L’expérience algérienne examinée au Congrès américain

L’expérience algérienne examinée au Congrès américain

L’Algérie modèle de la lutte efficace contre le terrorisme

Par Ghada Hamrouche, La Tribune, Samedi 5 mars 2005

Finies les accusations de violation des doits de l’Homme contre le gouvernement algérien, finis le soutien et la sympathie affichés et affirmés aux militants islamistes installés aux Etats-Unis et qui revendiquaient les attentats en Algérie à partir de Washington. Le 11 septembre a changé la politique américaine et celle de tous les gouvernements occidentaux. Quinze ans après le début du terrorisme en Algérie, les Etats-Unis reconnaissent le mérite des responsables algériens qui ont mené la lutte contre les intégristes.Réunis jeudi dernier au siège du Congrès américain, les sénateurs américains ont examiné deux heures durant l’expérience algérienne en matière de lutte contre le terrorisme. Pour les sénateurs américains rassemblés à la sous-commission du terrorisme international et de non-prolifération, sous la présidence du républicain Edward R. Royce, «la coopération contre-terroriste avec l’Algérie sert les intérêts américains».Les Etats-Unis, qui ont souhaité jusqu’au milieu de l’année 1996 la prise du pouvoir par l’ex-FIS, considèrent aujourd’hui qu’«il y a de nombreuses leçons à apprendre de la lutte de l’Algérie contre le terrorisme». M. Royce a même suggéré «l’exploration de ces leçons afin de voir si elles sont applicables ailleurs», tout en soulignant «les progrès démocratiques» réalisés par l’Algérie. Pour M. Lorenzo Vidino, sous-directeur de «Investigative Project», il est indispensable de faire remarquer que les Etats-Unis ne sont pas assaillis par la même «vague de violence massive que l’Algérie a connue» mais il n’en demeure pas moins que les forces que l’Amérique combat actuellement «appartiennent au même mouvement islamiste radical qui a essayé de détruire les institutions de l’Algérie et sa société civile». Selon ce dernier, le GIA et le GSPC ont créé un réseau mondial de terroristes qui a été utilisé par Al Qaïda pour l’exécution de ses opérations. M. Vidino a estimé que les quinze années d’expérience de l’Algérie dans la lutte contre le radicalisme islamiste «pourront aider les Etats-Unis dans leur guerre contre le terrorisme». Abordant la présence dans la région du Sahel de groupes terroristes liés à Al Qaïda, M. Vedino affirmera que le gouvernement algérien «est l’allié clé des Etats-Unis dans cette région délicate» tout comme elle constitue «une source d’informations importantes sur les cellules du GSPC basées en Europe et en Amérique du Nord». Il exhortera les responsables américains à «travailler étroitement avec le gouvernement algérien et d’apprendre, à partir de l’expérience algérienne», à comprendre l’ennemi auquel fait face l’Amérique aujourd’hui. Analysant la politique suivie par l’Algérie pour lutter contre le terrorisme, longtemps dénigrée, rappelons-le, par tous les Occidentaux, l’expert américain a souligné que le gouvernement algérien a adopté une «politique équilibrée» en faisant «la différence entre les islamistes modérés et les radicaux avec lesquels le dialogue n’est pas possible». L’expert citera, à titre d’exemple, le Mouvement de la société pour la paix (MSP) qui, a-t-il souligné, n’a jamais usé de la violence et qui a choisi la voie de la négociation avec le gouvernement.Cette approche algérienne vis-à-vis des islamistes, estime-t-il, «pourrait être utilisée comme modèle par les Etats-Unis». Des blâmes et exhortations aux tractations avec les intégristes, il n’en sera plus question. Bien au contraire. M. Vedino affirmera, à ce titre, qu’il «est important d’user de la force à l’encontre de ceux qui prônent la violence, mais il est également nécessaire d’engager le dialogue avec les forces modérées en évitant la confrontation avec tous les mouvements islamistes dans le Moyen-Orient».M. Lorne W. Craner, président de l’International Republican Institute (IRI), premier expert à intervenir à l’audition, a souligné que l’Algérie «a été très coopérative avec les Etats-Unis dans la lutte mondiale contre le terrorisme». Pour cet ancien sous-secrétaire d’Etat qui était chargé de la démocratie et des droits de l’Homme au département d’Etat durant le premier mandat de George Bush, «une simple lecture du nombre des terroristes capturés en Algérie donne une idée sur la multitude de ces derniers». Le gouvernement algérien, a-t-il ajouté, «disposait d’informations utiles qu’il a partagées avec les Etats-Unis après les attaques du World Trade Center et du Pentagone le 11 septembre 2001». Des violations des droits de l’Homme, il n’en sera plus question. Le 11 septembre a changé les concepts américains à ce propos. M. Craner fera d’ailleurs le parallèle entre la méthodologie suivie par le gouvernement algérien pour combattre le terrorisme et le respect des droits de l’Homme pour souligner une réelle «ouverture du champ politique en Algérie». Sur ce point, il a estimé que «l’Algérie a beaucoup avancé par rapport aux autres pays arabes en matière de pratiques démocratiques». Avec des progrès continus dans ces domaines, l’expert conclura que son pays et «l’Algérie pourraient être de bons partenaires dans la lutte contre le terrorisme et seraient plus à même d’élargir les autres aspects de leurs relations». De son côté, M. Leslie Campbell, directeur de la région de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient auprès du National Democratic Institute (NDI), a décrit tout le processus politique emprunté par l’Algérie depuis les événements d’octobre 1988 jusqu’aux dernières élections présidentielles d’avril 2004 pour expliquer dans quel contexte était apparu le terrorisme en Algérie dans les années 1990. Pour lui, «avant de tourner la page, il faudra la lire» pour comprendre l’origine du terrorisme. Selon M. Campbell, la situation sécuritaire de l’Algérie «s’est grandement améliorée grâce notamment aux efforts des forces de sécurité et aux simples citoyens ainsi qu’aux négociations et engagements politiques avec des groupes terroristes qui ont fini par déposer les armes» et le parachèvement de ce processus par la politique de réconciliation nationale prônée par le président de la République «pour mettre fin aux activités terroristes et réconcilier les Algériens avec eux-mêmes et avec leur Etat».

G. H.