Les confidences de l’ambassadeur US à Alger

Les confidences de l’ambassadeur US à Alger

par Ghania Oukazi, Le Quotidien d’Oran, 23 juin 2008

Dans une discussion qu’il a eue samedi à bâtons rompus avec des journalistes, l’ambassadeur américain à Alger fait le point sur le travail qu’il a effectué en Algérie. Robert Ford aurait «aimé rester encore une année pour faire plus», mais il est appelé à rejoindre Bagdad où il a déjà «servi».

Dans quel état et dans quelle situation laisse-t-il l’Algérie ?

Robert Ford pense que «les Algériens sont mieux placés pour répondre que moi. Mais ce que je peux dire, c’est que les rapports bilatéraux entre nos deux pays évoluent de plus en plus positivement». L’éducation, la justice, les finances, les réformes économiques, l’investissement privé, le business, la coopération militaire sont les secteurs pour lesquels l’ambassadeur dit « avoir fait beaucoup de travail durant les deux dernières années. « Peut-on faire mieux ?», interroge-t-il. Pour répondre « Oui, bien sûr ». Parce que, selon lui, l’Algérie est en train de vivre une transition. « Je suis attristé que je ne puisse pas être encore là pour aider ».

Son retour en Algérie en tant qu’ambassadeur, après y avoir séjourné en tant que chargé des affaires économiques durant les années 90, lui a permis, selon lui, de constater «une progression», notamment dans des secteurs «où nous avons fait de grandes avancées». L’éducation nationale, les programmes d’enseignement de l’anglais qui ont touché 8 à 9.000 étudiants. «Nous avons formé presque 200 enseignants et inspecteurs qui, eux, ont enseigné l’anglais dans tout le pays. Nous avons donné une assistance technique aux administrateurs qui, eux, sont en train de réformer tout le programme d’enseignement de l’anglais de toutes les écoles algériennes moyennes et secondaires. Nous avons presque doublé le nombre d’instituts qui reçoivent une subvention américaine pour enseigner l’anglais aux étudiants en leur assurant des cours supplémentaires». Il précise que c’est lui qui a renforcé ce rapprochement américain des espaces d’apprentissage algériens. « Quand je suis venu, il y a avait quatre villes où il y avait ces programmes, nous en sommes aujourd’hui à 9 », a-t-il dit. Au niveau de l’enseignement supérieur, il affirme avoir « ajouté un programme de jumelage qui va commencer, j’espère, en octobre entre l’université Mentouri de Constantine et une université américaine, probablement du Michigan ». Il annonce que «nous avons triplé le nombre de bourses pour les étudiants algériens qui vont étudier aux Etats-Unis et organisé plus de visites des administrateurs et professeurs algériens dans les universités américaines». Robert Ford fait de la diffusion des programmes américains dans le système éducatif algérien un point d’honneur, mais pointe du doigt «un seul blocage, le financement». Il a eu à affirmer que l’administration américaine n’a pas d’argent pour financer ce genre d’action. « J’ai déployé de grands efforts pour arracher un peu plus d’argent », nous avait-il avoué il y a quelques mois. L’ouverture d’une université américaine en Algérie ne figure pas dans ce programme. Justement « parce qu’une université coûte très très cher, on aura besoin soit de grands moyens du gouvernement, soit alors des investisseurs », souligne l’ambassadeur. A part cet inconvénient, «nous avons de très forts rapports avec le ministère de l’Enseignement supérieur », dit-il, en soulignant qu’il est allé « avant-hier » pour en remercier le ministre. Il est connu que de grands stratèges américains suggèrent depuis quelques années à leurs politiques d’investir les écoles et les universités d’autres pays pour sauvegarder la réputation « de grande puissance » des Etats-Unis. Ford ne récuse pas l’idée en reconnaissant: « Je suis d’accord que nous faisons plus attention aux systèmes éducatifs », mais la réajuste en soulignant que « le grand défi pour les pays de cette région est comment intégrer les jeunes dans l’économie mondiale, comme on l’a déjà fait en Europe de l’Est, en Asie et en Amérique latine. C’est, selon lui, au tour de la rive sud de la Méditerranée et du Moyen-Orient de le faire pour, dit-il, « fournir aux jeunes des opportunités d’avoir un bon travail, un bon salaire, de bonnes conditions de vie. Bien sûr, l’éducation n’en est pas le seul élément mais c’est un élément de base ». Il estime que «le défi n’est pas plus grand que celui auquel a fait face la Malaisie, la Corée du Sud, la Pologne… C’est tout à fait jouable ». L’apprentissage de l’anglais s’inscrit aussi dans cette trajectoire mais l’ambassadeur précise que « lorsque j’ai présenté mes lettres de créances en septembre 2006, le président de la République lui-même m’a demandé de faire le maximum pour l’enseignement de l’anglais et j’ai fait le mieux possible ».

