endeavor relative à la sécurité maritime. « L’Algérie accorde une grande importance à cette opération, une position qui est appréciée par l’Otan », a déclaré le général Johns. Depuis deux jours, l’unité Bear des gardes-côtes américains est au port d’Alger. Elle va participer à un exercice en haute mer avec deux unités de la marine algérienne. Exercice qui se veut un prélude à une engagement plus soutenu dans le cadre de l’opération Activ Endeavor et un complément maritime aux Flintlock 2005. De sources diplomatiques, on tient à faire la différence avec l’initiative du Pan Sahel (qui ne concerne pas encore l’Algérie) et l’Initiative transaharienne de lutte contre le terrorisme. La première, qui a commencé l’année dernière, est considérée par le Pentagone comme une réussite. Les unités spéciales de l’armée US et les marines avaient entraîné des militaires tchadiens, nigériens, maliens et mauritaniens. La neutralisation du terroriste algérien Abderrezak El Para en territoire tchadien est vue comme « le bon résultat » de la Pan Sahel. Si la Pan Sahel a bénéficié de 7 millions de dollars, l’Initiative transaharienne de lutte contre le terrorisme va bénéficier d’un budget « plus conséquent ». Ce budget est fixé globalement à 500 millions de dollars par le Pentagone. Le ministère de la Défense, qui, compte tenu de la sensibilité du projet, travaille directement avec le Département d’Etat, souhaite « convaincre » le Sénat du bien-fondé de l’opération pour augmenter le budget à l’avenir. Surtout que les Etats-Unis entendent « augmenter » la sécurité régionale dans les cinq prochaines années. « Nous ne nous faisions aucune illusion sur l’idée qu’une seule compagnie puisse, par exemple, patrouiller et contrôler toute la frontière de la Mauritanie. Mais nous avions le sentiment que si on disposait d’une unité militaire qui était capable de répondre de façon plus efficace aux informations concernant les menaces dans la région, cela serait au moins un pas dans la bonne direction », a remarqué Theresa Whelan dans une interview au service de presse de l’armée américaine.

Metaoui Fayçal