Thomas Vajda. Directeur du MEPI: «Nous restons à l’écoute des besoins de la société civile algérienne»

Thomas Vajda. Directeur du MEPI

«Nous restons à l’écoute des besoins de la société civile algérienne»

El Watan, 20 juin 2012

Thomas Vajda, directeur du Middle East Partnership Intiative (MEPI) depuis un an, est en visite de quelques jours à Alger. Avant d’effectuer une réunion de travail, hier matin, avec Mourad Medelci, le ministre des Affaires étrangères, pour faire le bilan des activités du MEPI en Algérie, il nous a accordé cet entretien où il explique les grandes lignes de la politique américaine de soutien aux peuples du Maghreb et du Moyen-Orient dans le cadre des programmes de financement locaux américains alloués chaque année.

– Quel état des lieux pouvez-vous faire des programmes du MEPI, notamment sur sa présence en l’Algérie depuis presque dix ans ?

La mission du MEPI est de créer des partenariats dynamiques entre l’Amérique et les citoyens du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord pour leur permettre de bâtir des sociétés plus pluralistes, participatives et prospères dans toute la région. Le partenariat est plus qu’un slogan de l’administration Obama, c’est un principe fondamental de la diplomatie américaine. Le MEPI travaille sur la région du Maghreb depuis près de dix ans et nous portons un grand intérêt à l’Algérie. Le programme MEPI s’intéresse à la société civile, à la communauté des affaires ainsi qu’aux autorités algériennes. Notre but est de contribuer au développement de la région par différents moyens. Nous disposons de différents outils de soutien, dont des programmes de financement local par le biais de l’ambassade des Etats-Unis en Algérie. La Tunisie et la Libye sont les deux pays où nous avons le plus travaillé en 2011. Ils ont bénéficié de programmes d’aides très importants sur le budget de 80 millions de dollars alloué au MEPI en 2011.

– Quelles sont les activités déjà réalisées par le MEPI en Algérie ?

L’une des dernières activités que nous avons soutenues et dont nous sommes très fiers, est le programme «Femmes en communication». Il s’agit d’un groupe de travail sur la condition féminine en Algérie. Nous avons également lancé des formations en leadership des jeunes et nous travaillons sur un projet d’assistance aux handicapés et sur un centre d’orientation professionnelle pour les nouveaux diplômés. Notre domaine d’intervention est varié, nous restons ouverts à toutes les sollicitations émanant de la société civile.
Chaque région a ses besoins propres. Mais notre maître mot reste le partenariat. Et pour cela, nous restons à l’écoute des besoins de la société civile algérienne.

– Aborder les différents pays du Maghreb et du Moyen-Orient selon une même stratégie peut se révéler réducteur. Continuez-vous à considérer cet espace comme un bloc, au vu de tous les bouleversements survenus depuis plus d’un an dans ces différentes régions ?

Nous prenons en compte les différences flagrantes qui existent entre les pays du Moyen-Orient et ceux du Maghreb, tout comme nous sommes sensibles aux particularités de chaque pays du Maghreb. Nous nous adaptons à l’actualité de chaque pays et aux besoins qui y sont exprimés. Ce qui est sûr, c’est que nous ne regardons plus le Maghreb comme un bloc, les besoins de chaque pays ne sont plus les mêmes.

– Cette politique de «partenariat» qui vise à défendre les intérêts des Etats-Unis dans la région du Maghreb et du Moyen-Orient peut facilement prendre des formes d’ingérence dans les affaires internes de pays souverains. Quelles sont les limites de vos actions ?

Les intérêts des Etats-Unis restent les mêmes et sa ligne directrice est claire. Nous appuyons les réformes et les transitions démocratiques partout dans le monde, tout comme nous luttons pour la croissance économique et pour l’éradication du terrorisme. Nous considérons que la condition sine qua non du développement est la prospérité et la stabilité de chaque société. Nous partons du principe qu’un peuple prospère ne peut se passer d’une société civile active. Je rejette formellement toute idée d’ingérence. Le MEPI, tout comme les autres cadres créés pour soutenir les peuples, ne fait que répondre à l’exigence de certains peuples à s’émanciper, à revendiquer leur droit au changement et à la dignité. Nous ne faisons que les aider. Nous les soutenons avec les conseils et l’expérience qui sont les nôtres, rien de plus.

– Quels rapports entretenez-vous avec les autorités algériennes dans le cadre de vos activités en Algérie ?

Le MEPI ne travaille pas avec l’Etat algérien mais plutôt avec la masse populaire incluant associations professionnelles, société civile qui se rapproche directement de l’ambassade des Etats-Unis pour bénéficier de nos aides. Mais nous avons des rapports sereins et transparents avec les autorités algériennes.
Nous recevons, par le biais de notre ambassade, des demandes de financement ou de soutien de projets que nous étudions. Il incombe aux demandeurs de se mettre en conformité avec les autorités algériennes.

Bio express :

Thomas Vajda est le directeur du MEPI et fournit des indications et orientations d’exploitation au siège de MEPI à Washington et à ses bureaux régionaux à Tunis et à Abu Dhabi. Avant cette affectation, il a servi comme chef de mission adjoint à Rangoon, en Birmanie, où il a aidé à superviser les politiques et les programmes américains d’aide à la promotion de la démocratie et des droits de l’homme.

Il a également servi à l’étranger dans les Balkans, en Corée du Sud et en Allemagne. Dans ses missions de Washington, Thomas Vajda a travaillé sur la Corée du Nord, les questions nucléaires, les affaires japonaises, les relations avec l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les îles du Pacifique, les efforts américains de déminage humanitaire…

Fella Bouredji