Coopération judiciaire

La justice est cet autre domaine « où, quand je suis venu, il n’y a avait pas de franche coopération ». Il existait, selon lui, un seul programme américain pour la formation d’une quinzaine de juges pour la résolution des contentieux commerciaux. Le domaine judiciaire tient donc aussi à coeur l’ambassadeur, et pour lequel il a réussi à faire signer un accord de coopération avec le système judiciaire américain. Il fait part d’une coopération avec le barreau américain et l’Ecole supérieure de la magistrature, des programmes aussi pour l’éthique des avocats avec les barreaux d’Oran, d’Alger et de Constantine.

Et les investissements hors hydrocarbures ?

Ford dit en avoir vu deux grands ces deux dernières années: «l’usine de dessalement des eaux du Hamma, un investissement d’une très grosse boîte qui avoisine 200 millions de dollars et qui fournit maintenant 25% des eaux potables de la wilaya d’Alger. Et une autre grosse société a acheté dernièrement 70% des actions de l’entreprise de câbles de Biskra, un investissement de 120 millions de dollars et ils vont utiliser cette usine pour exporter des câbles en Europe, surtout en Italie, en Espagne et en France. C’est l’entreprise américaine qui va amener du know-how, du management et aussi des contacts dans les milieux d’affaires en Europe pour augmenter les exportations algériennes hors hydrocarbures ». Cibler les secteurs attractifs pour investir n’est pas le credo des Américains, sinon, nous fait remarquer l’ambassadeur, « vous pensez comme l’école économique française du 17e siècle. Aujourd’hui nous sommes au 20e siècle ». C’est plutôt une question de « créneaux rentables et non de cibles ». Ce qui répond, selon lui, à la nécessité de l’instauration d’un meilleur climat d’affaires. Dans ce cas, pour lui, « ce sont les hommes d’affaires eux-mêmes, et non le gouvernement ou les hommes politiques, qui doivent savoir où sont les créneaux rentables ». Et, note-t-il, « le climat des affaires en Algérie n’est pas meilleur, soyons honnêtes. Le gouvernement le sait et je remarque un changement de ton de ce que j’ai vu dans les années 90 ».

L’Algérie a, selon lui, demandé une assistance technique pour le système bancaire. « Parce que les investisseurs algériens et américains disent que le secteur bancaire constitue un blocage pour les investissements et le climat des affaires », dit-il. Il annonce que « nous allons mettre pour la première fois dans nos rapports bilatéraux, un attaché du Trésor américain qui s’est installé ici et est membre de notre équipe. Il travaille avec la Banque d’Algérie et le ministère des Finances pour aider à l’amélioration du contrôle des banques. La Banque d’Algérie a donc, dit-il, tout un programme pour renforcer le contrôle des banques pour lequel l’attaché du Trésor américain organise des visites d’experts durant deux ou trois semaines pour assurer la formation des personnels et réaménager les textes réglementaires. Le ministère des Finances a lui aussi demandé aux Américains une assistance technique pour la direction générale des Impôts pour numériser leur système et installer un réseau informatique avec un système intégré. L’autre demande algérienne à laquelle Ford espère une réponse américaine, le renforcement des mesures de contrôle des contrôleurs des impôts. Le programme de coopération algéro- américain dans le domaine financier doit être finalisé cette semaine.

Les lenteurs bureaucratiques et autres blocages ?

