Comment la CIA torture

RÉVÉLATIONS FRACASSANTES SUR L’AGENCE AMÉRICAINE

Comment la CIA torture

L’Expression, 24 Août 2009

Alors que l’ère des Faucons de la Maison-Blanche est révolue, le Pentagone prend langue avec la Croix-Rouge. Il lui communique enfin l’identité des prisonniers détenus secrètement à l’étranger.
Un rapport sur les programmes d’interrogatoire dans les prisons secrètes de la CIA à l’étranger, sera rendu public demain. Ce document relate des détails inédits sur les mauvais traitements infligés aux prisonniers dans les geôles secrètes de la prestigieuse agence US de renseignement.
Ce rapport signé par l’inspecteur général de la CIA, au même titre que celui paraphé par l’autre inspecteur général Jhon L. Helgerson en 2004, divulgue les mauvais traitements infligés aux détenus dans ces citadelles secrètes érigées au nom de la guerre totale contre le terrorisme. Le contenu de ce récit officiel a été relayé par le Washington Post et le New York Times. Il dévoile les tactiques d’interrogation dans ces forteresses où croupissent les personnes faites prisonnières dans les combats contre El Qaîda. A l’instar d’Abdel Rahim Al-Nashiri à l’encontre duquel ces méthodes controversées ont été pratiquées. Les geôliers de la CIA ayant brandi une arme et une perceuse près de ce prisonnier afin de l’effrayer pour qu’il livre des informations. Nashiri, capturé en novembre 2002 et détenu pendant quatre ans dans une des prisons secrètes de la CIA, est l’un des trois commandants d’Al-Qaîda qui a été soumis par la suite à la simulation de noyade («waterboarding»).
A son tour et pour la première fois, le magazine Newsweek, reprenant le NYT sur son site, vient de publier des détails du rapport Helgerson précisant aussi qu’un simulacre d’exécution a été pratiqué dans une pièce voisine de celle d’un suspect.
Des agents de la CIA ont tiré un coup de feu, conduisant le suspect à penser qu’un autre détenu avait été exécuté. En fait, la diffusion publique de ce rapport confidentiel a été ordonnée par un juge fédéral de New York en réponse à une plainte déposée par l’American Civil Liberties Union. Selon le NYT, l’agence de renseignement a refusé de faire des commentaires spécifiques sur le rapport. Ces divulgations sont ainsi communiquées alors que le Pentagone informe enfin la Croix-Rouge de l’identité des prisonniers détenus secrètement à l’étranger. Le Pentagone a, en effet, commencé à fournir au Comité international de la Croix-Rouge (Cicr) les noms de prisonniers détenus secrètement dans deux camps militaires en Irak et en Afghanistan, une première dans la politique de «lutte antiterroriste» des Etats-Unis, a encore rapporté le New York Times. Cette mesure a pris effet en août et entre dans le cadre de la réforme, initiée par l’administration Obama, des règles de détention «antiterroriste», précise le quotidien américain.En janvier, le président Barack Obama a ordonné la fermeture des prisons secrètes de la CIA ainsi que celle du camp de détention controversé de Guantanamo. Il a également lancé une révision des règles de détention et d’interrogatoire des prisonniers détenus dans le cadre de la «guerre contre le terrorisme», lancée par les Etats-Unis après le 11 Septembre. Mais l’armée américaine continue de gérer des Camps d’opérations spéciales à Balad en Irak et à Bagram en Afghanistan, sur lesquels peu d’informations ont filtré.
Ce dégel contraste violemment avec l’époque où les Faucons de la Maison-Blanche reniaient aux prisonniers le statut de prisonniers de guerre.

Salim BENALIA