Entretiens Bouteflika-Welch

Entretiens Bouteflika-Welch

Sécurité au Maghreb et Sahara Occidental

par Ali Babès, Le Quotidien d’Oran, 27 février 2008

Le Sahara Occidental et la sécurité dans la région du Maghreb ont été au menu des entretiens du Président Bouteflika avec le Monsieur Moyen-Orient et Afrique du Nord au département d’Etat, David Welch. Le sous-secrétaire d’Etat américain s’est entretenu avec le chef de l’Etat notamment de questions ayant un rapport direct avec la sécurité dans la région, ainsi que la coopération algéro-américaine dans ce domaine.

Le diplomate US a notamment souligné à la presse que de «nombreuses questions qui concernent la région, mais aussi des questions en dehors de la région», ont été abordées lors de ces discussions. Plus direct, il assure que «j’ai exprimé, au nom de mon Président et au nom de la secrétaire d’Etat (Condoleezza Rice), le souhait des Etats-Unis de voir la cause de la paix et de la sécurité s’étendre dans toute la région».

Cette visite de David Welch intervient à un moment particulier dans les tentatives de la communauté internationale pour arriver à trouver une solution démocratique au conflit au Sahara Occidental. Washington, qui a soutenu le processus de Manhasset, n’en a pas moins tenté de tourner le dos au Plan Baker et n’a pas désapprouvé le plan d’autonomie présenté par les Marocains pour ces discussions. Les Américains, pour des questions évidentes d’intérêt dans la région, sont plus que tout autre pays concernés par la résolution, conformément aux résolutions onusiennes. Pour autant, ils évitent de peser de leurs poids auprès des Marocains pour ouvrir la voie à des discussions finales sur l’avenir du territoire. Le diplomate américain a confirmé aux journalistes avoir discuté avec le Président de cette question, soulignant notamment que «nous avons eu également un échange extrêmement fructueux sur toutes les questions portant sur la région».

La présence de Welch à Alger est, par ailleurs, significative des tentatives de Washington de concilier les positions dans cette question que le Conseil de sécurité de l’ONU inscrit depuis de nombreuses années dans le chapitre des processus de décolonisation. Car, au-delà de la question du Sahara Occidental et de la reprise début mars à Manhasset du 4e round des discussions maroco-sahraouies, les Etats-Unis restent préoccupés par la sécurité dans la région. La coopération entre Alger et Washington passe, en réalité, par beaucoup de chemins, notamment celui de la résolution du dossier sahraoui, conformément aux résolutions onusiennes relatives à l’organisation d’un référendum d’autodétermination. Et c’est en fait là le noeud du problème, car autant les républicains que les démocrates, depuis le cessez-le-feu de 1991, ne sont vraiment allés au fond des choses pour amener le Maroc à respecter aussi bien ses engagements que les résolutions de l’ONU, à commencer par le plan de paix élaboré par James Baker et qui avait reçu l’aval du Conseil de sécurité.

Washington, en fait, voudrait renforcer sa coopération avec l’Algérie, particulièrement en matière de sécurité et de lutte antiterroriste. Un objectif partagé d’ailleurs par Alger qui, pourtant, veut accompagner cette coopération sécuritaire par une résolution rapide, sinon faire avancer substantiellement les choses dans le dossier de décolonisation du Sahara Occidental. Washington est-il prêt à faire balancer le cours des choses ? Pas évident. David Welch avait, la veille, après avoir été reçu par le souverain marocain, déclaré que «les Etats-Unis souhaitent que les parties s’engagent de manière constructive et de bonne foi dans les négociations (de Manhasset)». Une position en fait à géométrie variable des Américains qui soufflent le chaud et le froid dans ce dossier, ne voulant ni froisser les Marocains ni décevoir Alger.

Un attentisme qui n’a que trop duré, d’autant que le veto américain, ainsi que celui français au Conseil de sécurité, a toujours menacé tout règlement démocratique de cette question.

Welch continuera mercredi à Tunis sa tournée maghrébine, qui a été centrée sur les questions de coopération bilatérale axée sur la sécurité dans la région.