Ford en cite en plus « des banques, des impôts, beaucoup de problèmes de temps en temps avec la douane, le problème du foncier et aussi des procédures un peu lourdes, l’utilisation des devises, le transfert de fonds. Est-ce une question de textes ou de mentalités ? « Les deux », répond l’ambassadeur. L’ambassadeur affirme par ailleurs que « nous les Américains, nous soutenons fortement l’adhésion de l’Algérie à l’OMC. Mais pour y être membre, il y a des règles, des normes acceptées par tous les membres. C’est donc une question d’accepter ces lois, de régulariser et de les exécuter. Le gouvernement est en train de faire ça graduellement. Ce n’est donc pas une question de négociation mais de l’Algérie à venir à ces normes. Par exemple, dans l’industrie pharmaceutique, il y a la question du respect des brevets (…). Nous attendons que l’Algérie accepte de jouer le jeu des brevets parce que ça pose problème ». Ford fait savoir que les Etats-Unis viennent de mettre l’Algérie sur une liste de pays où il y a des problèmes avec le respect des brevets. Les normes phytosanitaires ne sont pas non plus respectées en Algérie. « Nous avons proposé à nos amis algériens une assistance technique en matière de normes et j’ai renouvelé cette offre quand j’ai vu M. Djaâboub il y a dix jours.»

Comment Ford évalue-t-il la situation sécuritaire ?

Selon lui, « elle ne pèse pas trop dans les affaires ». Un warning de quel niveau ? « Après avoir passé trois ans en Irak, pour moi, l’Algérie c’est le paradis ». Il y a certes, dit-il, « des problèmes sécuritaires, mais les Américains peuvent venir en Algérie, visiter, vivre, habiter ou travailler ici. Si on est prudent, il n’y a pas de problèmes et les autorités sont très sérieuses. Nous avons une bonne collaboration entre nous dans le domaine sécuritaire, entre les autorités et les policiers ».

La précision est que l’Algérie de 2008 et celle des années 90 ne sont pas les mêmes. Pour Ford, « d’abord, la situation sécuritaire s’est nettement améliorée ». En plus, « les terroristes eux-mêmes ont évolué parce qu’en 94, 95, 96…, on ne parlait pas beaucoup d’attentats suicidaires, ni d’Al-Qaïda. On ne voyait jamais des choses sur Internet et il y avait beaucoup plus d’attentats et de morts au quotidien.

La coopération sécuritaire entre l’Algérie et les Etats-Unis, l’ambassadeur l’évalue à travers « nos deux gouvernements (qui) sont alliés (et j’utilise le mot alliés exprès) dans les efforts internationaux de démantèlement des réseaux de groupes terroristes. Al-Qaïda dans le Maghreb islamique est vraiment liée à Al-Qaïda en Irak et celle du sud de l’Asie ». Il affirme aussi qu’« il y a des jeunes Algériens qui partent pour faire la guerre en Irak sous la tutelle d’Al-Qaïda de Bilad Errafiden». Ses preuves: «d’après le rapport du ministère américain de la Défense qui a récupéré un ordinateur d’une cache d’Al-Qaïda en août 2007, il y avait 64 jeunes Algériens qui sont entrés de la Syrie en Irak entre août 2006 et août 2007. Il y en a d’autres pour lesquels nous ne sommes pas très bien informés ».

Des groupes terroristes se déplacent-il dans le sens inverse ? «Historiquement, des Algériens sont allés au combat en Afghanistan. Est-il logique de s’imaginer que la même chose ne va pas se passer encore une fois ? Je ne sais pas… », dit Ford.

La place de l’Africom dans la stratégie sécuritaire américaine

L’ambassadeur affirme que la semaine dernière, « une délégation de Washington, dirigée par le sous-secrétaire adjoint des Affaires africaines, est venue ici pour discuter avec les Algériens sur la situation sécuritaire au Sahel. Les gouvernements du Mali, de Mauritanie et du Niger doivent être capables de contrôler leurs frontières, d’arrêter la contrebande. Pour cela, nous leurs avons expliqué nos programmes et nous avons discuté du rôle de l’Algérie avec les accords d’Alger et la situation des Touaregs. Nous soutenons fortement les efforts de l’Algérie pour aider au règlement des contentieux dans le nord du Mali, c’est très important pour nous ».

