Une «convergence d’intérêts» sur les grands dossiers

Coopération algéro-américaine :

Une «convergence d’intérêts» sur les grands dossiers

par Mohamed Tayeb , Le Jeune Indépendant, 13 mai 2004

Il est évident que Washington réserve à l’Algérie un rôle de premier plan dans sa nouvelle stratégie de redéploiement dans la région du Maghreb et en Afrique, notamment au Sahel. La multiplicité et la densité ces derniers temps des échanges politico-diplomatiques entre les deux pays en témoignent amplement.

L’option américaine d’axer son redéploiement sur un pays comme l’Algérie s’explique – et ce sont les plus hauts responsables de l’administration américaine qui le disent – par le modèle politique et économique adopté par ce pays. Un modèle acceptable et à encourager si tant est que les aspirations de la puissance que sont les Etats-Unis exigent l’existence d’un Maghreb engagé dans la démocratie, la prospérité et la stabilité, en somme une région qui n’exporte pas le terrorisme en Afrique ou vers l’Europe.

L’enjeu est d’ailleurs tellement sensible pour les intérêts américains, dans cette région où est constatée une grande mobilité à travers les frontières de groupes de terroristes, de trafiquants d’armes et de drogue, que les services américains ont ressenti le besoin pressant d’encourager le dialogue et la coopération entre les responsables des pays concernés comme forme de participation à la stratégie de lutte contre le terrorisme.

En la matière, l’Algérie, qui se trouve au cœur de ce combat et dont les services de sécurité ont acquis une expérience et un savoir-faire à nul autre pareil, se retrouve tout naturellement sollicitée pour maintenir la pression sur les groupes terroristes et échanger les renseignements nécessaires avec son partenaire américain.

Cet aspect de la coopération entre les deux pays figurera très certainement en bonne place au menu des entretiens de William Burns avec les responsables algériens aujourd’hui. Les deux parties évoqueront également à coup sûr la question des moyens à mobiliser et des efforts à déployer pour désamorcer la crise érythro-éthiopienne qui avait pourtant trouvé sa solution par l’accord d’Alger en décembre 2000.

Washington a déploré mardi le problème créé par l’Ethiopie et l’Erythrée qui empêchent la démarcation de leur frontière commune par une mission de l’ONU et chercherait la coordination de l’Algérie pour ramener les deux parties à la raison, d’autant que le Conseil de sécurité commence à s’interroger sur la viabilité à long terme de la MINUEE au regard de la mauvaise volonté manifestée par les deux pays.

L’intervention algérienne dans le différend pourrait trouver un début de concrétisation très prochainement avec le déplacement annoncé à Alger du premier responsable érythréen Assias Afeworki. Le rôle de l’Algérie en la matière est d’ailleurs régulièrement mis en exergue par Washington, que ce soit au Sahel, en Ethiopie, au Soudan ou en matière de lutte contre le sida en sa qualité de pays porteur du Nepad.

Ce faisant, il n’est pas exclu que Washington destine l’Algérie à d’autres «missions», telles la mise en œuvre de l’initiative pour le Moyen-Orient, l’introduction de réformes globales dans le monde arabe et la mise en place d’une politique pétrolière (OPEP) qui tiennent compte des intérêts primaires des Etats-Unis, en plus de la concertation permanente entre les deux pays au sein du Conseil de sécurité, entre autres sur le sujet de la non-prolifération nucléaire, le cas de l’Iran en tête.

En retour, Washington apporterait le soutien technique nécessaire à l’adhésion de l’Algérie à l’OMC et aiderait à travers les rencontres régulières sur l’accord-cadre sur le commerce et l’investissement (TIFA), à produire le genre de décisions nécessaires à son intégration dans l’économie globale.

Le soutien de Washington à Alger interviendrait très probablement aussi pour ce qui est de la volonté de l’Algérie de transformer le dialogue actuellement en cours avec l’OTAN en un partenariat, en considération de son importance dans le contexte du dialogue méditerranéen en cours.

Dans ce sens, les responsables algériens ont clairement affirmé leur souhait d’opérer une gradation de leur niveau de coopération avec l’Alliance atlantique par l’amélioration des programmes habituels. Les autorités algériennes reconnaissent cependant qu’un tel processus implique des consultations politiques accrues et une action commune, surtout quand il s’agit de réformer la défense et de lutter contre le terrorisme.

Que la visite à Alger du secrétaire général adjoint de l’OTAN, Allesandro Minuto-Rizzo ait coïncidé à quelques jours près avec celle de Willam Burns permet de croire que la problématique serait logiquement posée lors des entretiens attendus aujourd’hui.

C’est au regard de tous ces besoins pour Washington et Alger de se redéployer stratégiquement que se comprend dans sa globalité le concept de «convergence d’intérêts» entre les deux pays et que prend toute sa signification le rôle diplomatique attendu de l’Algérie par ses partenaires dans le nouveau contexte international marqué par l’unipolarité, la mondialisation, la lutte contre de terrorisme international et le besoin fondamental de réformer les systèmes politiques et éducatifs des pays arabes pour éradiquer le fléau à sa racine.

Un programme, une option et un rôle que l’Algérie semble comprendre, partager et accepter. M. T.