Le dossier de la base militaire US dans le sud algérien refait surface

Le dossier de la base militaire US dans le sud algérien refait surface

El Watan, 12 février 2006

Secret défense, simple intention ou projet qui demande à mûrir. Aucune partie ne veut se prononcer. Alger comme Washington nient l’existence d’une base militaire américaine au Sud algérien. Or avec la tournée au Maghreb de Donald Rumsfeld, secrétaire américain à la Défense, ce sujet ressurgit de lui-même.

Les informations répercutées par les médias quant à la présence de ce type d’installation avaient été déjà démenties, en mars 2004, aussi bien par les autorités algériennes que par l’ambassade américaine à Alger. Or le déploiement US à caractère sécuritaire en Afrique n’est plus aujourd’hui une simple vue de l’esprit. En juillet 2005, l’hebdomadaire satirique français Le Canard enchaîné affirmait que « quelque 400 hommes des forces spéciales américaines se trouvent dans une base militaire US installée près de Tamanrasset pour combattre le terrorisme ». Selon la même source, les militaires américains ont installé sur leur base en Algérie une station d’écoute qui leur permet de capter toutes les communications par téléphones fixe et portable, par satellite et par fax en Afrique subsaharienne. Vrai ou faux, les officiels dans les deux pays n’avaient pas jugé utile, à cette date, de réagir à ce genre d’indications. Cela est d’autant plus vrai que le sujet avait fait, auparavant, l’objet de traitement de la part des médias. « En Algérie, les USA auraient installé une base militaire au sud de Tamanrasset », soutenait, en juin 2004, Richard Labévière, chef du service de politique internationale de Radio France internationale (RFI). Il expliquait cela par : « Soucieux de leur ravitaillement en pétrole, les USA lorgnent de plus en plus sur les réserves africaines existant au Maghreb et en Afrique centrale. Ainsi, au prétexte du terrorisme, la néocolonisation de ces zones s’installe par les pressions économiques ou/et par l’installation de base militaire dans ces pays. » Il est vrai que c’est l’année où l’ancien secrétaire d’Etat américain Colin Powell était venu en Algérie que l’opinion publique avait pris connaissance de ce projet. « Parmi les nombreux projets antiterroristes américains en Afrique, figurerait l’installation d’une base militaire dans le Sud algérien », s’aventurait à écrire le Quotidien d’Oran de juillet 2003. Aujourd’hui, ce dossier retient encore l’attention alors que la tournée de Rumsfeld au Maghreb intervient après sa participation à une réunion de ses homologues de l’OTAN, jeudi et vendredi derniers, en Sicile (Italie). Selon l’AFP, le responsable américain avait aussi rencontré des représentants des pays membres du programme « Dialogue méditerranéen » de l’OTAN. Une structure qui comprend, outre l’Algérie, la Tunisie et le Maroc, la Jordanie, la Mauritanie, l’Egypte et Israël. Le contexte militaire s’y prête quand on apprend également qu’une délégation américaine, constituée essentiellement de hauts responsables du ministère de la Défense et du département d’Etat, a séjourné jeudi dernier en Mauritanie. Conduite par Bobby Pittman, chef de la délégation et sous-secrétaire d’Etat adjoint en chef chargé du Bureau des affaires africaines, cette délégation est venue établir « une évaluation de la situation dans le pays », selon un communiqué lu par ce responsable devant la presse et cité par l’AFP. Il est utile de rappeler qu’en juillet dernier, les chefs d’état-major des armées de Mauritanie, du Mali, du Niger et d’Algérie et une délégation américaine du Commandement américain en Europe ont tenu à Nouakchott une « réunion sur la sécurité et la lutte contre le terrorisme » dans la région d’Afrique subsaharienne. Cette réunion, tenue dans le plus grand secret, avait pour objectif d’échanger des informations utiles sur les groupes armés. Elle intervenait après l’attaque du 3 juin contre une base militaire mauritanienne dans le nord-est du pays, attribuée au Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). Les Etats-Unis se sont engagés, depuis notamment trois ans, dans des programmes de coopération antiterroriste avec plusieurs pays africains, dont l’Algérie.

Salah Eddine Belabes