Besoin à cet effet d’installation dans la région de bases militaires américaines ? Ford n’aime quand on lui pose ce genre de question parce que, dit-il, « j’y ai répondu plusieurs fois ». Ainsi, affirme-t-il, « nous n’avons pas demandé une base ni en Algérie ni au Mali. Toute cette stratégie de l’Africom évolue au fur et à mesure que nous discutons avec les pays africains et au besoin. Nous n’avons pas une idée que nous devons imposer quelque chose. Le rôle de l’Africom n’est pas d’utiliser des soldats américains pour contrôler les frontières mais d’aider les Africains à le faire en renforçant leurs propres capacités. Nous ne voulons pas déployer des soldats américains dans le continent, ce n’est pas ça et ça n’a jamais été notre but ! ». Qu’en est-il des réserves algériennes au sujet de l’Africom ? « Nos deux gouvernements partagent l’intérêt que les gouvernements africains soient de plus en plus capables d’arrêter le trafic d’armes, de drogue et de sécuriser les frontières. Et c’est ça le but de l’Africom, qui s’intéresse aussi à la Corne d’Afrique, à l’Afrique de l’Ouest… ». Existe-il une stratégie américaine de sécurité globale pour la Méditerranée ? « Nous n’avons pas de stratégie globale comme la France pour l’UPM. Aux Etats-Unis, on a des directions générales pour l’Europe et d’autres pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, que se soit aux Affaires étrangères ou au Pentagone. Alors, pour avoir une politique unifiée, on a besoin d’intégrer deux directions générales. Bureaucratiquement, ce n’est pas évident.

Rappel. Placé à la tête de l’Africom, le général Word s’est rendu en Tunisie et au Maroc. « Il serait très content de visiter l’Algérie s’il est invité », indique l’ambassadeur. Et Condoleeza Rice? «J’espère qu’elle aura le temps et l’occasion de venir en Algérie, je sais qu’elle voudrait le faire mais pour l’instant, son programme est très chargé surtout avec ces efforts pour faire avancer la question palestinienne (…)» Les rapports bilatéraux militaires «avancent mais lentement, nous ne sommes pas pressés, pas à pas». Des officiers algériens ont séjourné dernièrement, selon Ford, dans des bases navales en Virginie. Des élèves de l’école militaire algérienne sont allés aux Etats-Unis en échange d’une visite à Tafraoui, à Oran, de cadets américains. Un officier américain des gardes-côtes est aussi venu en Algérie pour participer à un exercice dans l’est algérien. Je pense qu’il y a toujours espace pour faire plus. Quand à la vente d’armes, «nous sommes prêts à recevoir, considérer et discuter avec nos amis algériens des ventes d’armes américaines, il y a des lois pour cela qu’il faut respecter. Nous sommes vraiment disponibles s’il y a une demande algérienne», souligne l’ambassadeur.

Les détenus algériens à Guantanamo ?

«Le Président Bush a dit plusieurs fois qu’il voudrait fermer Guantanamo et transférer les détenus soit devant un tribunal militaire ou de les faire retourner dans leurs pays d’origine. Il y a, bien sûr, des Algériens que nous voudrions faire retourner en Algérie. On comprend très bien que leur retour doit être fait en stricte application des lois algériennes, ça se comprend, ça ne se discute pas. Et nous espérons pouvoir arriver bientôt à un accord pour le transfert d’au moins quelques détenus», dit-il. Une question que les Etats-Unis discutent actuellement aussi avec le Yémen. Ford indique qu’il y a eu transfert de détenus saoudiens, libyens, tunisiens et même iraniens.

Les prisons secrètes attribuées à la CIA que tout le monde dénonce?

«Le grand défi pour nous Américains et pour la communauté internationale, l’Algérie incluse, c’est de combattre ces réseaux internationaux et éviter de nouveaux attentats. Nous, Américains, nous faisons le maximum possible pour démanteler, avec nos amis, ces réseaux. Mais en même temps, nous protégeons les droits humains des détenus, le maximum possible. Les questions, ici, sont très difficiles, franchement. Aux Etats-Unis, il y a tout un débat sur comment faire l’équilibre entre démanteler les réseaux et respecter les droits de l’Homme. La question se pose même dans le système politique américain. Il y a des débats au Congrès et dans l’administration. Il y a plusieurs points de vue; les Etats-Unis n’ont jamais perdu de vue la question des droits de l’Homme.

Polémique entre l’ambassadeur et le gouvernement Belkhadem et problème d’ingérence?

«Il y a des règles diplomatiques qui doivent être respectées partout. Bien sûr, nous respectons et nous devons respecter ces règles. On ne doit pas s’immiscer dans les affaires internes du pays, c’est dans la convention de Vienne. Mais en même temps, c’est normal pour une ambassade, pour bien comprendre la situation du pays dans lequel on travaille, de discuter avec les gens.

Et surtout nous Américains, parce que nous voudrions donner une petite assistance à la transition soit économique soit éducative. En Algérie, nous avons plusieurs contacts, c’est connu, c’est normal. Quand j’ai remis mes lettres de créances au président de la République, il était très chaleureux, très charmant, il m’a dit: il faut écouter les Algériens et franchement dit, j’ai fait le maximum pour suivre ce conseil. Je pensais que le conseil était juste. L’Algérie est un pays divers, c’est une société sophistiquée mais aussi complexe…», a expliqué Ford. «Société difficile à comprendre?». «Franchement dire, oui», répond-il. Non sans ajouter «ceux qui disent que nous nous sommes ingérés dans les affaires algériennes, je voudrais bien comprendre comment. Les Affaires étrangères ne se sont jamais plaints de nous». La convocation à la même période de l’ambassadeur d’Algérie à Washington par le département d’Etat est confirmée par Ford. Ou presque. «Il est normal de discuter des rapports bilatéraux avec les ambassades, soit ici à Alger, soit à Washington», a lâché le diplomate.

Cette «turbulence» n’a cependant pas pesé sur les relations des deux pays. C’est en tout cas l’ambassadeur qui l’affirme: «franchement, je ne pense pas, parce qu’après tout ce bruit dans la presse, on a commencé notre nouveau programme pour l’accord avec le ministère de la Justice; on a obtenu de nouveaux financements pour le programme avec le ministère de l’Enseignement supérieur. C’était un bruit dans la presse et c’est tout».

Que pense-t-il des libertés religieuses ?

«Il y a des lois algériennes qui doivent être respectées. Dans nos discussions avec la communauté chrétienne ici, nous avons dit que nous devons respecter les procédures algériennes.

Mais en même temps, je ne vous cacherai pas que cette affaire à Tiaret a fait beaucoup de bruit dans la presse européenne et même aux Etats-Unis. Dernièrement, une trentaine de membres du Congrès ont écrit une lettre au Président Bouteflika lui demandant que les autorités gardent toujours cette tradition de tolérance dans la société algérienne. J’ai habité 5 ans ici, je trouve les Algériens extrêmement tolérants.

L’UPM fortement soutenue par le Président Bush?

«Je n’ai pas vu ce que Bush a dit alors je préfère ne pas faire de commentaire. Mais ce que je peux vous dire, c’est que nous pensons que des efforts qui aident à l’intégration de la rive sud dans l’économie mondiale sont importants et sont utiles. (…). Si l’UPM va dans ce sens, ce serait intéressant. Mais nous, Américains, nous ne sommes pas concernés», souligne Ford.

Que devient le Grand Moyen-Orient (GMO) ou le Moyen-Orient élargi? C’est fini, on ne doit plus en parler?

«Non, c’est exactement le contraire, les programmes et les projets américains qui soutiennent les efforts de réformes dans ce but continuent, en Algérie et dans tous les pays de la région, bien sûr avec les autorités concernées», affirme-t-il avec pour preuve «ce programme avec le barreau américain et algérien pour donner un coup de pouce aux réformes dans le système judiciaire; ça vient du même compte bancaire utilisé pour le GMO».

Les réformes et le respect des libertés ou de la démocratie?

Ford pense que «c’est aux Algériens de décider de la vitesse avec laquelle ils mettent en exécution les réformes. Ce qui nous intéresse, par contre, c’est le sens de ces réformes et il est fixé».

Dans le cadre du GMO, le conflit israélo-arabe sera-t-il réglé par les négociations que mènent secrètement quatre groupes de travail et Bush arrivera-t-il à la création d’un Etat palestinien avant son départ de la Maison Blanche ?

Le diplomate américain en doute. «Il est difficile, c’est évident quand on discute des questions-clé, des questions de base. Notre président et Condoleeza Rice sont très engagés à faire le maximum possible.

Rice a déclaré qu’ils espèrent arriver aux grandes lignes d’un accord entre Israël et la Palestine et de l’établissement de cet Etat palestinien indépendant et viable, «je souligne le mot viable qui est très important», précise Ford.

Dossier nucléaire iranien

La remarque sur un dossier nucléaire iranien devant les Nations unies et pas un dossier du nucléaire israélien sera diplomatiquement évitée ou plutôt reformulée par l’ambassadeur. «La question du dossier nucléaire iranien préoccupe le Conseil de sécurité des Nations unies et en plus l’AIEA. Il y a plusieurs résolutions à ce sujet. Nous espérons toujours que les Iraniens acceptent l’offre des 5 1 qui a été modifiée dernièrement. Rice a dit être prête à s’asseoir avec les Iraniens et discuter avec eux de toutes les questions qui se posent entre les deux pays, à condition qu’ils acceptent de cesser le programme d’enrichissement. Alors c’est aux Iraniens de faire le nécessaire, la balle est dans leur camp», s’est-il contenté de dire.

La fixation américaine sur l’Iran ne risque-t-elle pas de ressembler à celle sur l’Irak?

«Nous traitons le dossier très différemment du dossier irakien. Vous avez remarqué que le Président Bush, Rice et d’autres responsables à Washington parlent de notre volonté d’utiliser des moyens diplomatiques pour régler le problème du dossier nucléaire iranien.

Sahara Occidental ?

«Nous soutenons les réfugiés à Tindouf, on dépense chaque année quelques millions de dollars pour une assistance par le biais des Nations unies. Les diplomates qui sont allés m’ont dit que les conditions de vie là-bas sont dures. Nous avons de la sympathie pour ça du point de vue humain». Ceci étant dit, l’ambassadeur affirme que «vous savez que nous, Américains, sommes pragmatiques et qu’un Etat indépendant pour les Sahraouis n’est pas pour demain». Il est cependant d’accord pour «faire avancer le dossier et régler les problèmes des populations avec un plan d’autonomie». «La forme de l’autonomie doit être négociée». «Le Polisario et les Marocains doivent discuter d’une vision d’une autonomie; nous pensons qu’il faut essayer de faire l’effort avec un esprit pragmatique et toujours sous la tutelle des Nations unies».

Comment voit-il la sortie des Américains du bourbier irakien?

«C’est aux Irakiens de régler les problèmes sécuritaires eux-mêmes. Mais nous ne pouvons retirer toutes les forces américaines et alliées. Le retrait dépend des capacités irakiennes. Nous sommes en train de discuter avec les Irakiens comment faire une coordination des forces étrangères après l’expiration du mandat des Nations unies. Est-ce que nous avons commis des erreurs? s’interroge l’ambassadeur pour répondre de suite «ça va sans dire… Mais pour moi, en tant que diplomate, je ne dois pas regarder en arrière mais je dois regarder à l’avant. Parce que mes amis diplomates souffrent et physiquement, ils sont en danger comme les soldats américains. Que peut-on faire pour retirer nos forces et en même temps laisser un Irak stable, souverain, viable et qui a de bons rapports avec tous ses voisins et qui est bien intégré dans la région.

L’élargissement de l’OTAN vers l’Europe de l’Est sur pression américaine, Ford ne veut pas en parler «parce que je ne suis pas expert de l’OTAN».

Robert Ford quitte Alger pour Bagdad ce jeudi, le 26 juin. «Je pars de l’Algérie avec beaucoup de regrets, mes amis algériens vont me manquer, une culture superbe, chakhchoukha et dziriettes. J’aurais aimé rester ici une troisième année pour faire d’autres avancées avec nos programmes de coopération… Un nouvel ambassadeur va continuer…

Le nom de son remplaçant ?

«Non, je ne veux pas le dire avant que la Maison Blanche ne l’annonce. La date de son arrivée dépend des Affaires étrangères, ici, ensuite le Sénat américain doit confirmer», précise-t-il.